L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 49 (3 décembre)
Glissement de terrain dans Ganges Chasma.
Nous reviendrons prochainement en détail, sur les différents mouvements de masse que l'on rencontre sur Terre. Ceux-ci sont en effet classifiés selon des critères particuliers... Aussi, il ne faut pas confondre les termes éboulement, éboulis, glissement de terrain, avalanche etc...
Sur Mars, pour le moment, nous devons nous contenter d'un vocabulaire bassement terrestre, utilisé lors des comparaisons que l'on réalise durant les études des clichés, mais qui pourrait bien dans la prochaine décennie s'avérer peu ou pas approprié. En effet, si par exemple des phénomènes thermokarstiques ou des phénomènes glaciaires à base de CO2 inconnus sur terre sont moteurs de mouvements de masse sur Mars, il faudra reconsidérer la question de la terminologie.
En attendant, voici présentée cette semaine une image extraordinaire de beauté et de netteté, de contraste et de piqué : le rebord terminal aval d'un glissement de terrain dans Ganges Chasma.


Ganges Chasma est une région parfois profonde de plusieurs kilomètres à l'extrémité Est du vaste canyon Valles Marineris. A plusieurs endroits, les parties des parois latérales plus ou moins raides de Ganges Chasma se sont effondrées sur elles-mêmes, créant alors de grands tabliers de dépôts plus ou moins fluants. Cette image de MGS acquise en 2001 montre l'extrémité terminale d'un de ces glissements de terrain.
Sur l'image de contexte, on comprend l'origine de cet épanchement, qui provient d'un "coup de cuillère" donné dans la partie amont de l'abrupt. Du reste, cette partie amont ne présente pas toujours le même faciès ; on remarque en effet parfois de véritables chevrons dénudés, parfaitement arasés par les agents de l'érosion tandis qu'ailleurs, l'escarpement offre une vue moins nette du versant où l'on devine d'autres "coups de cuillères". L'épanchement se présente comme une langue de près de 25 km de long, recouvrant des terrains plus ou moins clairs et dans sa partie terminale, une zone très sombre, peut-être recouverte de sédiments éoliens...
L'image haute résolution nous montre la portion frontale de la coulée qui s'étend comme une langue, sur une longueur de près de 5 km. Cette langue semble épaisse. Sa partie externe est chaotique, même si elle est orientée par le sens de l'écoulement. La configuration linéaire et striée du toit de la langue résulte probablement des forces de cisaillement produit par la roche et les débris se déplaçant latéralement durant la coulée. Quand le glissement s'est produit, l'ensemble se déplaçait du haut droite vers le bas gauche de l'image. On remarque d'ailleurs que l'ensemble de la coulée n'est pas uniforme mais qu'elle se compose de sortes de chenaux.
Les petits cratères d'impact plus ou moins comblés de dépôts éoliens et les dunes de sable foncées encaissées dans la topographie du dépôt, indiquent que la coulée n'est pas récente. Notez également que la majeure partie de ces petits cratères d'impact sont parfaitement circulaires et qu'ils n'ont pas été déformé par les mouvements de la coulée ; donc, les cratères d'impacts ne sont pas contemporains de cet évènement catastrophique mais de loin postérieurs, la coulée étant au moment des impacts, complètement stabilisée.
Notez l'aspect de la limite frontale de la coulée et du substrat qu'elle recouvre. Il ne semble pas y avoir de bourrelet frontal pas plus que de canal latéral de drainage caractéristique de certaines buttes témoins de l'hémisphère Nord de Mars... Le front de la coulée s'apparente à un nappage visqueux alors que la rugosité de son toit semble montrer qu'elle est plutôt composée de gros blocs.
Sur ce cliché et contrairement au cliché de situation, il est très net que la coulée ne recouvre pas la zone composée de sables noirs, mais que ce sont les sables noirs qui s'engouffrent le long de la coulée et qui par endroit, remontent la pente sous l'effet des vents.
Notez dans le bas de l'image. Ne pourrait-il pas s'agir d'une autre coulée, provenant de la même source, mais bien plus ancienne encore ? Dans ce cas, le phénomène de glissement de terrain pourrait ne pas être unique mais avoir au contraire une certaine fréquence de retour, un peu comme les crues sur Terre. Cet argument est soutenu par le fait que dans l'angle du bas à droite, des cratères d'impact sont partiellement recouverts par les sables noirs, comme l'extrémité du banc de dunes clairs.
Nous aurions alors une suite d'épisodes du type :
- premier glissement de terrain (n°1 partie basse de l'image)
- période d'accalmie, cratérisation (n°2), mise en place du cordon dunaire clair sur le toit de la coulée (n°3) et dans les cratères (n°4)
- deuxième glissement de terrain (n°5 partie centrale et haute de l'image)
- période d'accalmie, cratérisation (n°6), mise en place des dépôts éoliens sombres entre les deux coulées (n°7) et remontée des sables noirs sous l'effet des vents (n°8).
La scène est éclairée par la lumière solaire qui provient du haut gauche.
Crédit Image : NASA/JPL/Malin Space Science Systems.