High Lakes Expedition


Licancabur et Poquentica 2005

Du 20 octobre au 24 novembre

Ce matin, Macario et Aurélio son fils nous ont conduits Nathalie, Edmond et moi autour de Laguna Colorada. J'ai été surprise de la voir toute blanche. Je m'attendais à la trouver aussi rose qu'hier mais le ciel était couvert et ça a suffi à lui ôter toute couleur. Dès que les nuages ont disparu, elle est devenue d'un rose un peu corail, un peu saumon avec par endroits des teintes franchement lie de vin. Nous nous sommes arrêtés souvent tant le spectacle était féérique. J'ai pris photos après photos du paysage, des flamands, des lamas et des plantes qui vivent tout autour et dans cette merveilleuse lagune. Macario et son fils sont de véritables mentors. Ils connaissent la moindre petite pierre de chaque chemin. Nathalie a fait des prélèvements pour analyser la biologie de la lagune. Macario et Aurélio lui ont montré les meilleurs chemins dans les marais.

Aurélio nous a emmenés jusqu'à un promontoire sur lequel est édifié un belvedere qui permet d'avoir une vue globale sur l'ensemble de la lagune. C'est là que les mots sont bien pauvres pour traduire le spectacle qui s'est offert à nous. L'endroit est un joyau où viennent nicher chaque annee 40 000 flamands selon Macario. Sur les quatre espèces qui existent dans le monde, trois sont observées dans l'altiplano : ils sont baptisés "les flamands des glaces". Nous sommes restés longtemps à contempler ce spectacle. Les photos seront la pour en témoigner...

Après la visite au belvédère, nous avons repris le chemin qui longe la lagune. Nous nous sommes arrêtés devant des dépôts de Borax qui par endroits la recouvrent. Ils donnent un caractère très particulier au paysage.

En ce moment je suis assise et je regarde à la fenêtre. Il y a une chaîne de montagnes et un trait rose qui marque l'emplacement de la lagune assez loin du refuge et je me dis que ce matin j'ai encore rencontré une nature à l'état originel, un nuancier des tons les plus subtils sur une immense nappe d'eau condamnée à disparaître. J'ai le privilège d'avoir près de moi des gens qui comprennent et aiment ce monde-là et qui me l'expliquent à chaque détour de piste, sachant la fragilité de ces lieux splendides.

Nathalie a fait arrêter la voiture près d'une petite source thermale qui se déverse dans la lagune. Là, nous avons vu des flamands et des lamas qui profitaient de l'eau vive. Nous n'avons pas résisté à la joie d'immortaliser cet instant. La présence d'eau vive dans ce monde desertique si désolé, si dur pour ceux qui comme moi ne sont pas adaptés au milieu est vraiment un cadeau...

Cet après-midi repos. Demain, départ tôt dans la matinée pour Uyuni (environ 250 km). Au bout, une chambre d'hôtel et une bonne douche ! Depuis notre arrivée en Bolivie, nous avons du apprendre à vivre avec le froid, le vent et la poussière. C'est une rude école mais hier en arrivant au refuge, nous avons découvert deux lavabos où coule une eau certes froide mais qui nous a bien tentée. Grande toilette et ce matin la tête sous le robinet. Je me disais que décidement j'etais en train de perdre mes vieux reflexes. Uyuni ne sera qu'une parenthèse et l'hiver en France me paraîtra une péripétie désormais car jusqu'à La Paz, j'aurais le temps de finir de m'endurcir.

Michèle Cabrol

© images : APM / Michèle Cabrol.