CONSEIL MINISTÉRIEL DE L'ESA : PAS DE SURSAUT, MAIS DES DÉCISIONS POSITIVES
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Tous les trois ans environ, le conseil ministériel de l'ESA se réunit pour définir les grandes orientations de l'agence spatiale européenne. La récente réunion des 5 et 6 décembre était particulièrement attendue par tous ceux qui s'intéressent à l'avenir de l'espace, du fait des bouleversements apparus depuis l'édition précédente : arrêt des vols Navette, initiative d'exploration spatiale américaine, accession de la Chine au rang de troisième puissance spatiale…
Comme tout le laissait prévoir, en particulier l'état de la construction politique européenne, ces événements majeurs n'ont pas provoqué une réaction vigoureuse de l'Europe, qui semble attendre en observant l'évolution de la situation des grands programmes américains avec un mélange de scepticisme et de sentiment d'incertitude.
Néanmoins, cette réunion mérite d'être considérée avec une satisfaction relative. D'abord, globalement, notons que l'ensemble des résolutions qui ont été présentées au conseil a été accepté. Par ailleurs, un certain nombre de décisions et de déclarations témoignent d'un véritable intérêt pour l'exploration spatiale et de la volonté - dans la limite de moyens sensiblement constants - de préparer au mieux les positions européennes.
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La mission ExoMars, première étape du programme d'exploration Aurora, se trouve solidement mise sur les rails (il est en fait sur-souscrit). Il s'agit pour l'Europe de faire débarquer sur le sol de la Planète rouge un rover, qui aura la particularité d'emporter les premières expériences à caractère biologique depuis les Viking de 1976 (à l'exception du malheureux Beagle 2). Tout en prenant pied dans les technologies d'atterrissage planétaire et de robotique avancée, et tout en continuant à contribuer à l'étude de la planète (déjà brillamment entreprise avec Mars Express), l'Europe devrait ainsi se placer au premier rang d'un domaine d'investigation particulièrement prometteur. Le lancement est prévu en 2011.
- Parallèlement, un programme de base (" Core Programme ") va couvrir les travaux de définition des missions futures d'exploration robotique et humaine, pour la Lune mais aussi pour Mars. Il va s'agir de se préparer à une contribution européenne à de telles missions, en particulier à l'aide du développement des technologies critiques et de démonstrations en vol, mais aussi de préciser le scénario des contributions européennes et d'éveiller l'intérêt des citoyens pour l'exploration spatiale. Un certain nombre de développements technologiques dans ses créneaux d'excellence devraient permettre à l'Europe, le jour venu, d'être considérée comme un véritable partenaire. Reste à espérer que cet effort prendra une ampleur suffisante dans les années à venir pour que l'Europe puisse assurer une présence significative dans cette grande aventure du XXIème siècle.
- En matière de lanceurs, le principe d'une préférence européenne pour le lancement des sondes de l'ESA a été retenu. Cette décision aura-t-elle pour conséquence de remettre en cause la décision qui avait été prise (pour des raisons de budget) de réduire la taille d'ExoMars afin que la sonde puisse embarquer sur un Soyuz plutôt que sur une Ariane 5 ? Ce serait une bonne nouvelle, car un ExoMars " light " implique des sacrifices en termes d'objectifs scientifiques, particulièrement douloureux vu l'ampleur des enjeux.
- A noter enfin qu'il a été décidé de faire croître le budget des missions scientifiques (programme dit " obligatoire ") de 2,5 % par an, ce qui constitue un soulagement après plusieurs années d'érosion inflationniste non compensée. Cette (petite) bouffée d'oxygène sera-t-elle suffisante pour permettre la reproduction, dans les 10 ou 15 ans à venir, des remarquables succès obtenus dans les années récentes ?
En matière de vols habités, les délégations n'ont pas retenu la proposition d'étudier une participation européenne au programme de véhicule russe Klipper. Les incertitudes de ce projet sont nombreuses : techniques (la conception n'est visiblement pas stabilisée), politiques (quel type de coopération, quelles garanties et quels retours pour l'Europe ?). Par ailleurs, le concept de corps portant, beaucoup plus coûteux à développer que celui de capsule (type Soyuz ou type CEV), est-il réellement justifié ? Ne peut-on en faire l'économie, sauf à vouloir faire de la technologie pour la technologie ? Face à ces incertitudes, on peut se féliciter de la prudence des délégations.
Richard Heidmann
Président de l'association Planète Mars
La page d'information de l'ESA sur la conférence (en anglais !) :
http://www.esa.int/esaCP/SEMTNPULWFE_index_0.html
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