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High Lakes Expedition |
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Licancabur et Poquentica 2005Du 20 octobre au 24 novembre |
Je rentre de San Pedro pour retrouver toute l'équipe qui est revenue du sommet du Licancabur. Je n'ai pas fait l'ascension car mon acclimatation était un peu juste et, compte tenu du climat, l'équipe avait décidé de monter rapidement, trop rapidement pour moi. Edmond n'a pas fait l'ascension non plus car il finissait de soigner une bronchite. Il se réserve pour Poquentica...:. Mélissa est redescendue à San Pedro avec nous car elle n'avait pas prévue de rester au-delà de la première semaine et n'a pas d'expérience de montagne. Par-contre, la science et l'endroit lui plaisent tellement qu'elle a décidé de continuer le restant du voyage jusqu'a La Paz avec nous. Tous les trois, nous en avons profité pour récupérer, faire le plein d'images et garder nos yeux sur le Licancabur où le restant de l'équipe se trouvait les 3 et 4 novembre.
Nathalie est satisfaite des résultats et tout le monde est en pleine forme, quoi que fatigué par une ascension rapide et une descente encore plus rapide... Le temps était trop instable cette année pour pouvoir rester plus longtemps sans prendre de risque. Comme toujours, Nath a eu l'instinct de cette montagne et tel un baromètre, elle sait quand il est temps de monter et quand il est temps de rentrer... Cette année encore, comme les deux dernières, l'équipe a eu juste le temps de rentrer au refuge et de fermer la porte avant qu'un vent soutenu d'environ 100 km/h se mette à souffler... Une dépression s'approchait et le lendemain la neige est tombée sur les chaines de volcans autour du refuge mais pas aux lagunes.
Ross, le médecin de l'équipe, nous quitte demain pour regagner son service d'urgence a Los Angeles. Le mouvement continue puisque deux biologistes sont arrivés aujourd'hui, Lynn et son assistante Dana. Elles resteront avec nous jusqu'au 15 novembre. Elles sont ici pour analyser les microorganismes et leur adaptation à ce milieu extrême. Elles vont aussi analyser les échantillons préleveés sous les plaques UV d'Edmond afin d'étudier l'effet des UV sur la vie.
Tout en écrivant, je suis assise devant une fenêtre du refuge qui offre un magnifique panorama sur Laguna Blanca. J'aime cet endroit : il est vraiment unique. Ces derniers jours, j'ai profité de mon passage a San Pedro pour prendre une belle quantité de photos. Je suis allée avec Edmond à El Tatio qui est à 4 heures de San Pedro. C'est un cratère volcanique immense perdu dans l'altiplano chilien et où jaillissent des geysers et des sources thermales dont une est à 90°C. La plus "fraîche" est aux alentours de 37°C. Dans ce pays, il y a des merveilles partout où l'on pose les yeux. Il n'y a qu'à regarder.
Depuis hier le ciel est opaque. Il s'est chargé en un rien de temps. Le matin, en remontant de San Pedro je parlais avec le chauffeur. Il m'a dit en riant: "il va peut-etre pleuvoir" Je me suis étonnée car en Bolivie ils n'ont plus vu la pluie (en tout cas en grande quantité) depuis longtemps. Il a rectifié en disant: "au Chili, il pleut 1 heure par jour en janvier, février et en mars mais c'est si peu qu'on peut compter les gouttes dans la poussiere !" En attendant, il fait un froid de loup au refuge et à San Pedro on se croirait sous les tropiques (quand j'y pense, nous sommes sous les tropiques !). Le printemps dans le désert d'Atacama ressemble à une forte canicule en France...
Le ciel s'assombrit de plus en plus. Depuis mon arrivée, c'est la première fois que j'assiste à un tel spectacle. Nath dit que la neige n'est pas loin. Quel contraste avec San Pedro qui se trouve seulement à 40 km... mais aussi 2000 m plus bas. Nous sommes tous réunis dans ce que j'appellerais le "solarium"du refuge. Clay met ses photos en ordre sur son ordinateur, y compris celles du sommet. Il en a bientôt fini avec son classement. J'ai pu visionner toute l'ascension du Licancabur ainsi que celles que j'ai prises a El Tatio et San Pedro. Le résultat vaut le detour et j'espère vous le faire partager quand je rentrerai. Nath dit qu'on mettra le "best of" (sans doute des centaines ou des milliers de photos) sur CD-Roms afin que je puisse les ramener en France. Ca va faire une montagne de souvenirs à partager avec vous et avec tous ceux qui regarderont le web.
La nuit ne va pas tarder. Laguna Blanca est un peu sombre. Dans 3 jours nous prenons le chemin de l'altiplano vers Laguna Colorada, Salar de Uyuni, Oruro, Julo, Poquentica et enfin La Paz. Il nous faudra jusqu'au 20 novembre pour traverser ce grand espace et accomplir la science que l'équipe veut accomplir içi. Ca représente encore bien des jours de voyage et de découverte. Il reste Poquentica a ascensionner puis nous irons faire un tour au lac Titicaca.
Pour l'instant, je me contente de gouter au plaisir d'être au milieu de cette équipe. Aujourd'hui c'est la pause pour tous. Le Licancabur, c'est un peu plus de 6000 m dans une atmosphère raréfiée mais cette équipe là est formidable. Il y règne une vraie solidarité. Quand je regagnerai ma prairie dans la Nièvre, je peux dire que ce sera avec un bagage énorme de souvenirs et une incroyable amitié partagée.
PS: Cette fin d'après-midi est plutôt mouvementée ! Lynn a décidée d'anesthesier un copepode ramené du lac du sommet et extrait de dessous la glace. Elle fait appel à notre medecin qui n'est plus a ça près, apres avoir recousu le crâne d'un francais parapentiste, soigné quelques cas d'empoisonnement alimentaires, une bronchite, une cheville foulée et une épaule endolorie... ! Endormir un copepode... Ross a mis tout son talent dans la manoeuvre, ce qui n'est pas une simple affaire quand vous saurez que le microorganisme fait moins de 1 mm... Ca a été sportif mais il a fini par y arriver et en plus, sans le tuer. Il l'a reveillé et... hop, dans la lagune. Au moins, il y aura gagné quelques degrès supplémentaire dans l'eau... Vu sous le microscope électronique (c'est absolument fabuleux et Lynn s'est dépechée de faire des photos. Le microscope etait un "Proscope" de terrain, électronique, qui grossit environ 50 fois. Pour le coup, on avait l'impression de voir un vrai petit crustacé. Après environ une demie-heure, le copepode a recupéré de l'intervention. Il se pourrait bien qu'il ait un fameux mal de crâne (facon de parler :) a cause de tout ça mais en tous cas, il aura des choses a raconter (si toutefois les copepodes communiquent...).
Direction Laguna Verde et Laguna Blanca. Les biologistes vont faire des prélèvements au niveau des stations installées par Edmond depuis 3 ans dans les zones marécageuses qui entourent les lagunes. J'ai enfilé mes bottes car l'accès aux marais est pratiquement impossible en chaussures. Le temps est superbe et il n'y a pas trop de vent. Le 4x4 nous dépose en premier à Laguna Verde. Lynn, la biologiste et Dana son assistante mesurent les UV sur la berge. Ensuite, analyses des stations le long des deux lagunes et ce soir, Nathalie me dit qu'il y a enfin des résultats probants. Edmond est enfin payé de retour et son projet est en train d'aboutir.
Nous sommes rentrés au refuge vers 13:30. Nath est là et travaille avec Peter. Nous sommes contents de notre matinée et nous passons à table en projetant pour l'après-midi une visite dans un champs de stromatolites. J'attends ce moment avec impatience car je veux complèter ma collection de pierres de chaque endroit où nous passons. Ce sera un après-midi étonnant et studieux. Je découvre un endroit stupéfiant. Nath nous fait un cours magistral à Melissa, Macario et moi sur l'origine des stromatolites et l'histoire du lieu. J'en ai profité pour faire une montagne de photos.
Le vent s'est levé et nous nous sommes repliés jusqu'au refuge. Impossible de rester dehors quand il souffle...
Les biologistes sont déjà installés devant leurs échantillons. Le soir s'installe. Nath, Clay, Melissa et Rob se réchauffent devant une partie de dès. Edmond prépare son equipement pour demain. Ross est parti ce matin comme prévu pour Antofagasta d'où il prendra un avion pour rentrer à Los Angeles. Andy est parti passer une radio à Calama. Il s'était foulé la cheville quelques semaines avant l'expedition et la descente rapide du Licancabur a ravivé la douleur. Aussi, pour oter tout doute, il est parti ce matin et sera de retour ce soir.
La première éape de notre voyage s'achève demain, 8 novembre.Nous quittons le refuge pour Laguna Colorada au Nord qui sera notre première étape. Nous serons à La Paz dans 15 jours mais entre temps, il y a encore beaucoup de science à venir et l'ascension de Poquentica. Nous ferons une étape au Salar de Uyuni où nous trouverons pour la première fois depuis longtemps un hôtel ! Autrement, ce seront des refuges ou logement chez l'habitant comme à Julo avant l'ascension du volcan.
Aujourd'hui 7 novembre, après un arrêt par les lagunes pour des derniers échantillons et un saut a "Thermales" pour un bain à 36°C dans la source thermale, nous préparons nos bagages. Nous devrions partir demain avec trois 4x4 et un plus grand truck pour l'équipement : une vraie caravane dans l'altiplano. Pour le moment, personne ne s'en préoccupe encore. C'est l'heure de la détente.
Alors que j'ecris, le paysage de la lagune est transformé par le Soleil couchant. Ce sera difficile de quitter un endroit pareil. Nous sommes cernés par les volcans de la Cordillère des Andes et chaque soir c'est la même magie. Je n'en finis jamais de contempler le coucher du Soleil sur l'altiplano. A chaque instant les couleurs changent. Il y aura encore un soir et un matin et nous partirons vers d'autres lieux mais je n'oublierai pas celui-là...
Michèle Cabrol
© images : APM / Michèle Cabrol.