High Lakes Expedition


Licancabur et Poquentica 2005

Du 20 octobre au 24 novembre

Ce matin après le petit déjeuner, tout le monde s'est affairé à la préparation des bagages. Le ciel s'est couvert à nouveau et le vent souffle à nouveau très fort. Pourtant, tout le monde est d'accord pour aller faire un tour a "Thermales". Chacun a besoin d'un bon bain. Mes bagages préparés, je m'asseois devant la fenêtre et prend mon temps pour m'imprégner de chaque détail en attendant que les 4x4 viennent nous chercher.

Pendant le trajet qui nous mêne vers les sources thermales, le chauffeur qui est bolivien nous montre les flamands qui sont arrivés cette nuit. Ils sont immobiles comme des statues dans les eaux des deux lagunes. Il y a aussi des oiseaux curieux que les locaux appellent "les pattes noires" et qui bâtissent leur nid sur l'eau selon un espacement précisement délimité de façon à ce que les petits puissent apprendre à voler sans empiéter...

Le bain a "Thermales" a duré un long moment. Entrer dans l'eau n'est pas le problème mais en sortir ... Le printemps est plutôt frisquet cette année. Je ne sais pas combien il peut faire dehors mais je peux vous dire que personne ne traîne une fois sorti de l'eau. De retour au refuge et le repas pris, chacun retourne à ses valises. Pour moi c'est fait et j'en profite pour écrire mon petit journal...

Il me revient un détail important de la soirée d'hier. Dana, l'assistante de Lynn a branché le microscope de terrain afin d'examiner le permafrost que Nath a redescendu du sommet du Licancabur. Nous nous sommes tous installes autour de la table et nous avons regardé défiler les images grossies de 50 à 200 fois. La surprise a été complète lorsque nous avons vu apparaître des copepodes et des ostracodes (sans compter d'autres microorganismes qui restent à déterminer) dans le permafrost. J'ai regardé avec beaucoup d'intérêt défiler les lames minces. C'était fascinant, surtout pour moi qui n'en ait pas l'habitude. Nath m'a montré ce qui pourrait être des oeufs. Nous en saurons plus après les analyses dans quelques mois. J'avoue que ça me passionne et avec tout le monde, j'ai passé plus d'une heure vraiment exhaltante.

Il est 15:00. Brusquement le silence s'est installée. Ne restent au refuge que Nathalie, Edmond, Hector (le petit garçon de la cuisinière qui a tout au plus trois ans mais qui circule au milieu de nous tous tout à fait à l'aise. Clay travaille sur son ordinateur et moi, je me dis que je retrouverais bientot l'hiver à Saint-Amand où la prairie sera encore plus verte alors qu'Hector continuera de grandir dans ce milieu minéral mais tellement beau. Mihi, l'adorable petite chatte du refuge vient de sortir de notre dortoir. Elle a regardé Edmond préparer ses bagages et s'inquiète de la suite. Elle s'est attachée à tous et je crois qu'elle va regretter notre départ. Il faut dire que lorsque nous sommes arrivés, elle avait très faim et nous l'avons nourri. En si peu de jours, elle est devenue belle et son pelage s'est lustré. La vie est rude ici et les animaux doivent se débrouiller seuls. Pour le moment, elle dort dans mes bras. Etrangement, je ne l'ai jamais entendue ronronner. Sans doute est-ce le fait des matous de chez nous, choyés et bien nourris.

La journée s'avance doucement. Demain nous dormirons à Laguna Colorada un peu plus au Nord. Le paysage va surement changer et l'endroit sera surement très différent. En attendant, je dis au revoir à cet endroit où j'ai vécu plus d'expériences que dans toute ma vie. J'ai salué les volcans Juriques et Licancabur que j'ai ascensionné en partie jusque vers 5200 m. Pour aller à 6000 m il me faudra revenir. La montagne est une école de patience. Je vais continuer de m'entraîner mais je suis quand même heureuse. J'ai grimpé plus haut que les sommets européens et je vais vivre jusqu'au 2 decembre prochain au-dessus de 4000 m. Pour une première, ce n'est pas si mal !

Michèle Cabrol

© images : APM / Michèle Cabrol.