Rapport d'activité, équipage2.

10 juillet

La deuxième équipe s'est installée dans la base le soir du 10 juillet

Composition de l'équipage :

  • Robert Zubrin : commandant, ingénieur, président de la Mars Society, Etats-Unis.
  • Katy Quinn : géologue, MIT, Etats-Unis, née en Australie.
  • Charles Cockell : biologiste, British Antartica Survey, Angleterre.
  • Vladimir Plester : physicien, ESA, Belgique.
  • Steve Braham : physicien, université Simon Fraser, Angleterre.
  • Bill Clancey : ingénieur informatique, NASA Ames, Etats-Unis.

11 juillet

Mercredi 11 juillet la journée démarre par un briefing de Robert Zubrin. Présentation des objectifs et manière d'augmenter progressivement la fidélité des simulations sont au programme. Le reste de la matinée est consacré au rangement de la base pour en améliorer la convivialité et pour organiser le travail.

L'après-midi commence par une activité extra véhiculaire de recherche de fossiles sur Haynes Ridge. Katy, Vladimir et Robert sont sélectionnés pour cette première sortie de l'équipage 2. Ils vont mettre près d'une heure pour enfiler pour la première fois leur combinaison spatiale de simulation. Ces dernières ont été fabriquées par la section des Montagnes Rocheuse de la Mars Society, dirigée par Denvey Anderson. Elles sont équipées d'un système de ventilation électrique, d'un système de communication radio UHF/VHF avec activation automatique par la voie et d'un système de distribution d'eau. Le tout pèse environ 18 kg ce qui est beaucoup moins qu'un vrai scaphandre martien qui avoisinerait plutôt les 70 kg. Mais il ne faut pas oublier qu'une personne de 70 kg avec le scaphandre ne pèserait que 53 kg à cause de la gravité qui n'est que 0,38 fois celle de la Terre. Ces simulateurs de combinaison spatiale sont en fait conçus pour simuler les pertes de mobilité, d'agilité, de dextérité, de vision et de sensations en général, qui vont affecter les explorateurs en activités extra véhiculaires.

Tout le monde est enfin prêt pour partir en expédition. Ils se dirigent à pied vers l'ouest le long de la crête sur laquelle se dresse l'habitat. Après 5 minutes de marche, Robert découvre quelque chose qui ressemble à un fossile. Il le montre à la géologue Katy qui confirme : c'est du corail cerveau (brain coral) qui date probablement de 400 millions d'années, lorsque Haynes Ridge était un rift de corails qui baignait dans une mer tropicale.

Un peu plus tard, Vladimir retourne un rocher qui révèle une drôle de décoloration verdâtre. Peut-être une colonie de cyanobactéries extrêmophiles. Ils en recueillent un petit échantillon puis continuent d'avancer. Ils arrivent à une région géologiquement différente qui ne contient pas de fossiles. Ils font demi-tour et commencent à explorer la crête vers l'est où les roches semblent plus anciennes. Ils trouvent encore du corail, puis eurêka Katy trouve un stromatolite.

C'est vraiment extraordinaire. Les stromatolites sont des fossiles macroscopiques témoignant de la présence de colonies de bactéries. Alors que ceux trouvés aujourd'hui date d'environ 400 millions d'années, des stromatolites âgés de 3,5 milliards d'années ont été découverts en Australie, soit une époque ou l'eau liquide existait peut-être encore à la surface de Mars. La période humide n'a probablement pas durée assez longtemps pour permettre à une vie éventuelle d'évoluer vers des formes plus complexes telles que le corail. Mais si elle est apparue, elle aurait pu évoluer jusqu'aux stromatolites, et c'est précisément ce qu'il faudra chercher sur Mars.

Les stromatolites sont moins facile à trouver que des fossiles conventionnels car ils sont plus difficile à différentier des roches environnantes. L'équipe d'exploration à Devon en a trouvé en moins de deux heures en condition de simulation d'activité extra véhiculaires. Il est peu probable qu'un robot ayant atterri sur la crête en aurait trouvé, car l'œil humain peut analyser des milliers d'images en peu de temps et trouver les détails subtils qui conduisent à la découverte. Une exploration sérieuse de Mars nécessite la présence de l'homme. Les échantillons recueillies lors de cette sortie seront analysés par Charles à la base.

Vladimir est de corvée cuisine ce soir. Il a préparé un superbe dîner à base de thon accompagné de riz, de sauce tomate et de légumes.

12 juillet

Au programme de cette journée, le déploiement d'un réseau de détection sismique amené par Vladimir et mis a disposition par l'Institut de Physique du Globe de Paris.

Cet appareil appelé flûte géophone est constitué de 24 capteurs plantés dans le sol en ligne sur environ 100m. Il faut alors déclencher un signal sismique à l'aide d'un marteau ou d'un peu d'explosifs. Les ondes réfléchies par les différentes couches du sous-sol sont alors mesurées par le réseau de capteurs. On dispose ensuite les capteurs à 90° par rapport à la position initiale et on redéclenche un signal sismique. En combinant les mesures des capteurs on peut établir une carte tridimensionnelle du sous-sol. Un réseau de ce type permettrait de sonder le sous-sol de Mars à la recherche d'eau souterraine ou de glace.

L'opération de déploiement de l'instrument en condition d'activité extra véhiculaire est assez complexe et longue, quatre heures sont nécessaires pour mener l'opération à bien.

L'analyse des données par Vladimir montre que le sous-sol de Haynes Ridge ne contient ni d'eau ni de glace.

Cette expérience a une fois de plus démontré l'avantage d'explorateurs humains sur les robots. En effet, malgré les mauvaises conditions météo, les simulateurs de combinaison spatiale, le manque d'outillage adapté à une utilisation en scaphandre et des problèmes d'écrans d'ordinateur, l'équipe a réussi à mettre en œuvre un appareil complexe. Aucun robot ou groupe de robots auraient été capables de réaliser ce travail. L'équipe s'est également rendu compte qu'une sortie de quatre heures en EVA était physiquement éprouvante. Il serait donc souhaitable de faire voyager les astronautes sous gravité artificielle afin d'avoir un équipage en bonne condition physique à l'arrivée.

13 juillet

Le 13 juillet les conditions météo sont si mauvaises qu'aucune activité extra véhiculaire ne peut être programmée. Charles Cockell a donc le temps d'étudier en détail les échantillons récoltés le 11 juillet. La décoloration verdâtre découverte sous un rocher est en fait une colonie de cyanobactéries typique des déserts polaires. Elles se développent sous les rochers, protégées des radiations UV. Personne ne sait si la vie a existé ou existe sur Mars, mais l'étude de ces habitants de l'extrême pourrait fournir des indices pour traquer un jour d'éventuelles formes de vie martienne.

14 juillet

Au programme d'aujourd'hui, une expédition motorisée de 4 personnes à "Trinity Lake" et "Breccia Hill".

Pose d'un dosimètre
Trinity Lake est situé au cœur du cratère Haughton et il y a des risques que le terrain ne soit pas assez asséché pour s'y aventurer en VTT. Dirigée par Charles Cockell, l'équipe, composé de Katy, Vladimir et Bill Clancey, a pour objectif de poser des dosimètres de rayons cosmiques aux endroits cités plus haut. La collecte d'échantillons de microbes habitant les roches était également prévue.

Des dosimètres de rayons cosmiques devront également un jour être placés sur Mars. Située à seulement 220 km du pôle Nord, Devon Island est un endroit propice au placement de ces dosimètres car les rayons cosmiques y sont plus nombreux.

La nouvelle antenne à grand gain, dont sont maintenant équipés les scaphandres, a permis de communiquer avec l'habitat grâce à des émetteurs-récepteurs bi-bande de faible puissance, alors que ce dernier était distant de 2 km.

L'accès à Trinity Lake ne pose finalement pas de problèmes et l'équipe est en avance sur le planning. Elle reçoit donc l'autorisation de la base d'explorer des sites intéressants pour déployer la flûte géophone de Vladimir.

15 juillet

Dimanche 15 juillet le temps est assez clément. Une reconnaissance de terrain va tenter de déceler le meilleur emplacement pour une dernière expérience avec la flûte géophone de Vladimir. Ce dernier va en effet quitter la base à la fin de cette rotation et emmènera l'appareil avec lui.

Comme d'habitude l'équipe se met en quête d'un terrain approprié à l'aide des petits véhicules tout-terrain (VTT) ou quads. Des véhicules plus gros, pressurisés, et qui permettront des explorations de plusieurs jours à grande distance de l'habitat, seront nécessaires pour augmenter le rayon d'action des explorateurs. Mais de petits véhicules comme ceux utilisés à Devon Island seront également indispensables pour améliorer la mobilité des astronautes. Comme chaque sortie se fait au minimum par groupe de deux, et comme chaque VTT peut transporter deux personnes, on obtient une redondance très sécurisante pour l'exploration de Mars. Même en cas de panne d'un véhicule, l'autre peut ramener les deux astronautes jusqu'à la base. Ce qui fait dire à Robert Zubrin :"Comme pour l'Ouest américain, l'exploration de Mars se fera en selle".

Après avoir visité plusieurs endroits intéressants pour le placement de la flûte géophone, l'équipe décide de rebrousser chemin car cela fait déjà deux heures qu'ils sont en sortie.

De retour à la base, ils discutent des mérites de chaque site visité et décident de déployer l'instrument de Vladimir le lendemain, à mi chemin entre la base et un petit lac appelé "Trinita Lake" au fond du cratère d'impact. Ils espèrent ainsi mesurer la profondeur de l'impact météoritique.

16 juillet

Après une soirée détente avec le film "Mars Attack", toute l'équipe s'est levée de bonne humeur et fin prête pour une nouvelle journée d'exploration. L'objectif est d'installer la flûte géophone dans le cratère.

L'équipe de sortie est composée de Charles, Vladimir, Bill et Robert. Katy est chargée de la communication dans l'habitat.

Alors qu'hier les 4 VTT avaient réussi à rejoindre le point de déploiement sans encombre, aujourd'hui, à environ 2/3 de la distance à parcourir, le quad de Vladimir s'enlise profondément. C'est en effet son véhicule qui est le plus lourdement chargé car il tire la remorque avec 136 Kg d'équipement. Les trois autres membres de l'équipe arrêtent leurs engins 20 m plus loin, sur une barre de terre un peu plus dure. Ils avancent alors péniblement vers Vladimir car à chaque pas ils s'enfoncent de 30 à 40 cm dans la boue. Lorsqu'ils rejoignent enfin Vladimir ils remarquent qu'il serait illusoire de vouloir dégager le VTT et la remorque simultanément. Ils détachent donc la remorque, accrochent une corde au VTT puis Charles retourne au VTT tracteur. Il accroche la corde et démarre. Vladfimir, Bill et Robert poussent en même temps pour extraire le véhicule de la boue.

Reste la remorque! La tâche s'avère beaucoup plus difficile car avec seulement 2 roues elle s'est enfoncée plus profondément. Ils demandent alors conseil à John Schutt qui les suivait ce jour-là pour les protéger de l'attaque d'ours polaires.

C'est une violation manifeste de la simulation, mais la situation est assez sérieuse pour la justifier.

L'idée de John est d'attacher 2 cordes à la remorque et de tirer avec 2 quads. Charles et John conduisent les 2 VTT, Vladimir, Bill et Robert poussent la remorque qui se met enfin à bouger. Après 1h30 de dur labeur le VTT et la remorque sont dégagés.

Ils décident d'annuler la mission et de retourner à la base. Mais quelques centaines de mètres plus loin, Vladimir s'enlise à nouveau. Cette fois-ci chacun s'ait exactement ce qu'il doit faire et ils ne mettent que 40 minutes pour dégager le VTT et sa remorque

Il n'y a pas de bourbiers sur Mars, mais les véhicules d'exploration peuvent s'enliser dans le sable. Une mésaventure similaire à celle vécue aujourd'hui par l'équipage de la Mars Society pourrait donc survenir sur Mars.

Vladimir est très déçu car il n'a pas pu déployer son instrument de sondage du sous-sol.

Robert Zubrin pour sa part pense que la journée n'a pas été complètement négative. Un des objectifs de leurs simulations est d'apprendre. Il faut analyser pourquoi ils se sont trouvés dans une mauvaise situation, comment ils ont réussi à s'en sortir et les leçons à en tirer pour éviter ce genre de problèmes à l'avenir et un jour sur Mars.

C'est probablement une reconnaissance trop superficielle du terrain qui est à l'origine de leurs soucis. Ils auraient dû faire la reconnaissance avec la remorque chargée d'un poids en pierre équivalent au poids de l'instrument de mesure à déployer. S'ils s'étaient enlisés, ils auraient simplement pu décharger la remorque ce qui aurait facilité son extraction. Si d'un autre côté tout s'était bien passé, cela aurait été la preuve que la mission était faisable.

Comment ont-ils réussi à s'en sortir ?

Grâce à l'expérience de John Shutt qui connaît bien l'environnement Arctique et qui sait exploiter toutes les possibilités des VTT. La force c'est la connaissance. Les futurs explorateurs de Mars devront bien s'entraîner avec leurs véhicules pour pouvoir en tirer le maximum.

17 juillet

Après la journée éprouvante d'hier, le programme d'aujourd'hui sera un peu allégé.

La matinée est consacrée au remplissage d'un questionnaire psychologique, envoyé par l'université du Québec et le centre Johnson de la NASA, et au nettoyage du matériel sali par l'escapade boueuse d'hier.

Un magnifique soleil inonde Devon Island et la température est de 10°. Le dernier après-midi de l'équipe 2 sera donc consacré à une activité extra véhiculaire. Il est décidé de déployer la flûte géophone sur Haynes Ridge au même endroit que la première fois, mais selon une orientation à 90° par rapport à l'axe de la première installation. Vladimir aura ainsi assez d'informations pour établir une carte 3D du sous-sol jusqu'à 500m de profondeur.

Tout se déroule comme prévu et Vladimir est vraiment très satisfait.

Il est maintenant 21h, Katy, Vladimir, Charles et Bill quittent le "vaisseau" pour laisser la place aux nouveaux arrivants de l'équipage 3.

Charles Frankel de l'association "Planète Mars", géologue de formation et auteur du livre "La vie sur Mars", fait partie de la nouvelle équipe. Robert Zubrin reste au commandement pour la 3ième rotation. Les autres arrivants sont :

  • Cathrine Frandsen, physicienne, institut Niels Bohr, Danemark
  • Christine Jayarajah, chimiste, université de Toronto, Canada.
  • Brent Bos, opticien, université de l'Arizona, Etats-Unis.

En plus d'un chargement de nourriture pour 10 jours, chacun amène également du nouveau matériel relatif aux expériences qu'il souhaite mener dans la base. Un récupérateur magnétique de poussière pour Carhrine, une caméra sophistiquée pour Brent et une batterie d'analyse chimique pour Christine.

Une petite surprise attend Christine à son arrivée. Robert, ayant eu vent des talents de pianiste de cette dernière, lui a amené un clavier numérique. Après quelques réticences, Christine s'installe et joue la sonate en Ré majeur de Mozart.

Ah, Mozart sur Mars!!

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