![]() |
High Lakes Expedition |
![]() |
Licancabur et Poquentica 2005Du 20 octobre au 24 novembre |
10:30 Après une bonne nuit, un peu courte mais réparatrice, c'est l'heure du départ. Là, c'est vraiment l'aventure qui commence. Nous sommes tous dans le bus maintenant. Un 4x4 nous suit avec tout le chargement de nourriture... L'équipement scientifique arrive séparément en Bolivie. Je n'ai aucune idée de ce vers quoi je vais...
10:40 Nous faisons notre entrée dans le désert d'Atacama. Là, grand silence en moi. Antofagasta et son animation contrastent violemment avec ce que je vois. C'est un vrai choc mais j'intègre immédiatement. Les photos vous diront bien mieux que moi la nature de l'Atacama. Je ne peux pas vous parler de géologie, ça n'est pas mon domaine. C'est plutôt l'émotion, la découverte d'un ailleurs que je n'imaginais même pas... Ici se partagent tous les possibles : la Terre originelle ou sa fin dernière ?
Nous filons sur la route lisse et bien goudronnée vers Calama. Nous en profitons pour saluer la Pan Américaine que nous traversons à toute vitesse. A droite, c'est la route vers Santiago et encore un peu de civilisation mais nous l'oublions vite devant la beauté à couper le souffle de ce monde où la vie se réduit à un peu d'eau. Je pense aux collines de chez nous, à leur douceur, leur rondeur et à l'herbe grasse une dernière fois. La route défile interminable mais pas monotone.
11:11 Nous nous arrêtons pour prendre en photo le point exact où l'on passe le Tropique du Capricorne. C'est un moment émouvant, même si c'est une ligne imaginaire que seules une stèle de gros rochers et une plaque de bronze fixent dans l'espace. Nous reprenons la route quelques minutes plus tard.
Dans le bus, Melissa et les garçons discutent à voix basse. La plupart ont déjà vécu ce que je découvre, sauf Melissa qui arrive de Seattle, Peter qui vient de Carnegie Mellon University, Clay qui travaille à NASA Ames avec Nath, et Ross, notre médecin des urgences de l'hôpital de UCLA. Nous sommes les petits derniers. Les autres sont des chevronnés. Ça ressemble de plus en plus à une bonne équipe et l'osmose se fait bien.
12:30 Je ne dis rien. Nath est assise devant avec le chauffeur. Moi, j'ai le nez collé à la fenêtre et je n'en perds pas une miette. Tout ça est beaucoup d'émotions, un dépaysement total. Soudain, du néant surgit une petite construction faite de bric et de broc et tout près une station service. Les garçons ont faim. Bus stop... Ce n'est pas croyable. Ici, au milieu de nulle part (vraiment), on trouve une bonne nourriture et je partage le repas avec mes nouveaux amis. Tout est tranquille. C'est une bonne journée de transition, suspendue entre ciel et terre.
13:00 Nous reprenons la route. Doucement le paysage se sculpte.
13:45 St Pierre et St Paul ! Les deux premiers volcans de la Cordillère de Andes se dressent à gauche du long ruban que nous suivons depuis ce matin. Ils culminent à plus de 6000 mètres. Nous sommes encore à environ 100 km de San Pedro. Je me demande à quoi ressemble cette ville. Je ne suis pas au bout de mes surprises...
14:50 Il apparaît soudain et se dresse reconnaissable entre tous par son aspect pyramidal. Un grand salut silencieux au Licancabur... Encore 48 heures et je saurai si tous mes efforts de préparation seront récompensés.
15:00 Le chauffeur nous arrêtent devant le grand Salar de Atacama. C'est la Lune sur la Terre. J'essaie de ne pas me noyer dans les mots mais c'est hallucinant. L'océan était là il y a 300 millions d'années. Il en reste un paysage tourmenté avec des plis sédimentaires maintenant tournés à 90 degrés vers le ciel. La puissance de la Terre... Le paysage est si impressionnant qu'un anglais a voulu être enterré à cet endroit surplombant le salar. Il l'avait visité et était resté assis là pendant 4 heures sans rien dire. En repartant, il a seulement mentionné qu'il voulait être enterré là quand l'heure viendrait. Il est mort six mois plus tard et sa tombe est là, dans cet univers grandiose et sans limite visible. Il repose dans cet immense silence. Tous nous l'avons salué. Ici pas de fleurs. Chacun dépose une petite pierre sur la tombe.
15:25: Le volcan Lascar... Avec un nom pareil, pas étonnant qu'il fasse encore des siennes ! Tous les 7 ans il s'offre une grosse colère, la dernière fois en 2001. Il a un air un peu en biais depuis la dernière fois où "il a perdu la tête" !
15:30 Quand je parlais d'un paysage lunaire, je ne croyais pas si bien dire. Nous voici à l'entrée de la vallée de la Lune. Dans le lointain, San Pedro est dans un cœur de verdure. Après un moment d'arrêt où Nathalie nous décrit la géologie du paysage, nous reprenons la route et nous croisons la Vallée de Dinosaures. Tout le paysage sur la gauche de la route ressemble au dos de ces reptiles. C'est impressionnant.
16:00 San Pedro, village Atacameno. Les Incas aussi sont chez eux. Rues en terre battue, trottoir de guingois, petites échoppes obscures illuminées par la couleur de l'art andin. C'est une débauche de couleurs et dans la lumière d'un ciel qui n'a pas connu la pluie depuis 10000 ans c'est un feu d'artifice. Eh puis, il y a les chiens, libres comme l'air. Il y en a partout. Ils sont en pleine santé. Ils sont nourris et soignés par tous mais n'appartiennent à personne.
Christian, l'irremplaçable Christian, nous emmène Nath, Ed et moi, dans le dédale de ces rues pleines de vie. Le Licancabur domine le paysage.
19:15 Retour à l'hôtel. Nous sommes couverts de poussière. Chacun va faire une pause qui dans sa chambre, qui autour de la piscine.
19:30 Nous nous retrouvons tous dans la patio comme chaque soir depuis que nous sommes ensemble. C'est le moment de la réunion, des impressions de la journée. Ce soir nous sommes dans un restaurant typique. Evidemment, c'est très vivant. Chacun parle plus haut que son voisin. Nous n'échappons pas à la règle. Beaucoup de conversation m'échappe mais tous rient et commencent à parler de ce qui nous attend demain. C'est un vrai bonheur quand un groupe de musiciens andins arrive. Pendant un moment nous faisons silence: ils repartent comme ils sont venus mais ont laissé leur empreinte.
C'est une journée charnière et j'ai été un peu longue mais c'est la fin de la deuxième étape. Demain, veillée d'armes et après-demain départ pour le refuge: environ une heure et demie de route avant de nous confronter à l'altitude...Voilà que se concrétise enfin ce pourquoi beaucoup de gens ont beaucoup travaillé... et ce pourquoi dans mon coin j'ai bien transpiré !
Michèle Cabrol
© images : APM / Michèle Cabrol.