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ANALYSE et COMMENTAIRE | ![]() |
LA STRATEGIE DE LA NASA PRECISEE PAR MICHAEL GRIFFIN L'administrateur de la NASA, Michael Griffin, vient d'accorder à Space.com, lors de la conférence annuelle sur les Petits Satellites (à l'université d'Etat de l'Utah), une interview qui précise sa stratégie. Cette interview importante complète ce qu'il avait déclaré à Washington lors de la convention annuelle de la Mars Society. Sur Le CEV : " Le CEV ", dit-il, " doit assurer dans beaucoup de domaines les services que la navette offre aujourd'hui, mais il doit également pouvoir faire des allers et retours entre la Terre et la Lune ". Au-delà, " dans les décennies à venir, le CEV sera un des éléments de l'architecture du voyage martien. Ce sera avec ce véhicule que les gens reviendront de Mars sur Terre au travers de l'atmosphère. Ainsi, le CEV doit satisfaire des exigences vraiment fortes. Mais, " avertit Griffin, " le but final du programme CEV n'est pas la création de nouvelles technologies. Le CEV est avant tout un outil pour faire passer des hommes au travers de l'atmosphère à l'aller et au retour. Mon but est de le faire, aussi simplement et sûrement que possible. " Ceci est une approche radicalement différente de celle de l'administrateur précédent, Sean O'Keefe, qui considérait l'espace plus comme support de développement industriel pour l'économie américaine que comme instrument pour atteindre un objectif spatial. Et, pour qu'on ne se trompe pas sur les motivations, Griffin insiste : " Ce qui doit vraiment être éliminé de nos esprits, c'est l'idée que le programme civil spatial des Etats-Unis ne consiste qu'à voler de la surface de la Terre à l'orbite basse terrestre. L'intéressant est ce que nous allons faire sur la Lune ; quand nous allons aller sur Mars et ce que nous allons y faire ; ce ne sont pas les cent premiers et les cent derniers kilomètres." Sur la Lune avant Mars : Griffin justifie l'étape lunaire. En effet il dit que beaucoup de la technologie et de l'expérience qui ont fait le succès d'Apollo se sont perdus avec le temps : " Les gens semblent penser, par principe, parce qu'il y a deux générations des astronautes sont allés sur la Lune, que nous en avons l'expérience et que nous avons l'équipement nécessaire qui nous attend en réserve. Ce n'est pas vrai. Nous n'avons pas l'équipement ; nous n'avons pas l'outillage. Dans certains cas, nous n'avons même plus la technologie de base et nous n'avons certainement pas l'expérience des personnes pour les vols spatiaux au delà de l'orbite basse. Avant que la NASA puisse envoyer une expédition sur Mars, l'Agence Spatiale doit recréer toute cette infrastructure et l'endroit pour s'exercer est la Lune, qui est à trois jours de la maison. " Mars : Mais Griffin n'oublie pas l'objectif final : " Je ne pense pas que quiconque considère 2025 ou un peu après, comme irréaliste. On pourrait aller sur Mars plus tôt si nous n'avions pas une politique qui nous dicte de faire autre chose. Mais la politique de l'espace de notre pays nous dit que nous devons finir la Station Spatiale (et) que nous reviendrons sur la Lune. Ainsi, si on fait cela, Mars va devoir attendre un peu. C'est une question fiscale plus qu'une question technique. " Les contraintes budgétaires : " La science est bien financée ; toutefois nous n'avons pas assez d'argent pour faire...les choses aussi rapidement que nous le voudrions tous. Je continue simplement à mettre un pied devant l'autre et à avancer. Je pense que c'est la stratégie qui va nous permettre d'y arriver. " Le Rôle des partenaires internationaux : " Nous espérons amener nos partenaires internationaux à fournir certains des éléments que nous ne pourrons pas nous permettre de construire. Nous n'avons pas de grands habitats, de laboratoires, de centrales électriques, choses nécessaires pour une base lunaire. Elles ne sont pas inscrites à notre budget. Nous n'avons à ce budget que le transport " vers " et " à partir de ". Mais, comme c'est aussi un accord qui n'a pas souvent été apprécié par les partenaires étrangers des Américains, Griffin veut laisser plus de libertés à chacun : " La critique - pour être plus précis - fut que l'Amérique n'avait pas à dicter à chacun son rôle. Je ne suis pas pour que le projet d'exploration impose à chacun un rôle sauf aux Etats-Unis. Je dis juste ce que les Etats-Unis feront. " Mais il pense quand même à certaines choses que pourraient faire les " autres " : " Il y a une myriade d'autres choses que les associés internationaux ou des entités commerciales pourraient apporter, comme faire atterrir sur la Lune des porte-cargo robotisés avec l'Ariane 5 européenne pour livrer des instruments scientifiques et des télescopes. Nous serons très réceptifs à ce genre de choses mais je ne prescris aucune d'entre elles. Je suis très clair à ce sujet. Le rôle de la coopération internationale n'est pas de chercher à savoir quels sont les programmes qui recevront un financement des Etats-Unis. " Analyse et commentaires La voie est clairement tracée et le défi nous est lancé. Il est clair que la NASA ne demandera pas à ses partenaires étrangers de collaborer sur les lanceurs, car les Etats-Unis veulent garder la maîtrise des vols habités dans l'Espace. Cependant cette position laisse aux Européens, en dehors de ce domaine réservé, énormément d'opportunités pour faire fructifier leur expérience et développer leurs capacités scientifiques, technologiques et industrielles à l'occasion de ce grand programme. Nous devons relever ce défi, inciter nos gouvernements et l'ESA à se préparer dès à présent au rôle que nous devrons tenir. Après tout, avec l'expérience que l'Europe a déjà du fait de la construction de Columbus et que nous développerons après que ce module soit arrimé à l'ISS, nous pouvons continuer à participer dans le domaine des laboratoires et des habitats.Par ailleurs, si nos gouvernements et l'ESA restent hésitants vis-à-vis des vols habités, nous pouvons persister dans l'envoi avec Ariane 5 et / ou ses successeurs de sonde robotisées qui pourront effectuer en orbite ou sur Mars des travaux complémentaires à ceux des astronautes sur le sol martien. Ce qui compte, en définitive, c'est que tous ensemble, Européens et Américains, nous parvenions, le plus rapidement possible, à faire accéder l'homme à ce nouveau monde pour l'explorer, y travailler et y vivre, tout en en retirant le bénéfice maximum pour les Européens. Pierre Brisson |