![]() |
![]() |
Activités de l'équipage 2
avec Gilles Dawidowicz (association Planète Mars).
| Avec le soutien de | ![]() |
et de | ![]() |
| 21 février | 22 février | 23 février | 24 février | 25 février | 26 février | 27 février |
| 28 février | 1 mars | 2 mars | 3 mars | 4 mars | 5 mars | 6 mars |
|
2ième TESTS DU VRP La journée commence mal. Je me réveille à 6h00 tellement le vent est fort. Je Soleil n'est pas encore levé et j'en profite pour observer par les hublots les étoiles visibles dans ce ciel pur. Il fait 2°C dehors, le ciel est pur, sans nuage, mais le vent fait des pointes à 60 km/h en rafales ! Durant 3 heures, il ne se calme pas et l'EVA du jour est compromise. Finalement, le vent se calme bien qu'encore à environ 30 km/h. L'EVA est maintenue. Nous partons avec la même équipe qu'hier. Jon commande la mission. Nous fixons le VRP sur son quad et partons avec la caméra numérique 3CCD et le caméscope du rover. Direction le grand canyon tant attendu. En chemin, nous nous arrêtons sur une surface plane, gigantesque, située à 3km à l'Est de la Station. Là nous trouvons de superbes morceaux de bois pétrifiés, fossilisés ainsi que des morceaux d'os de dinosaures. Je relève des empreintes de coyotes fraîches et des traces de lapins. Décidément, pas moyen d'être tranquille et un peu seul, pas même dans notre désert martien. Après 2 heures d'EVA, nous continuons notre chemin, pour tester le VRP. Nous arrivons sur ce "Grand Canyon", qui effectivement ne me déçoit pas. La fracture est colossale, les versants stupéfiants. Des centaines de couches stratigraphiques parfaitement superposées attendent depuis près de 170 millions d'années que notre rover vienne les effleurer. Les versants sont hauts, plus de 25 mètres en moyenne. Parfait pour le test. Enfin presque, on ne peut contrairement au 2ème site d'hier, s'approcher tout au bord du gouffre : sur les marges du gouffre, des failles sont visibles. Jon et moi ne verrons donc pas directement le rover évoluer. Andy sera nos yeux, sur un versant voisin. Nous nous posterons pour des raisons de sécurité, à plus de 10 mètres du gouffre. Au pied de ces falaises, se trouvent d'étonnantes formations. Au premier regard, on parierai sur des tabliers d'éboulis, mais premier indice qui ne trompe pas, l'angle est supérieur à 35°, le fameux versant de Richter, le versant d'équilibre. Alors ? En regardant mieux, on s'aperçoit que les versants sont eux aussi stratifiés. Donc, c'est de la roche en place, pas des éboulis. Curieusement, le haut du versant est parfaitement vertical et bien érodé, propre, sans poussières et le bas des versants est recouvert d'une fine poussière, de quelques 30 cm d'épaisseur. A 14h00, nous procédons à notre essai. Je prépare le VRP, la caméra est positionnée et bien fixée (j'avais sur moi une pièce de 25 cents forte utile), les spots et le laser allumés. Tout est paré. Je suis en avant et une grosse corde me retiens à Jon. Andy est en face, caméra au poignée.
Je déroule progressivement le filin et le rover s'enfonce. En quelques secondes, on ne le voit plus. Andy nous informe alors par radio de son comportement. Tout est OK, mais en quelques secondes, le rover se met à tourner. Trop tard pour réagir, Andy nous en informe mais le rover est déjà sur le dos. Je donne du mou, j'essaie de le secouer un peu, rien y fait. Il faut le remonter. Après quelques tentatives, on récupère finalement le VRP sur le dos. Je le repositionne correctement et le renvoie à son exploration. Tout est nominal, le rover descend la paroi pendant plus de 15 mètres. Soudain, nouvelle rotation. Il tourne encore sur lui-même. Les stabilisateurs ne fonctionnent pas comme prévu ! Mais là la situation est différente. Nous tentons de ramener le rover : impossible. Je le laisse alors filer sur le dos, jusqu'en bas. Il touche le sol et la poussière, Andy le perd de vue. Nous essayons alors de le remonter encore une fois, mais à mi-hauteur, il bloque. Nous le laissons en position basse et faisons le point. Le commandant ne veut pas tenter une récupération par le bas. Il nous faudrait au moins 3 heures sans scaphandre pour atteindre le rover, alors avec ... Et puis, une remontée est encore moins envisageable avec une charge de 8 kg dans des sables fins inclinés à 45° ! Il envisage alors de l'abandonner pour la nuit et de mener une expédition de sauvetage le lendemain avec 2 équipes, l'une en bas et l'autre en haut. Dommage pour la batterie de la caméra, pour celles des lampes torches et du laser. Cette solution ne me plaît pas et mes camarades s'en rendent compte. Andy nous rejoint et tente une dernière fois une remontée. Il parvient à ramener le rover au bord du gouffre. Impossible d'aller le chercher à pied. Le rover est entier, c'est déjà une bonne nouvelle; nous n'irons rien rechercher demain au fond du canyon.
A force d'efforts, le rover est ramené en surface. je fais vite un point global : les protections sont tordues et la caméra est arrêtée. Je suis quand même rassuré. On pose pour la forme devant le canyon et nous rentrons aussi doucement qu'à l'aller pour ne pas endommager notre matériel. Une heure plus tard nous sommes à bord du module. La sortie a durée 5 heures, je suis épuisé et inquiet pour la caméra. Après un nettoyage rapide de celle-ci, j'essaie de récupérer la cassette vidéo. Rien à faire, le mécanisme est bloqué. Un sable très fin s'est infiltré dedans et il semble qu'elle a subi un choc. Il faut la nettoyer complètement. Là c'est certain, Alain ne sera pas content. Il est 19h00, le vent souffle à nouveau très fort, la température chute vite, j'ai des courbatures (sûrement dues à la planche qui me sert de lit...) et j'ai un peu froid. Le groupe électrogène vient de disjoncter pour la 2eme fois et nous a plonger dans le noir pendant quelques minutes. Effectivement, sur Mars comme ailleurs, il y a des jours où tout va mal.
(c) Texte et Images : Gilles Dawidowicz/Mars Society/APM |
||||||