Rapport d'activité, équipage1.

6 juillet

Le soir du 6 juillet, la première équipe sous le commandement de Pascal Lee s'est installée dans la base pour commencer les simulations.

Composition de l'équipage :

  • Pascal Lee : commandant, géologue, institut SETI, France.
  • Rainer Effenhauser : médecin, NASA, Etats-Unis.
  • Frank Schubert : ingénieur, Etats-Unis.
  • Steve Braham : physicien, université Simon Fraser, Angleterre.
  • Sam Burbank : réalisateur indépendant, Etats-Unis.
  • Darlene Lim : biologiste, université de Toronto, Canada.

Le lendemain, le premier travail a consisté à déballer le matériel et à nettoyer complètement l'habitat. Mais cette première journée de simulation a été interrompue par l'arrivée surprise d'une délégation de l'institut de recherche Nunavut qui avait donné l'autorisation de mener ces recherches sur l'île Devon, et par un accident de VTT (Véhicule Tout Terrain), heureusement sans gravité, d'un jeune Inuit embauché pour la saison. Le jeune garçon a tout de même dû être évacué vers l'hôpital de Resolute Bay sous la surveillance de Rainer.

7 juillet

Le soir du 7 juillet, toute l'équipe était enfin de nouveau réunie dans l'habitat. Malgré le grand retard pris pour débuter les simulations, principalement à cause d'une fonte tardive de la neige, mais aussi à cause des travaux d'aménagement de la base, de la visite de la délégation Inuit et de l'accident, le moral est bon. Tout le monde est vraiment impatient de démarrer les simulations pour de bon. D'autres coupures seront certainement nécessaires, notamment pour permettre à Steve de terminer l'installation de l'infrastructure de communication.

8 juillet

Dimanche 8 juillet a été une journée beaucoup plus productive. Frank et Sam ont en effet pu mener à bien la première simulation d'une activité extra véhiculaire (EVA = Extra Vehicular Activity). L'objectif de cette première sortie était le raccordement d'un tuyau d'évacuation des eaux usées (uniquement chargées de déchets biodégradables) à un puisard et l'installation d'une échelle sous la fenêtre d'évacuation de secours du niveau supérieur. Malgré quelques problèmes de batterie en fin de sortie et de buée dans la visière, cette simulation d'une heure 45 était un succès.

 

À noter.

Les cabines Mercury, Gemini et Apollo étaient pressurisées à 5 psi (344 hP) avec de l'oxygène pur. La cabine de la navette spatiale est pressurisée à 14,7 psi, soit la pression de l'atmosphère standard 1013 hP avec un mélange de 20% d'oxygène et 80% d'azote. Les scaphandres de la navette sont pressurisés à 4,3 psi (296 hP) avec de l'oxygène pur. Les astronautes doivent donc respirer de l'oxygène pur durant plusieurs heures avant toute activité extra véhiculaire (EVA) afin d'éviter les accidents de décompression. Dans la station spatiale internationale (ISS), la pression des scaphandres sera de 8,3 psi (572 hP) pour réduire les délais. Notons enfin qu'une baisse du niveau de pressurisation nécessite d'augmenter le taux d'oxygène pour satisfaire les besoins du métabolisme humain, mais permet aussi de réduire les contraintes mécaniques sur la structure et donc de l'alléger. Un système de support vie mono gaz est également plus facile à réaliser et plus léger, d'où le choix pour Mercury, Gemini et Apollo

Le protocole suivi lors de cette première EVA était basé sur l'hypothèse que l'habitat est pressurisé à 8,3 psi ( 572 hP hectopascal ou millibar, atmosphère standard 1013 hP) avec un mélange de 30% d'oxygène et de 70% d'azote, et que les combinaisons spatiales sont pressurisées à 3,8 psi (262 hP) avec 100% d'oxygène. Cette différence de pression et de composition du mélange respiratoire nécessite un exercice de 30 minutes de pré-respiration d'oxygène pur à la pression de l'habitat avant de décompresser à la pression des scaphandres. Les candidats à l'EVA ont donc dû attendre 30 minutes dans le sas avant de sortir, simulant ainsi la contrainte de pré-respiration.

Pour éviter cette contrainte, Robert Zubrin conduira les EVA, durant les rotations sous son commandement, en supposant que l'habitat est pressurisé à 5 psi (344 hP) avec un mélange de 60% d'oxygène et 40 % d'azote, comme ce fût le cas dans la station spatiale Skylab.

Cette première EVA était un vrai travail d'équipe. Darlene était responsable des communications entre l'intérieur et l'extérieur. Steve surveillait les systèmes de communication et Rainer contrôlait l'état physiologique de l'équipe extérieure en écoutant leur respiration. Le seul qui n'était pas concerné par la sortie de Franck et de Sam était Charlie. Il a passé une bonne partie de l'après-midi à installer le laboratoire de biologie et les équipements que Darlene a amenés à Haughton. Pascal avait installé dans la matinée une scie à rocher et une machine à polir.


9 juillet

Lundi 9 juillet était également une journée très active avec l'exécution de deux EVA.

Steve était toujours très occupé par la mise en place du système de communication. Il a été autorisé à déroger aux contraintes de la simulation si nécessaire.

Vers 11h30 Sam et Darlene sont partis en EVA pour récupérer une expérience de collecte de polluants organiques atmosphériques mise en place l'année dernière. Cette expérience fait partie d'un réseau qui permet de mesurer la répartition des polluants autour de la planète. Cette simulation de 1h30 s'est bien passée.

Vers 17h30 une deuxième équipe, composée de Charlie, Rainer, Franck et Pascal, est partie en EVA pour faire une traversée d'exploration. Pour cette expédition les scaphandres et les VTT étaient supposés avoir une autonomie en oxygène de 3h chacun. En cours de traverse, les explorateurs puisaient sur les réserves des VTT et lorsqu'ils étaient à pied, c'est l'oxygène des scaphandres qui était décompté. Rainer était chargé de surveiller les réserves d'oxygène. Ils devaient de plus toujours rester à distance de marche de la base en cas de défaillance des VTT.

Le premier objectif était Devo Rock Valley pour voir s'ils pouvaient y déceler de petits ravinements comme ceux découverts par Mars Global Surveyor. Mais il n'y avait pas de ravinements ni de traces d'anciennes activités hydrothermales comme il en existe dans d'autres vallées sur l'île Devon.

Le deuxième objectif consistait à trouver des roches arrachées du sous-sol de l'île Devon par l'impact météoritique et rechercher leurs capacités à héberger des micro-organismes. Comme le terrain est encore très humide à certains endroits, les VTT se sont vite embourbés. Quatre personnes n'étaient pas de trop pour dégager les VTT, un par un, du bourbier. S'ils n’avaient été que trois, ils auraient dû abandonner les véhicules et se seraient trouvés en situation d'urgence durant cette simulation. Sur Mars il n'y a pas de bourbier, mais les véhicules pourraient s'enliser dans le sable. Les stratégies d'exploration développées à Devon pourraient un jour s'avérer très utiles.

Après 3 heures de travail ils ont enfin atteint l'endroit voulu. Charlie y a découvert un gros morceau de gneiss (une roche habituellement située à environ 2 km de profondeur et qui a été éjectée par l'impact de la météorite) partiellement colonisé par des micro-organismes. C'est exactement ce qu'ils cherchaient. Ils en ont détaché quelques échantillons pour analyse ultérieure à la base.

L'habitat était en vue, mais à au moins 1h30 de marche. Il leur restait 1 heure d'oxygène sur les VTT et 2 heures dans les scaphandres. Il était donc temps de retourner à la base.

Après le debriefing c'était l'heure du repas. Dans cette première simulation les repas étaient préparés au camp de base du Haughton Mars Project et livrés à la base conditionnés dans des barquettes en plastique similaire à celles utilisées pour les repas dans l'ISS. Robert Zubrin pense que préparer le repas fait partie de la vie quotidienne et qu'il sera nécessaire de garder ce rituel pour les longues missions martiennes. Il imposera donc aux équipes sous son commandement de préparer leurs repas eux-mêmes.

10 juillet

Mardi 10 juillet était le dernier jour pour la première équipe. Cette journée a été mise à profit pour étudier les échantillons récoltés la veille et analyser les activités extra véhiculaires précédentes.

"Si ce que nous vivons donne un aperçu, alors le vrai voyage sera vraiment fantastique", Pascal Lee.

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