ANALYSE et COMMENTAIRE



FAUT-IL ARRETER LA NAVETTE
SPATIALE DE SUITE ?


Traduction de la déclaration de la Mars Society sur la nouvelle architecture spatiale de la NASA

Avec la présentation de son étude d'architecture des systèmes d'exploration (Exploration Systems Architecture Study (ESAS)), la NASA a fait un pas important pour l'exploration de l'espace par l'Homme. La Mars Society applaudit cette étude qui est le premier plan rationnel d'exploration spatiale habitée à long terme depuis le programme Apollo. Nous espérons que ce programme marquera le début d'une nouvelle ère à la NASA. Une ère clairement ciblée sur des destinations et qui nous permettra de retourner sur la Lune puis de partir vers Mars.

Une des pièces les plus importantes de cette nouvelle architecture est sans conteste le lanceur lourd. La capacité de mettre sur orbite des charges lourdes est une nécessité pour tout programme sérieux d'exploration lunaire ou martienne. On réduit ainsi le nombre de lancements, ce qui permet de simplifier la mission et de réduire les coûts.

Un autre élément clé de ce plan concerne l'utilisation de ressources locales. Nous espérons que la NASA tirera profit très rapidement de cette capacité. Une utilisation appropriée des ressources locales peut réduire de manière drastique la masse de la mission et ainsi la rendre plus efficace et moins coûteuse.

Il est cependant très important que cette nouvelle architecture reste, pour quelques années encore, assez flexible pour pouvoir réagir à des circonstances imprévues comme celles que nous venons de vivre avec les ouragans Katrina et Rita. Pour financer les réparations des dégâts entraînées par ces tempêtes, quelques membres du Congrès ont proposé d'annuler soit le nouveau programme d'exploration spatiale soit celui de la Navette spatiale. Si ce scénario devait se confirmer, il est vital que l'argent vienne du programme de la Navette, qui sera de toute façon arrêté d'ici quelques années, plutôt que du programme d'exploration lointaine. Bien que l'arrêt immédiat de la Navette conduirait à un "trou" dans notre programme spatial ("trou" que nous avons en fait déjà), l'annulation du programme d'exploration lointaine signifierait tout simplement la fin des vols habités à long terme pour la NASA. L'arrêt de la Navette spatiale permettrait d'économiser plus de 30 milliards de dollars sur les 5 à 6 ans à venir. Ces économies permettraient d'aider à financer les dégâts causés par les tempêtes et d'accélérer le développement des véhicules de remplacement de la Navette. Une partie des économies permettrait en fait d'avoir un véhicule d'exploration habité et un lanceur lourd disponibles aux alentours de 2010.

Même sans cette crise de financement, il serait préférable d'arrêter la Navette au plus tôt et de commencer le développement du lanceur lourd. Ce dernier pourrait en effet permettre de terminer la construction de l'ISS et ainsi d'honorer nos engagements envers nos partenaires internationaux. Une partie des économies réalisées par l'arrêt de la Navette pourrait couvrir les frais d'adaptation des éléments de l'ISS déjà construits au nouveau lanceur. Bien que cela retarderait les vols à court terme dédiés à la construction de l'ISS, la date d'assemblage final ne souffrirait pas beaucoup car le lanceur lourd pourrait mettre plus de pièces sur orbite en un nombre réduit de lancements. Cette manière de procéder permettrait également d'avancer les dates d'arrivée des hommes sur la Lune et sur Mars de plusieurs années par rapport aux prévisions actuelles.

Près d'un demi-siècle après les pas historiques de Neil Amstrong et de Buzz Aldrin, les États-Unis décident enfin de continuer le voyage. En soutenant ces objectifs nous aidons à engager un processus qui rendra toutes les précédentes explorations comparativement bien pâles. Ce faisant, nous contribuerons également à honorer et valider les contributions et les sacrifices de tous ceux qui depuis cinquante ans travaillent sur le programme spatial. Cela nous aidera aussi à maintenir notre leadership technologique et encouragera les jeunes générations comme au temps d'Apollo.

L'étude d'architecture pour les systèmes d'exploration est un bon début pour que ce futur devienne réalité.

ANALYSE ET COMMENTAIRE

L'environnement budgétaire du programme spatial américain préoccupe un certain nombre de membres du Congrès. La conjugaison des surcoûts de la Navette et des charges liées au cyclone Katrina amène certains à douter de la crédibilité de la programmation de la NASA et à proposer, soit d'étaler le programme d'exploration, soit d'arrêter au plus vite la Navette.

Dans une analyse précédente (" Le plan d'application de la nouvelle politique américaine d'exploration spatiale : la Lune, Mars et au-delà "), nous avons eu l'occasion de souligner les difficultés que présenteraient pour les Américains ces renoncements. L'un comme l'autre les priverait pendant de longues années d'un accès autonome à l'espace (mais l'ont-ils encore vraiment ?...), tandis qu'un arrêt brutal du programme de Navette signifierait une perte d'activité économique, particulièrement sensible dans les régions éprouvées par Katrina. Cet arrêt aurait également des répercussions désastreuses au niveau des relations avec leurs partenaires de la Station Spatiale. C'est pourquoi, dans un communiqué du 30 septembre, le patron de la NASA a affirmé que la politique serait maintenue.

Dans son communiqué, la Mars Society met en relief les faiblesses de cette politique, qui l'amènent à militer en faveur d'un arrêt immédiat du programme de la Navette. Quels que soient les dédits qui seraient dus aux industriels et aux partenaires, l'importance des sommes économisées permettrait en effet d'engager le nouveau programme dans des conditions budgétaires bien plus confortables. En particulier, il deviendrait possible de ne pas retarder le développement du lanceur lourd HLV. Or, celui-ci devient la clef des vols spatiaux américains, qui ne doivent plus être entrepris sans véritable enjeu, c'est-à-dire être désormais dédiés à l'exploration.

Cette prise de position peut apparaître excessive. En particulier aux yeux des Européens, anxieux d'en finir avec l'assemblage de la Station et de voir enfin leur important investissement dans ce programme se concrétiser. La perspective de nouveaux délais d'assemblage - et des surcoûts attenants - ne peut que les conduire à demander à leur partenaire de respecter ses engagements. L'attitude de celui-ci vis-à-vis d'une coopération dans le programme d'exploration (pas de coopération sur des systèmes critiques, barrière des réglementations " ITAR ") ne les incite d'ailleurs pas à faciliter une sortie de crise favorable aux Américains.

Pourtant, tout le monde s'accorde à reconnaître la situation problématique du programme Navette-Station : délais, surcoûts, perte d'intérêt opérationnel et, surtout, risque d'être contraint par les faits d'arrêter définitivement les vols. Dans ces conditions, n'est-il pas préférable du point de vue de la NASA, à supposer qu'elle ait les mains libres, d'achever la rationalisation de sa nouvelle programmation, tout en retrouvant une certaine souplesse financière ? Quant aux Européens, ne pourraient-ils trouver dans un renoncement américain une position de force leur permettant de négocier au mieux leur entrée dans le futur, tout en valorisant leurs investissements dans la Station et l'ATV ?

Richard Heidmann
Président de l'association Planète Mars



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