High Lakes Expedition


Licancabur et Poquentica 2005

Du 20 octobre au 24 novembre

Cette fois, la route a été moins difficile. Nous continuons de traverser le Potosi et la piste était bien traçée pendant la première partie du voyage et pas trop poussièreuse. Nous nous sommes arrêtés souvent, notant peu à peu de vrais changements dans le paysage. Nous passons des pampas aux aspects toujours désertiques où paissent en totale liberté des immenses élevages de lamas.

Peu à peu, nous remarquons la présence plus marquée d'eau qui descend des volcans et ici et là apparaît une "herbe" dans tous les camaieux de verts du plus tendre au vert emeraude. Ce n'est absolument pas l'herbe de chez nous. Elle est dure, repliée sur elle même, un peu grasse mais est très abondante et tout l'aspect de ce qui nous entoure est changé. Tout est verdoyant. La Cordillère est lointaine et a laissé la place à de petites chaînes de montagnes aux reliefs beaucoup plus arrondis. Je note au passage des portions de terre cultivée et d'autres en voie de l'être. Ici, la terre est meuble, brune, et prête à être semée. Nous passons des villages dont je ne retiens pas les noms quetchua pratiquement imprononçables. Ils me font penser aux villages médievaux. Les petites maisons étroites aux toits recouverts d'une espèce de chaume blonde sont resserrées les unes contre les autres. Ici, chacun peut choisir sa terre sans titre de propriété. L'état laisse le choix à tous de son espace. Il faut dire que la place ne manque pas : 8 millions de boliviens peuvent se partager un pays d'un million de kilomètres carrés. Pas étonnant qu'on puisse rouler des heures sans rencontrer âme qui vive.

Après nous être arrêtés près du Rio Marquez qui coule abondamment, je remarque que le sable le long de la route est constellé de minuscules cristaux de quartz. Ils brillent au Soleil comme des diamants. J'arrive à en ramasser une petite quantité pour le souvenir. Chemin faisant, nous decouvrons aussi de vraies dunes sur lesquelles nous grimpons pour voir le paysage de plus haut. C'est inouï, d'un côté le vrai désert et de l'autre tout est verdoyant.

Les heures passent et nous nous retrouvons dans une sorte de "station thermale". L'eau coule à 60-70°C dans certains bassins. Réflexion faite, nous ne prendrons pas de bain mais nous y déjeunerons et nous détendrons du voyage une bonne demie-heure.

Pour la petite histoire, nous croisons des chiens comme au Chili. Ils sont apparemment en bonne santé et il y en a de toutes les races. Je lie amitié avec deux magnifiques chiennes en mal d'enfants qui dévorent mon paquet de pop-corn à la vitesse de la lumière. Après quelques politesses, elles retournent à leur destin.

Nous reprenons la route et à notre grande surprise nous voyons des troupeaux de vaches et de moutons et plus le moindre lama. Une panne du bus qui transporte notre équipement nous oblige à nous arrêter à cet endroit. Nous voyons passer un troupeau. La jeune femme qui les garde leur fait traverser la route. Nous avons tout le temps de regarder le paysage. J'ai l'impression de me trouver dans les près salés près du Mont Saint-Michel. Au loin brille le lac Poopo. Un volcan lointain a le même aspect que le Mont et le lac brille sous le Soleil comme le ferait la Baie.

Nous roulons des heures durant parallèlement à sa rive et nous arrivons a Oruro pour découvrir que le lac est toujours là. Il est plus grand que le lac Titicaca.

Nous arrivons enfin à Oruro. L'entrée de la ville n'est pas très engageante. Les rues sont pleines d'ornières, les murs sont lépreux mais il semble que ce soit une ville importante. Il y a des feux de signalisation, ce qui ne semble pas émouvoir les conducteurs qui circulent dans une anarchie totale. Ce soir, nous en faisons l'expérience en taxi. Impossible d'exprimer ce que nous ressentons. C'est une expérience que je ne souhaite à personne ! En resumé : complètement "unsane". Enfin, l'essentiel est que nous rentrions indemnes à l'hôtel. Nous découvrons l'autre côté de la ville, avec des villas bourgeoises, des éclairages dans les rues, l'incroyable mouvement de la foule. Bref, nous reprenons la route demain, contents de retrouver l'altiplano et ses secrets. Demain sera encore une journée sur la route et au bout, un refuge avec son eau froide, le sac de couchage et la vie au grand air. Ce soir, je pense au nuage de pollution qui recouvre la ville et je suis contente de continuer l'aventure hors de ses murs.

Michèle Cabrol

© images : APM / Michèle Cabrol.