9ième CONGRES INTERNATIONAL
de la MARS SOCIETY

du 3 au 6 août 2006
Washington
ARES | Conférence de Mr Griffin | L'étape lunaire : opportunité ou piège ? | Résumé du congrès

Conférence d'introduction
par Michael Griffin,
Administrateur de la National Aeronautic and Space Administration, 3 août 2006

Laissez moi tout d'abord vous dire qu'il fait bon se trouver au milieu d'amis " voyageurs de l'Espace " tels que les membres de la Mars Society. Vous voulez tous, comme moi, transformer la science fiction en réalité. Beaucoup d'entre vous sont des collègues ingénieurs et scientifiques avec lesquels je partage une passion commune pour laquelle le Crew Exploration Vehicle, " CEV " (sonde d'exploration habitée) et les deux Ares (lanceur pour l'équipage et lanceur lourd) constituent seulement la première étape d'un grand voyage vers la Lune, Mars et d'autres astres du système solaire.

Permettez moi donc de partager pendant quelques minutes mes réflexions sur notre situation actuelle et nos perspectives pour ces voyages. Je sais que certains parmi vous sont frustrés par la difficulté de notre progression jusqu'à ce jour et par les nombreux défis que nous devons encore relever avant le premier vol habité effectif vers Mars. En tant que personne qui a consacré sa carrière aux affaires spatiales, je partage ces frustrations. Mais je pense aussi qu'il vaut la peine de les considérer dans leur contexte. Ce matin, j'espère vous amener, en tant que membres de la Mars Society, à prendre en compte l'ensemble de la mission de la NASA et non seulement celle qui consiste à envoyer des hommes vers Mars.

Beaucoup d'entre vous savent que je suis un admirateur de James Webb, le plus grand administrateur qu'a connu la NASA. Webb un jour a écrit, en parlant de son rôle dans le programme Apollo : " le management consiste à fusionner, à de nombreux niveaux, un grand nombre de forces, certaines contradictoires, en un tout cohérent mais essentiellement instable et à le maintenir dans la direction voulue ". Je me trouve exactement dans la même situation et cette perception qu'en avait Webb m'aide énormément aujourd'hui. Les nombreux actionnaires de la NASA poursuivent des objectifs disparates et nous nous efforçons avec beaucoup d'ardeur, de faire aller l'Agence de l'avant, en privilégiant les facteurs d'unité plutôt que les divergences. Ce n'est pas facile.

La vérité doit être dite crûment : avant la perte de la navette Columbia, il y a quelques années, la NASA a souffert d'une longue période de désintérêt " mou ", tant de la part de ses actionnaires privés que de ses actionnaires publics en ce qui concerne la justification des opérations spatiales de notre pays et en particulier celle des vols habités. La dernière mission vers la Lune de la NASA date de 1972 et notre pays, comme principe politique au plus haut niveau, avait choisi depuis de se confiner à l'orbite basse terrestre. Comme je l'ai déjà dit à de très nombreuses occasions, je suis convaincu que cela a été une tragique erreur stratégique.

Nous avons fait un long chemin depuis les jours noirs de l'accident de Columbia pour définir consensuellement des objectifs dignes de notre programme civil spatial. Après de longues discussions sur le plan national, le défi audacieux que constitue la Perspective d'Exploration Spatiale (" Vision for Space Exploration ") du Président Bush a été relevé par le Sénat dans son Acte d'autorisation 2005 pour la NASA. Je crois fermement que cette " Perspective " est l'hommage dans l'action que nous devons aux astronautes de Columbia après leur tragique accident. Elle détermine notre objectif dans l'Espace pour cette génération et, en réalité, pour les générations futures. La Loi charge l'Administrateur de la NASA " d'établir un programme pour développer une présence humaine durable sur la Lune incluant un plan préparatoire sérieux pour l'exploration, la recherche, le commerce et la prééminence des Etats-Unis, comme base de l'exploration de Mars et des autres astres ". C'est un objectif formidable. Il demande à la NASA de faire à nouveau des Etats-Unis une nation d'explorateurs de l'Espace. Rien de plus n'est nécessaire et rien de moins n'est adéquat.

Plus précisément, la Loi charge la NASA de mener à bien certains projets spécifiques avec les étapes suivantes :

  • Faire revenir les Américains sur la Lune au plus tard en 2020 ;
  • Lancer la CEV à une date aussi proche de 2010 que possible et au plus tard en 2014 ;
  • Développer la connaissance des conséquences pour le corps humain des séjours de longues durées dans l'Espace, en utilisant les installations les plus appropriées y compris la Station Spatiale Internationale (" ISS "); et
  • Rendre possible le vol d'êtres humains vers Mars et d'autres astres sur des durées qui soient techniquement et fiscalement possibles.

Avec cela, les actionnaires de la NASA à la Maison Blanche et au Congrès, ont donné une direction claire aux programmes et aux politiques que l'Agence doit mener à bien. Et ainsi, bien que certains d'entre vous puisse souhaiter qu'il en soit autrement, les objectifs stratégiques de la NASA, ne sont ni uniquement, ni premièrement fixés sur Mars. Nous sommes tenus de mener une grande variété de missions dans les domaines de l'Exploration de l'Espace, de la recherche scientifique et de la recherche aéronautique. Avec les ressources dont nous devrions disposer sur les cinq prochaines années, de façon équilibrée par rapport à nos autres priorités nationales en sciences de la Terre et sciences de l'Espace, aussi bien qu'en recherche aéronautique, la NASA se trouve sur une trajectoire qui doit la conduire à achever l'ISS en 2010 et le CEV en 2014.

Ceci est un impératif national. Avec la " mise à la retraite " de la Navette en 2010, une préoccupation beaucoup plus urgente pour moi qu'une mission vers Mars, est de prendre les mesures nécessaires pour que nous ayons une transition douce entre la Navette, le CEV et les supports de transports commerciaux de matériels et d'hommes vers l'ISS. Ainsi nous projetons de signer le mois prochain le contrat pour la conception et la réalisation du CEV et, dans les semaines qui viennent, nous espérons signer des contrats avec des entreprises privées, pour démontrer la capacité de l'ISS à se réapprovisionner. Comme je l'ai déjà dit précédemment, si des services commerciaux privés s'avèrent intéressants sur le plan des coûts pour desservir l'ISS, la NASA en sera ravie et les utilisera.

Ainsi laissez moi être clair sur ce qui est en première ligne de nos préoccupations à la NASA : Les plus grands défis de management auquel nous faisons face pour les prochaines années, sont :

  1. la transition sûre et effective vers les nouveaux systèmes d'exploration en terminant les missions qu'il reste à effectuer avec la Navette pour l'assemblage de l'ISS ;
  2. la " mise à la retraite " de la Navette en 2010 pour permettre de nous concentrer ensuite sur des missions au-delà de l'orbite basse terrestre.

Nous avons des objectifs clairs pour le futur. Nos activités présentes peuvent et doivent être concentrées sur leur réalisation. Les missions d'assemblage de l'ISS et de vols de Navette qui restent à accomplir, nous permettrons de faire progresser nos connaissances pour former les générations à venir d'explorateurs spatiaux.

Plus généralement, je crois que ce qui compte le plus dans l'ISS est le partenariat éprouvé qui a été forgé avec les nations spatiales du Canada, de l'Europe, du Japon de la Russie et des Etats-Unis. Ce partenariat a survécu à de terribles épreuves et représente en lui-même un accomplissement international extraordinaire. Nous pouvons tirer profit de cette expérience, et nous appuyer sur ses aspects positifs pour avancer vers la Lune et vers Mars.

A cette étape du développement de nos projets, il est important que la NASA ne prescrive pas de rôle et de responsabilités pour de futurs partenariats internationaux. Au lieu de cela, nous avons défini une architecture d'exploration minimale avec comme premiers éléments critiques, le CEV, le lanceur d'équipage (" CLV "), le lanceur lourd (" HLV ") et l'atterrisseur lunaire, en espérant que nos partenaires commerciaux et internationaux souhaiteront ajouter à ces capacités les leurs propres. Nous collaborons déjà avec d'autres pays sur une série de missions satellites pour dresser la carte des ressources de la Lune et j'espère que dans l'avenir nous collaborerons sur davantage de missions lunaires et martiennes.

Cette année nous avons tenu des séminaires pour discuter avec nos partenaires commerciaux, scientifiques et étrangers, de ce que chacun de nous pourrait faire et ce que nous pourrions faire ensemble dans l'exploration et l'exploitation de la Lune. J'espère publier un plan plus tard cet automne basé sur les retombées de ces séminaires. Une des principales raisons pour laquelle ces discussions sur la collaboration future pour l'exploitation de la Lune ont été si fructueuses est que, en dépit de beaucoup d'essais et d'errements, les Etats-Unis ont montré qu'ils ont été un bon partenaire pour l'ISS. On doit continuer dans cette voie.

Egalement, cette année, nous avons célébré le 30ème anniversaire de la mission Viking et commencé à poser la base des missions robotiques pour Mars tout au long de la décennie prochaine, en nous basant sur les résultats des rovers martiens et ceux de la sonde Mars Reconnaissance Orbiter. L'année prochaine, j'espère établir des esquisses sur la façon de mener les vols habités vers Mars, en utilisant les lanceurs lourds, les atterrisseurs et autres équipements mis au point pour l'architecture de l'exploration lunaire. Nous demanderons spécialement à nos partenaires étrangers de nous aider dans cette entreprise à long terme sur la base des relations nouées à l'occasion de l'assemblage de l'ISS.

Ce matin, à bord de la Station, l'astronaute Américain, Jeff William et l'astronaute Allemand, Thomas Reiter se préparent pour une sortie dans l'Espace de six heures, pour installer à l'extérieur, des équipements et des expériences. Cette sortie dans l'Espace est orchestrée par le commandant Russe Pavel Vinogradov qui restera à bord de l'ISS. Elle sera filmée par les caméras de télévision canadienne, Canardam-2. Elle donne un bon exemple de ce que les pays peuvent faire de mieux en travaillant ensemble. Ceci peut paraître comme étant facile…peut-être trop facile, à ceux qui ne sont pas engagés dans les risques des opérations spatiales. Cependant cette sortie dans l'Espace, n'est pas simplement de la science-fiction. L'ISS est notre projet le plus stimulant techniquement, et cette Sortie est un petit pas de plus vers l'Exploration.

L'ISS est un site d'expérimentation scientifique et d'ingénierie que nous devons utiliser avant de nous embarquer pour le long voyage vers Mars. En fait le " NASA Authorization Act " a nommé la partie US de la Station, " laboratoire national " et je cherche activement des partenariats avec d'autres Agences Fédérales, telles que la NSF, le NIH et le DoD, ainsi qu'avec des entités commerciales qui utiliseraient l'ISS pour leur propres expériences, tandis que la NASA se concentrerait sur des missions en relation avec l'Exploration. Par exemple nous savons qu'un équipage pour un voyage aussi long que celui nécessaire pour aller sur Mars, aura besoin d'une très grande autonomie puisque nous devrons abandonner tout " cordon " avec la Terre. Un équipage de trois personnes à bord de l'ISS a besoin d'environ 2,5 tonnes d'eau par an. Cependant, en développant et testant pour l'ISS des facilités de recyclage de l'eau et de l'environnement, les besoins d'approvisionnement logistiques seront significativement inférieurs. Cela aura des conséquences importantes pour les futures missions vers Mars. De même, apprendre à utiliser les ressources de la Lune et de Mars, devrait s'avérer beaucoup plus économique que de nous charger de ces ressources pendant le voyage. L'utilisation des ressources locales, les partenariats internationaux et l'effet démultiplicateur des capacités spatiales commerciales, nous aideront à mener à bien cette Perspective pour l'Exploration Spatiale et elles seront toutes testées à bord de l'ISS.

Les priorités de la NASA sont claires. Dans le sillage de la tragédie de Columbia, nos dirigeants ont réalisé que les vols habités sont l'une de ces capacités stratégiques qui définissent un pays comme étant une superpuissance. Et je dois demander à chacun de vous ceci : Est-il possible d'envisager un futur où l'Amérique soit considérée comme le leader du monde, si d'autres peuvent diriger, et effectivement dirigent, l'exploration et la recherche sur la Lune, Mars et au-delà, et si nous ne pouvons pas le faire ?

La coopération internationale assaisonnée par une bonne dose de concurrence est ce qui fait de l'Amérique la première puissance mondiale. Le but ultime de la Perspective pour l'Exploration Spatiale n'est pas d'impressionner les autres ou même simplement d'explorer la Lune ou Mars, mais plutôt de promouvoir les intérêts scientifiques, économiques et de sécurité des Etats-Unis au travers du leadership dans une entreprise où se manifeste la quintessence de l'imagination humaine.

Nous transformons la science fiction en réalité. Nous faisons ce que les autres rêvent.

Merci.