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THE MARS SOCIETY | ![]() |
Déclaration du Dr. Robert Zubrin à la Commission Commerciale du Sénat le 29 Octobre 2003 " Sénateur McCain, membres de la Commission Commerciale, je vous remercie pour votre invitation et de m'avoir ainsi donné l'occasion de vous présenter mon point de vue sur l'avenir du programme spatial Américain. Peu d'entre vous me connaissent, sans doute, permettez-moi de me présenter. Je suis ingénieur de formation, j'ai un "Masters" en Aéronautique et en Astronautique, un doctorat en Ingénierie Nucléaire et quinze ans d'expérience dans l'industrie aérospatiale. Je dirige actuellement ma propre société, Pioneer Astronautics, qui a cinq contrats de recherche et de développement en cours avec la NASA et le Ministère de la Défense. J'ai déposé trois brevets, je suis auteur ou co-auteur de plus de cent articles et cinq livres dans le domaine aérospatial, et préside une organisation internationale à but non lucratif, la " Mars Society ", qui a construit et exploite une base de simulation d'exploration humaine de Mars sur l'île de Devon à 1500 kilomètres du Pôle Nord. J'aborderai aujourd'hui quatre points. Premièrement, je vous expliquerai pourquoi la NASA est en train d'échouer et quelles modifications fondamentales nous devons apporter au mode de fonctionnement de notre Agence Spatiale si nous voulons lui rendre son efficacité. Je vous dirai en particulier pourquoi nous devons lui choisir un objectif prioritaire si nous voulons y parvenir. Deuxièmement, je vous dirai quel doit être cet objectif. Troisièmement, je présenterai le plan d'un programme spatial innovant qui permettra à la NASA d'accomplir sa mission et d'atteindre cet objectif en moins de dix ans. Enfin, je présenterai des recommandations spécifiques sur ce que le Congrès et le Gouvernement doivent entreprendre dès à présent pour remettre le programme spatial sur le droit chemin. 1 Pourquoi la NASA est-elle en train d'échouer ? Au cours des derniers débats parlementaires sur la catastrophe de la Navette Columbia, de nombreux députés et sénateurs ont à maintes reprises déploré que le programme spatial américain était "bloqué en orbite terrestre basse". C'est un vrai problème. Mais si nous voulons le résoudre il faut que les dirigeants politiques américains remettent fondamentalement en cause le mode de fonctionnement de la NASA. Au cours de son histoire, la NASA a eu recours à deux modes de fonctionnement distincts. Le premier a dominé pendant la période 1961-1973, on pourrait donc l'appeler mode " Apollo " Le second, qui prévaut depuis 1974, c'est le mode de " l'ère de la Navette Spatiale " ou, pour faire plus court, le mode " Navette " Dans le mode " Apollo ", voilà comment les choses se passent. D'abord on choisit la destination d'un vol spatial habité. Puis on élabore un plan pour atteindre cet objectif. Ensuite on développe les technologies et on réalise les études nécessaires à la réalisation du plan en question. Enfin on passe à la phase de construction des équipements étudiés et on lance la mission. Dans le mode " Navette " les choses se passent d'une façon complètement différente. On développe les technologies et les équipements en accord avec les souhaits de divers groupes d'influence. Puis on justifie le financement de ces programmes en disant qu'ils se révéleront probablement utiles plus tard quand on lancera de grands projets de vol habité. Si nous comparons ces deux approches, nous constatons que le mode " Apollo " est orienté par le choix d'une destination, tandis que le mode " Navette ", qui se réclame de choix technologiques, est en réalité orienté par des décisions électorales et politiques. Dans le mode " Apollo ", les développements technologiques sont effectués pour des raisons directement liées au choix de la mission. Dans le mode " Navette ", le choix des projets dépend des caprices de divers groupes de pression, internes et externes à l'agence. Puis on essaie de justifier ces choix après coup par des explications rationnelles. Dans le mode " Apollo " les efforts de l'Agence Spatiale sont orientés et rationnels. Dans le mode " Navette " les efforts de la NASA sont dispersés et aléatoires. Considérez deux couples qui veulent tous deux construire leur propre maison. Le premier couple choisit sa future maison, embauche un architecte pour l'étudier en détail et en dessiner les plans, puis achète les matériaux de construction nécessaires. C'est le mode " Apollo " Le second rend chaque mois visite à ses voisins pour savoir de quoi ils voudraient se débarrasser et seraient prêts à leur vendre : meubles, tuiles, cloisons, terrasse, sanitaires, chauffage central, etc. et leur achète tout au fur et à mesure, en espérant accumuler en final assez de matériel pour construire sa maison. Quand leurs parents leur demandent pourquoi ils empilent un tel fatras, ils font appel à un architecte pour étudier la maison qu'on pourrait bien construire avec tout le bric à brac qu'ils ont acheté. Bien sûr la maison n'est jamais construite, mais ils ont ainsi trouvé une bonne excuse pour justifier leurs achats et éviter les questions embarrassantes. C'est le Mode " Navette ". En dollars constants, le budget annuel moyen de la NASA entre 1961 et 1973 était d'environ 17 milliards. Cela ne représente que 10% de plus que son budget actuel. Pour comparer les rendements respectifs du mode " Apollo " et du mode " Navette " il est donc instructif de comparer les réalisations de la NASA entre 1961 et 1973 d'une part et 1990 et 2003 d'autre part, puisque les sommes totales dépensées par l'Agence Spatiale au cours de ces deux périodes sont à peu près équivalentes. Entre 1961 et 1973, la NASA a lancé les missions Mercury, Gemini, Apollo, Skylab, Ranger, Surveyor, et Mariner, elle a aussi effectué toutes les études des missions Pioneer, Viking et Voyager. En outre, l'Agence Spatiale a développé les moteurs fusée à l'hydrogène-oxygène, les lanceurs lourds multiétages à grande capacité, les moteurs fusée nucléothermiques, les réacteurs nucléaires spatiaux, les générateurs thermoélectriques à radio-isotopes, les combinaisons spatiales, les systèmes de support-vie dans l'espace, les techniques de rendez-vous orbitaux, d'atterrissage en douceur par rétrofusées, de navigation interplanétaire, de transmission de données depuis l'espace lointain, de rentrée atmosphérique, et bien d'autres encore. De plus, de précieuses infrastructures administratives et logistiques telles que la base de Cap Canaveral, le Réseau de Surveillance de l'Espace Lointain, le Centre Spatial Johnson, et le JPL ont également toutes été réalisées au cours de cette période, déjà plus ou moins dans leur forme actuelle. Par comparaison, entre 1990 et 2003 la NASA a lancé quelques soixante missions de Navettes qui lui ont permis de lancer et réparer en orbite le télescope spatial Hubble et de commencer la construction d'une station spatiale. Elle a lancé six sondes interplanétaires (comparons çà aux trente sondes lunaires et planétaires qui ont été lancées entre 1961 et 1973) Malgré d'innombrables programmes de "développement technologique", aucune technologie significative nouvelle n'a vu le jour, et on n'a créé aucune infrastructure opérationnelle pour un nouveau programme spatial d'envergure. Quand on compare ces deux listes, le constat est vite fait. Le rendement de la NASA, tant en termes de missions accomplies que de développements technologiques, était au moins dix fois plus élevé au cours de sa période " Apollo " qu'au cours de sa période " Navette " En l'absence d'objectif stratégique, le mode " Navette " consiste à dépenser de grosses sommes d'argent dans toutes les directions. Voilà pourquoi il est désespérément inefficace. Mais les dirigeants de la NASA ne sont pas seuls responsables de cette gabegie. Certains ont même tenté de redresser la situation. C'est plutôt la classe politique dans son ensemble qui doit assumer la plus grande partie de la responsabilité de la situation actuelle. Voyez plutôt. Au cours de la même semaine de septembre où les députés mettaient sur le gril l'Administrateur O'Keefe pour avoir malencontreusement déclaré qu'il ne souhaitait pas que la politique de la NASA soit orientée par le choix d'une destination, un comité du Sénat publiait un rapport disant que la plus grande priorité de l'agence spatiale était le développement d'une nouvelle Navette Spatiale. Mais les sénateurs qui ont approuvé ce rapport ont-ils justifié leur décision ? Pourquoi diable aurions-nous besoin d'une nouvelle Navette ? Pour continuer à faire ce que nous faisons maintenant ? Mais est ce vraiment ce que nous souhaitons ? Il faut que l'Assemblée et le Gouvernement se réunissent pour débattre de ce que notre nation veut réellement accomplir dans l'espace. Il faut organiser des délibérations publiques au cours desquelles seront examinées les options d'objectifs spatiaux stratégiques. Notre objectif essentiel est-il de continuer à envoyer des astronautes en voyage d'agrément en orbite basse ? Si c'est le cas, une Navette de seconde génération pourrait effectivement avoir un certain intérêt. Mais si nous voulons envoyer des êtres humains sur la Lune ou sur Mars, nous devons d'abord prendre cette décision clairement et sans ambiguïté, puis étudier et construire l'ensemble des équipements nécessaires à la réalisation effective de ces objectifs. Les partisans du mode " Navette " affirment qu'éviter de choisir une destination leur permet de développer les technologies qui nous permettront d'aller partout et quand nous le déciderons. C'est complètement faux. Le mode " Navette " ne nous mènera nulle part. Le mode " Apollo " nous a menés sur la Lune, et il peut nous y mener de nouveau, ou nous mener sur Mars. Mais il nous faut une orientation politique puissante. Au commencement était le Verbe. 2 Quel doit être notre objectif ? Pour accomplir quelque chose dans l'espace il nous faut un objectif. Quel doit être cet objectif ? A mon avis la réponse est claire : des êtres humains sur Mars dans moins de dix ans. Pourquoi Mars ? Parce que de toutes les destinations planétaires actuellement à notre portée, c'est Mars qui possède les plus grandes potentialités de progrès scientifique et social, et parce que Mars est l'avenir de l'humanité. Potentiel scientifique d'abord, Mars est essentielle, parce que c'est la " Pierre de Rosette " qui nous permettra de connaître la véritable place de la Vie dans l'univers. Des photographies de la surface prises en orbite Martienne montrent que l'eau y a coulé pendant un milliard années au début de son histoire, cinq fois plus longtemps que ce qu'il a fallu à la vie pour éclore sur Terre après l'apparition de l'eau liquide. Donc si la théorie est correcte selon laquelle la vie est un phénomène naturel d'auto-organisation chimique spontanée de la matière partout où il y a, pendant un temps suffisant, de l'eau liquide, un climat tempéré et des minéraux en abondance, alors il y a eu de la vie sur Mars. Si nous allons sur Mars et que nous y trouvons des fossiles d'une vie passée, nous aurons de bonnes raisons de penser que nous ne sommes pas seuls dans l'univers. Si nous envoyons des explorateurs humains y installer des équipements de forage capables d'atteindre la nappe phréatique où pourraient encore subsister des formes de vie martiennes, nous pourrons l'examiner en détails. Nous saurons enfin si la vie telle que nous la connaissons sur Terre est un modèle universel, ou si nous ne sommes qu'un discret échantillon d'une vaste biosphère cosmique infiniment riche et variée. C'est une information qui vaut la peine que l'on y consacre du temps et de l'argent. Potentiel social ensuite, Mars est le nouveau grand défi dont notre société a cruellement besoin. Les nations sont comme les êtres humains, ce sont les défis qui les font progresser, sans défi à relever, elles prennent la voie du déclin. Le défi que représenterait un programme d'exploration habitée de Mars serait une invitation à l'aventure pour chacun des jeunes de notre pays, un appel puissant: " Apprends les sciences et tu auras l'occasion de participer à l'exploration d'un nouveau monde " Les écoles de notre nation verront passer plus de cent millions d'élèves au cours des dix prochaines années. Si un programme d'exploration habitée de Mars ne devait inciter ne serait ce qu'un pour cent supplémentaire d'entre eux à entreprendre des études scientifiques, nous aurions un million de scientifiques, d'ingénieurs, d'inventeurs, de chercheurs et de médecins supplémentaires qui seront à l'origine d'innovations technologiques, créeront de nouvelles industries, découvriront de nouveaux traitements médicaux, renforceront notre défense nationale, et d'une façon générale augmenteront la richesse de notre nation d'une valeur qui dépassera de très loin les coûts du programme d'exploration martien. Mais la raison majeure pour laquelle nous devons aller sur Mars c'est parce que Mars est l'avenir de l'humanité. C'est le seul corps extraterrestre du système solaire intérieur à posséder toutes les ressources nécessaires, non seulement au maintien de la vie, mais aussi au développement d'une véritable civilisation technologique. Par contraste avec les déserts de notre lune, Mars possède de véritables océans d'eau gelée sous sa surface, sous forme de pergélisol, ainsi que de grandes quantités de carbone, d'azote, d'hydrogène et d'oxygène, sous des formes facilement accessibles à des esprits suffisamment ingénieux pour les exploiter. Ces quatre éléments représentent non seulement les constituants de base de l'eau et de nos aliments, mais aussi des plastiques, du bois, du papier, des vêtements et - par-dessus tout - du carburant de nos fusées. En outre, Mars a subi les mêmes types de processus volcaniques et hydrologiques que ceux qui ont engendré une multitude de minéraux sur Terre. On sait que pratiquement tous les éléments qui présentent un certain intérêt industriel existent sur la Planète Rouge. S'il n'y a pas d'eau liquide en surface, en sous-sol c'est une autre histoire. Nous avons toutes les raisons de croire que des sources d'énergie géothermique pourraient bien préserver, de nos jours encore, de vastes poches d'eau chaude dans le sous-sol martien. De tels réservoirs hydrothermiques sont des refuges potentiels pour des microbes survivants d'une ancienne vie martienne. Ils constituent aussi des oasis susceptibles de fournir en abondance ravitaillement en eau et énergie géothermique à de futurs pionniers. Grâce à son cycle circadien de vingt quatre heures et à son atmosphère suffisamment dense pour protéger sa surface des éruptions solaires, Mars est la seule planète extraterrestre capable d'accueillir de vastes serres chauffées par la lumière solaire. Mars peut être colonisée. Pour notre génération et beaucoup de celles qui suivront, Mars est le Nouveau Monde. Quand nous établirons notre premier avant poste sur Mars, nous amorcerons la transformation de l'humanité en une espèce multi-planétaire. Mars c'est la science, Mars c'est le défi et Mars c'est l'avenir. Voilà pourquoi notre objectif doit être Mars. 3 Comment y aller ? Des êtres humains sur Mars. Voilà qui peut vous sembler un objectif bien ambitieux après une telle catastrophe (l'explosion de la Navette Columbia), et pourtant c'est un programme tout à fait réaliste. Techniquement nous sommes prêts. Malgré la plus grande distance qui nous sépare de Mars, nous sommes aujourd'hui beaucoup mieux préparés pour y envoyer des êtres humains que nous ne l'étions pour envoyer des hommes sur la Lune en 1961 quand John F. Kennedy a lancé son fameux défi - et nous y sommes arrivés en huit années à peine. Si nous en avons la volonté, nous pouvons faire atterrir nos premiers équipages sur Mars dans moins de dix ans. La voie de la réussite c'est tout d'abord abandonner la politique de stagnation permanente associée à la méthode de pensée sénile du mode " Navette " Il faut revenir à la méthode " Apollo ", ces opérations planifiées orientées par le choix d'une destination qui ont permis à notre Agence Spatiale de connaître les brillants succès de ses débuts. Nous devrons aussi prendre modèle sur notre propre passé de pionniers et adopter une stratégie de mission du style "voyager légers et vivre sur le terrain" qui a si bien réussi aux explorateurs terrestres pendant des siècles. Un tel plan d'exploration de la Planète Rouge existe déjà, il s'appelle " Mars Direct ". Voici comment il pourrait se dérouler. À l'ouverture d'une fenêtre de lancement favorable, 2009 par exemple, un lanceur lourd unique à grande capacité, égale à celle de la fusée Saturne V du programme Apollo, décolle de Cap Canaveral. Son étage supérieur envoie une charge utile inhabitée de quarante tonnes sur une trajectoire à destination de Mars. (On pourrait facilement réaliser un tel lanceur en reconvertissant la Navette Spatiale, et en remplaçant son avion orbital par une coiffe contenant une charge utile et un étage fonctionnant à l'hydrogène/oxygène) Huit mois plus tard, à son arrivée au voisinage de Mars, le vaisseau spatial utilise l'effet de friction de son bouclier thermique sur l'atmosphère pour freiner et s'insérer en orbite, puis il atterrit à l'aide d'un parachute. C'est le Véhicule de Retour sur Terre (Earth Return Vehicle ou " ERV ") Il possède deux étages de propulsion par moteurs fusée méthane/oxygène. A son arrivée sur Mars ses réservoirs sont vides. Il emporte aussi une cargaison de six tonnes d'hydrogène liquide, un réacteur nucléaire de cent kilowatts monté sur un véhicule léger entraîné par un moteur au méthane/oxygène, un jeu de compresseurs, une petite centrale chimique automatisée et quelques rovers à usage scientifique. Dès l'arrivée du vaisseau, le véhicule léger est télécommandé jusqu'à quelques centaines de mètres du site d'atterrissage où son réacteur est mis en service pour fournir de l'énergie électrique aux compresseurs et à la centrale chimique. Dans le " méthanisateur " de la centrale, l'hydrogène apporté depuis la Terre réagit rapidement avec l'atmosphère martienne constituée à 95% de dioxyde de carbone (CO2) pour produire du méthane et de l'eau, éliminant ainsi toute nécessité de stocker pendant une longue durée de l'hydrogène cryogénique sur le sol martien. Le méthane ainsi produit est liquéfié et stocké, tandis que l'eau est électrolysée pour produire de l'oxygène qui est stocké et de l'hydrogène qui est recyclé dans le méthanisateur. En final, ces deux réactions (" méthanisation " et électrolyse de l'eau) produisent vingt quatre tonnes de méthane et quarante huit tonnes d'oxygène. Cette quantité d'oxygène n'est pas suffisante pour brûler le méthane dans un rapport optimal. Trente six tonnes supplémentaires d'oxygène sont donc produites par dissociation directe du CO2 martien.Tout le processus dure dix mois, à l'issue desquels on a constitué un stock total de cent huit tonnes de bipropergol méthane/oxygène. Soit un rapport de dix huit pour un entre le propergol martien ainsi obtenu et l'hydrogène apporté depuis la Terre pour le synthétiser. Quatre-vingt-seize tonnes de bipropergol seront utilisées pour faire le plein de l'ERV, tandis que les douze tonnes restantes serviront à ravitailler de puissants véhicules de surface à propulsion chimique à long rayon d'action. On peut aussi obtenir de grandes quantités d'oxygène supplémentaires, pour la respiration humaine et pour synthétiser de l'eau, en le combinant avec l'hydrogène apporté depuis la Terre. Comme l'eau est constituée à 89% d'oxygène (en masse) et qu'elle représente la plus grande partie des produits alimentaires, nous réduisons ainsi considérablement la quantité de ravitaillement qu'il faut importer depuis la Terre. Après achèvement de la production de propergol, en 2011, deux lanceurs supplémentaires décollent du Cap et envoient vers Mars leurs charges utiles de quarante tonnes. L'une est un ensemble inhabité " ERV/ centrale de production de carburant " identique à celui qui fut lancé en 2009, l'autre est un module d'habitation (un " habitat ") qui transporte un équipage de quatre personnes, un stock d'aliments entiers et déshydratés pour trois ans, et un véhicule de surface pressurisé propulsé par un moteur au méthane/oxygène. Au cours du voyage aller vers Mars, on peut fournir à l'équipage une gravité artificielle en reliant par câble l'habitat et l'étage supérieur vide du lanceur, et en les faisant tourner autour de leur centre de gravité commun. À son arrivée, le vaisseau habité se débarrasse du câble, effectue sa manœuvre d'aérofreinage et se pose sur le site d'atterrissage de 2009 où l'attendent un " ERV " plein de carburant et un site de débarquement parfaitement balisé. Grâce à de telles aides à la navigation, l'équipage devrait facilement se poser en plein sur l'objectif. S'il devait le manquer de plusieurs dizaines ou même de plusieurs centaines de kilomètres, il pourrait encore accomplir le rendez-vous de surface en rejoignant le site à bord du rover. S'il le manque de plusieurs milliers de kilomètres, le deuxième " ERV " peut lui porter secours. Supposons que l'équipage débarque et effectue le rendez vous prévu sur le premier site, le deuxième ERV atterrit sur un second site à plusieurs centaines de kilomètres et commence la fabrication du propergol destiné à la mission de 2013 qui s'envole à son tour, de concert avec un ERV supplémentaire qui ouvre sur Mars un troisième site de débarquement. Donc tous les deux ans on envoie deux lanceurs lourds, un pour débarquer un équipage et l'autre pour préparer le site d'atterrissage de la mission suivante. Soit un lancement par an pour effectuer un programme continu d'exploration Martienne. Au cours d'une année nous pouvons lancer six Navettes, ce programme ne représente donc qu'environ 16% de la capacité de lancement américaine. C'est donc un programme financièrement réaliste. Cette approche de "vie sur le terrain" sort enfin le vol habité vers Mars du domaine de la science fiction et de ses vaisseaux spatiaux géants pour en faire une tâche de difficulté comparable à celle des missions lunaires Apollo. L'équipage reste un an et demi sur Mars. Il profite de la mobilité que lui confèrent ses véhicules de surface à propulsion chimique à grande puissance pour mettre en œuvre un vaste programme d'exploration. Avec son stock de carburant de douze tonnes, il peut parcourir plus de vingt quatre mille kilomètres au cours de son séjour. Il dispose donc de la mobilité indispensable à la recherche sérieuse d'une vie sur Mars, présente ou passée - recherche essentielle pour savoir si la vie est unique ou si c'est un phénomène universel. Personne ne reste en orbite, tout l'équipage bénéficie donc de la gravité naturelle et de la protection contre les rayons cosmiques et les éruptions solaire offertes par l'environnement martien. Aucune raison par conséquent d'envisager le retour précipité sur Terre qu'exigent les plans de missions conventionnels, avec leurs vaisseaux-mères en orbite martienne et leurs courtes excursions en surface. À la fin de son séjour, l'équipage revient directement sur Terre à bord de l'ERV depuis la surface. Au fil des missions, toute une série de petites bases sont fondées sur le sol martien qui ouvrent chacune de vastes étendues de territoires à l'exploration humaine. En fait, grâce à la ressource locale la plus facilement accessible sur Mars - son atmosphère - ce plan nous permet d'accomplir une mission martienne habitée avec un système de transport spatial de la taille de celui qui nous a emmenés sur la Lune. Pour effectuer des missions Martiennes habitées plus besoin de développer des technologies de nouvelle génération, ni d'accroître la complexité opérationnelle de la mission. Nous restons dans le domaine éprouvé des techniques mises en œuvre au cours du programme d'exploration lunaire. Voilà pourquoi ce plan réduit d'un facteur dix le coût du programme d'exploration Martienne et permet d'en avancer l'échéance d'une génération. Au fait, puisque ce plan permet d'atteindre Mars avec un système de transport de type " Apollo ", il est tout à fait raisonnable d'envisager une mission secondaire en cours de route, cinq années après le début du programme par exemple, au cours de laquelle on lancerait une mission de type " Mars Direct " pour envoyer des astronautes sur la Lune. L'exploration de Mars n'exige ni nouvelles technologies miracles, ni ports spatiaux en orbite terrestre, ni croiseurs interplanétaires géants. Il n'est pas inévitable de passer les trente prochaines années à contempler, impuissants, un programme spatial qui fait du sur-place, dépenser en vain des sommes colossales et subir régulièrement des pertes en vie humaines tandis que les mêmes missions à destination de nulle part sont lancées, inlassablement, et que nos professionnels de la technologie piétinent lamentablement sans parvenir à réaliser de nouveaux systèmes ou de nouveaux matériels. Il nous suffit simplement de choisir notre destination, et avec ce même mélange de vision, de pragmatisme, de passion et de détermination qui nous a si bien réussis pendant la période Apollo, de faire les efforts nécessaires pour atteindre cet objectif. Nous pouvons établir un premier petit avant-poste sur Mars en moins d'une décennie. C'est à nous, pas à une génération future éloignée, que peut revenir l'honneur éternel d'être les premiers pionniers de ce nouveau monde. Tout ce qu'il nous faut, c'est la technologie actuelle, un soupçon de génie chimique du dix-neuvième siècle, une bonne dose de bon sens et un peu de courage. 4 Que doit faire le Congrès maintenant ? Le programme spatial civil Américain est actuellement en crise. Nous devons à présent admettre qu'il n'est pas raisonnable d'utiliser encore longtemps l'Orbiteur de la Navette pour envoyer des équipages en orbite terrestre. La catastrophe de Columbia nous montre clairement que ces vieux Orbiteurs deviennent de plus en plus dangereux. Par ailleurs, même si l'on pouvait améliorer la sécurité des vols sur l'Orbiteur, il est clair qu'utiliser un lanceur qui dispose d'une poussée au décollage comparable à celle d'une Saturne V pour envoyer une demi-douzaine d'astronautes dans la Station Spatiale est aussi intelligent que de faire du ski nautique avec un porte-avions. La Navette a été conçue à l'origine comme une petite station spatiale que l'on peut mettre en orbite avec un seul lancement. En l'absence d'une station spatiale permanente, l'existence de ce véhicule pouvait encore se justifier. Mais depuis l'avènement de l'ISS (la Station Spatiale Internationale), continuer à utiliser un tel engin uniquement comme " taxi spatial " est absurde. La NASA est enfin disposée à admettre cette réalité. Elle a lancé le programme d'Avion Spatial Orbital (" Advanced Space Orbiter " ou ASO) qui, pour réaliser la fonction de taxi spatial Terre-orbite, ne fera plus appel à la Navette mais à une petite capsule ou à un mini-orbiteur que l'on pourra lancer avec une fusée Atlas ou Delta. Si, au lieu d'une mini-navette complexe, on se contentait d'une capsule simple et fiable, un tel programme serait très sensé. Une simple capsule est beaucoup plus sûre qu'un système complexe, son coût de développement très inférieur, et elle sera probablement beaucoup plus vite opérationnelle, ce qui réduira d'autant les risques et les coûts associés à la prolongation de l'utilisation des Navettes. Lancée à l'aide d'un lanceur réutilisable de taille moyenne, une telle capsule pourrait assurer le transfert en orbite des équipages à moins de 20% du coût d'un vol de Navette. Aussi rationnelle que puisse sembler cette approche, elle menace pourtant directement les emplois de centaines de milliers de salariés qui travaillent sur le programme de la Navette actuelle, de plusieurs grandes sociétés aérospatiales et d'un grand nombre de plus petites. C'est pour cette raison que certains ont exercé des pressions pour faire de l'ASO un programme complexe de mini-navette qui exigerait plusieurs années de développement et coûterait, selon des évaluations récentes, quelques 17 milliards de dollars. C'est une très mauvaise idée, une illustration éclatante des travers du mode " Navette " de fonctionnement de la NASA tel que je l'ai défini précédemment. La " rafle " budgétaire qu'elle implique mettrait gravement en péril la réalisation de tous nos autres programmes spatiaux, et le délai qu'elle entraînerait dans le remplacement de la Navette exposerait nos astronautes à des risques sérieux et inutiles. Par ailleurs, malgré de récentes déclarations fallacieuses, cette mini-navette, avec ses ailes et son train d'atterrissage encombrants, est loin d'être l'outil idéal qu'on nous annonce pour des missions d'exploration au-delà de l'orbite terrestre basse. Le Congrès ne doit pas financer ce programme tel qu'il est prévu actuellement. Mettre une mini-navette " plaqué or " au cœur du programme de développement de la NASA des dix prochaines années va paralyser tout effort d'exploration humaine pendant une génération. Et en final nous ne serons même pas mieux préparés qu'avant à nous lancer dans l'exploration planétaire habitée. En fait, la situation aura même empiré, car en réduisant simplement la taille de l'Orbiteur pour en faire un avion spatial, ou une mini-navette, destiné à réduire le coût du transport régulier d'êtres humains en orbite terrestre, nous allons abandonner un atout de dix milliards de dollars : le lanceur de la Navette Spatiale. Ce serait un véritable désastre, car dans le cadre d'une véritable initiative d'exploration spatiale habitée il n'y aurait aucune raison de l'abandonner, il serait très probablement reconverti en lanceur lourd. Telles seraient les conséquences dramatiques du choix d'une approche partisane pour résoudre le problème Navette/orbiteur. Plutôt que d'attribuer 17 milliards de dollars à un programme d'avion spatial qui ne nous mènera nulle part, le Congrès devrait consacrer 60 millions de dollars au financement sur six mois de deux projets d'étude (30 millions de dollars chacun) de plans complets d'exploration habitée de Mars. L'une d'elles serait effectuée par le Centre Spatial Johnson de la NASA. Les 30 autres millions financeraient une équipe interagence concurrente dirigée par un représentant d'une agence spatiale gouvernementale indépendante de la NASA. Chacune de ces équipes serait chargée du développement d'une architecture spatiale et d'un plan de mission complets permettant l'arrivée d'êtres humains sur Mars moins de dix ans après le lancement du programme. Exigence supplémentaire : des sous-ensembles modifiés de matériel de la mission Mars devront permettre des missions lunaires habitées. Il faudra imposer des plafonds : le coût total de développement des plans devrait rester sous le seuil des 30 milliards de dollars, et le coût de chaque mission martienne récurrente ne devrait pas dépasser les 3 milliards de dollars. Au terme des études, chaque plan sera soumis à l'analyse critique d'un jury nommé par le Congrès qui évaluera ses mérites, son coût, sa faisabilité technique et son potentiel exploratoire. L'équipe qui l'aura emporté sur la base de ces critères se verra alors attribuer la direction du programme d'exploration Martienne habitée. Le matériel nécessaire à la réalisation de son plan sera alors financé et construit conformément à un calendrier pluriannuel prévu par le plan. Puis la mission sera lancée. Une fois encore, le Congrès ne doit pas financer la construction de choses. Il doit financer la mise en œuvre d'un plan. Le financement direct des missions n'implique pas l'abandon de tout programme de recherche. Il signifie seulement que les technologies de recherche et de développement retenues seront effectivement utiles à la mise en œuvre ou à l'amélioration du plan, pas au maintien ou à l'augmentation des fonds de programmes de recherche existants et des lobbies politiques locaux. Financer deux équipes concurrentes d'études de programmes pourrait paraître surprenant à certains d'entre vous. Pourtant l'expérience des dernières décennies montre clairement que, sans l'aiguillon de la compétition, aucun plan efficace ne verra le jour. Notre nation n'a pas besoin d'un programme de plan Martien hypertrophié par une multitude de développements de technologies et d'infrastructures inutiles. La tentation sera grande pour la bureaucratie d'utiliser la mission Mars comme une espèce de sapin de Noël où accrocher, en guise de décorations, ses programmes technologiques favoris. Souvenez-vous qu'en 1989 la NASA a répondu à l'appel à l'Initiative de l'Exploration Spatiale du président Bush (père) par un plan démesuré et monstrueusement cher. C'est ce " péché originel " qui a conduit au cours de ces dernières années à la prolifération de toute une série de programmes spatiaux gargantuesques et hypercomplexes concoctés par le groupe NexT du Quartier général de la NASA. Mark Twain a dit un jour que rien ne stimule plus l'intelligence que de savoir que vous serez fusillé à l'aube. Seule la certitude que les augmentations de coût provoquées par l'intégration dans le plan de mission d'éléments parasites signifieront la déroute complète du programme obligera la NASA, ou une organisation gouvernementale concurrente, à mettre de côté leurs intérêts partisans et à concevoir le meilleur programme possible, et le plus optimisé. 5 Conclusion Sénateur McCain, honorables membres de la Commission Commerciale, l'humanité se trouve aujourd'hui à l'aube d'un fantastique mouvement de libération, un bouleversement dont se souviendront d'innombrables générations futures, quand presque tous les autres événements de notre époque seront depuis longtemps oubliés. Ce bouleversement c'est le début de la métamorphose de l'humanité en une espèce qui voyage dans le cosmos. La Terre n'est pas un monde unique. Il y a de nombreuses planètes dans notre propre système solaire, des millions dans l'espace interstellaire proche, et des centaines de milliards dans la galaxie. Atteindre et coloniser ces nouveaux mondes constitue un redoutable défi, mais il est loin d'être hors de notre portée. Si nous devenons des voyageurs du cosmos, nous ouvrirons à l'humanité de fabuleuses perspectives dans l'espace et dans le temps, riches d'expériences et de potentialités d'une ampleur dépassant les rêves les plus fous de tout être humain de ce début du vingt et unième siècle. Quand nous ouvrirons la frontière de l'espace, nous contribuerons à l'éclosion d'une multitude de nouveaux rameaux de la civilisation humaine, langues, cultures, sciences et littératures nouvelles, formes d'organisation sociale inédites, odyssées technologiques et aventures héroïques qui ajouteront toutes leurs sagas innombrables à l'épopée sans fin de l'histoire humaine. Nous fûmes jadis une poignée de tribus primitives qui vivaient dans la grande vallée du rift de l'est du continent africain. Si nous n'avions pas quitté notre milieu d'origine nous serions toujours restés cette poignée de tribus. Mais nous nous sommes aventurés loin de cette vallée, nous avons affronté les défis des environnements hostiles de l'ère glaciaire de l'Europe du nord et des autres continents. Nous sommes ainsi devenus une civilisation globale. Quand nous irons dans l'espace, l'accroissement de nos capacités sera tout aussi radical. Dans quelques millénaires la civilisation humaine sera en comparaison de la nôtre aussi riche que notre actuelle société globale par rapport à cette culture tribale de la vallée du rift Kenyan du temps de nos origines. C'est pourquoi je crois que nous tous ici rassemblés dans cette chambre séculaire ne sommes pas à la fin de l'histoire, mais au début de l'histoire, que l'on ne se souviendra pas de notre nation pour les glorieux exploits de nos prédécesseurs, mais pour ceux, plus glorieux encore, de nos successeurs, et de ceux qui suivront ceux-là. Jouons donc le rôle qui nous est dévolu, celui d'avant-garde de l'humanité, de défricheurs de l'avenir. Honorons l'authentique tradition américaine et poursuivons courageusement la conquête des frontières inexplorées du cosmos. Ouvrons de nouveaux mondes à la postérité et suivons l'exemple de nos vaillants ancêtres pionniers. Mesdames et messieurs les Sénateurs, je vous demande de relever le " Défi Martien " et d'user de toute votre influence pour remettre la NASA sur la voie du succès. Le peuple américain veut et mérite un programme spatial doté d'une véritable destination. Pour cela il faut nous fixer un objectif, de cet objectif déduire un plan, et mettre effectivement ce plan en œuvre. Il est en votre pouvoir de le faire. Il est en votre pouvoir de lancer un programme d'exploration qui conduira à terme à la plus grande floraison d'opportunités, de connaissances, de progrès et de liberté que l'histoire humaine ait jamais connue. Je vous demande de le faire. Merci pour votre attention. Traduit par Etienne Martinache. |