9ième CONGRES INTERNATIONAL
de la MARS SOCIETY

du 3 au 6 août 2006
Washington
ARES | Conférence de Mr Griffin | L'étape lunaire : opportunité ou piège ? | Résumé du congrès

LE LANCEUR LOURD ARES, ÉLÉMENT CLEF DE L'EXPLORATION
(extrait de l'intervention de Robert Zubrin du samedi 5 août,
lors du 9ème congrès annuel de la Mars Society, à Washington)

Ares V (NASA)
Le problème principal en ce qui concerne la façon dont la Perspective pour l'Exploration de l'Espace (" Vision for Space Exploration ") est mise en application à ce stade de son développement, est de savoir si on va développer un lanceur lourd (" Heavy Lift Vehicle " ou " HLV "). C'est l'essentiel. Le lanceur lourd est l'essentiel. C'est l'équipement le plus gros et le plus important requis pour permettre l'exploration humaine de Mars ; c'est ce qu'il y a de plus cher ; c'est la chose qui, si on l'avait, permettrait de s'asseoir maintenant, et de considérer cinq manières crédibles, différentes, de lancer une mission habitée vers Mars. Sans lui, on est forcé d'entrer dans toutes sortes de contorsions, d'imaginaires, de " et si ? " et de " supposons qu'on peut lancer vingt lanceurs moyens à un mois l'un de l'autre et qu'on puisse les assembler avant que l'hydrogène s'évapore et ainsi de suite... En espérant qu'aucun ne soit percuté par des débris orbitaux et que tous les vingt rendez-vous se passent tous bien, et que l'assemblage en orbite soit fait correctement de sorte que rien ne passe mal, et bla bla bla... " On n'ira pas sur Mars comme cela. Ce n'est tout simplement pas faisable.

Si nous avions essayé d'aller sur la Lune de cette manière, nous n'y serions pas arrivé. On a pu aller sur la Lune dans les années 60 parce que nous avions le Saturne 5. Si on avait essayé avec le Titan 3, ça n'aurait pas marché, tout simplement. Ainsi, la raison pour laquelle le programme de la NASA des années 60 a pu permettre d'atteindre la Lune et de s'y poser est que nous avions un lanceur lourd; la raison pour laquelle on n'est pas allé au delà de l'orbite basse terrestre depuis 1973 est que nous n'avions pas de lanceur lourd, point.

Maintenant, une des raisons pour lesquelles nous avons voulu vider O'Keaffe, en dehors de l'abandon de Hubble - qui était quelque chose de très négatif, non seulement à cause des opportunités scientifiques qui auraient été perdues du fait de la perte de Hubble, mais aussi, essentiellement, à cause de l'abandon du principe de motivation animant la NASA, et de l'abandon du principe d'esprit pionnier de l'exploration, puisque, après tout, la peur était la raison affichée pour abandonner Hubble - était que, en plus de cela, O'Keaffe pensait mettre en application, ou prétendait mettre en application, la Perspective pour l'Exploration de l'Espace d'une manière qui en fait ne nous aurait pas conduit sur Mars. En particulier, il s'opposait au développement d'un lanceur lourd. Il avait chargé les concepteurs de missions de la NASA, de mettre au point un projet de mission lunaire avec envoi de quatre lanceurs moyens, de quatre rendez-vous en orbite basse terrestre, de deux rendez-vous en orbite lunaire. Franchement, il aurait été tout à fait impossible de conduire un programme lunaire sur cette base. Si on a besoin, en fonction de l'ambition de l'architecture, de deux à quatre fois plus de masse en orbite basse terrestre pour monter une mission martienne, qu'il n'en faut pour une mission lunaire, si on a besoin de quatre lancements pour monter une mission lunaire, on en aurait besoin de quelque chose comme douze pour aller sur Mars. Ce n'est tout simplement pas faisable. C'est une autre raison, essentielle, pour laquelle il fallait le vider et pour laquelle mettre la pression sur lui pour Hubble a été une très bonne chose, parce que nous nous en sommes débarrassés et que nous avons obtenu quelque chose de bien meilleur.

Si on veut aller sur Mars, on doit avoir un leadership qui veut réellement y arriver. C'est une condition fondamentale. Et on doit aussi avoir un leadership qui sait ce qu'il fait. Et on doit avoir un leadership qui prend en compte la réalité technique et ne suit pas simplement la ligne du Parti "Oh, nous n'avons pas besoin d'un lanceur lourd. C'est notre position, et si vous n'approuvez pas cette position, alors vous ne faites pas partie de l'équipe". Ca peut fonctionner correctement en politique, ça ne marche pas en ingénierie. L'ingénierie doit être basée sur la réalité. Ainsi, Griffin a indiqué clairement qu'il voulait un lanceur lourd... Le lanceur qu'il a conçu avec la NASA, il l'appelle Ares... C'est en fait la bonne solution si l'on veut créer un lanceur lourd avec ce dont ont dispose aujourd'hui.

Dr Robert Zubrin
Président de la Mars Society

Traduction : Pierre Brisson