L'image martienne de la semaine de Gilles Dawidowicz
Semaines 40 (2 octobre)

Les Fretted Terrain.

La topographie de Mars est grossièrement divisée en 2 zones : les basses plaines récentes et peu cratérisées de l’hémisphère Nord et les hauts et vieux plateaux très cratérisés de l’hémisphère Sud.

Entre ces 2 zones, existe une région de transition, aux reliefs déprimés, où la topographie est complexe, alliant mesas (au sens non volcanique du terme), buttes témoins, lambeaux de plateau, falaises, vallées et canyons sinueux.

Parmi les formes les plus spectaculaires, on y trouve les " Fretted Terrain ", décrits dans la littérature planétologique dès les années 70. Les plus spectaculaires Fretted Terrain se trouvent sans conteste dans le Nord d’Arabia, entre 30 et 50° de latitude Nord et entre 270 et 360° de longitude Ouest. Là, les reliefs apparaissent comme si quelque chose avait détruit, délayé le haut plateau cratérisé pour le rendre lisse, pulvérulent, monotone, totalement transformé en une vaste et basse plaine, resurfacée et chaotique.

On trouve dans les Fretted Terrain des vallées rectilignes, calibrées dont certaines, les " Fretted Channels " et les " Fingers Prints" sont pour le moins étranges...

Les planchers de ces vallées sont une continuité de stries, de linéaments, de rides et ressemblent étrangement à quelques vallées glacières alpines aux moraines latérales bien marquées et juxtaposées entre elles au fil des avancées et des retraits des glaciers.

Cette troublante similitude morphologique a conduit certain un peu hâtivement à penser que ces vallées martiennes ont été mises en place par des flots de glace, tels les vallées glaciaires terrestres...

La caméra MOC de la sonde MGS, a obtenu une grande variété d’images de ces régions, particulièrement durant la période d’avril à septembre 1998.

Cette image date du 02 août 1998 et montre en détail et à haute résolution, une vallée nommée Coloe Fossae.

La scène fait 5,5 km sur 21,5 km et la résolution est de 13,2m/pixel.

Le centre de l’image se trouve par 34,4° de latitude Nord et 302° de longitude Ouest. Le Nord est vers le haut et le Soleil éclaire de la droite.

Sur le plancher de cette vallée, on distingue des linéaments, des rainures, des sillons et des rides complexes mais bien marquées, souvent parallèles aux versants de la vallée, eux mêmes semblables à des falaises abruptes, escarpées et très raides, recouvertes de tabliers d’éboulis peu développés. On notera l’absence totale de cratère d’impact sur le fond de la vallée.

L’impression générale laisse supposer de formidables fluages, des coulées plus ou moins visqueuses de matériaux provenant des 2 côtés du chenal et se percutant fréquemment de face ou de biais.

Les fluages sont peut être partiellement remaniés par les vents, très bien canalisés dans ce type de chenal. Du reste on aperçoit un superbe champ de dunes en pied de versant.

Bien que grumeleuse, la surface couverte paraît lisse à basse résolution.

La présence ou non de glace comme matrice n’est toujours pas formellement établie à ce jour, mais c’est un des meilleurs candidats pour expliquer la mise en place de ce type de formation très particulière, qui fait aujourd’hui plus penser à de l’érosion régressive d’origine thermokarstique qu’à de l’érosion glaciaire classique comme on la rencontre sur Terre.

En effet, aucune trace de zone d’alimentation (glacier de cirque ou calotte par exemple) n’a à ce jour été découverte...

© NASA - Malin Space Science Systems

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