L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 05 - 06 (30 janvier)

Typologie des mouvements de terrain ... sur Terre !

Nous avions il y a quelques semaines décrits des formes magnifiques de glissements de terrain dans Ganges Chasma.

Nous avions également, en 2000 décrit abondamment les formes de débris flows "récents" découverts par MGS et qui avaient à l'époque défrayés la chronique dans le monde entier :

  • On se souvient des cônes de déjection (semblables aux cônes alluviaux sur Terre) situés dans la partie Est de Gorgonum Chaos. Ces traces laissaient supposer des formes d'écoulements liquides le long de ces versants de cratères d'impact...
  • On se souvient également des profondes ravines peu sinueuses semblables à des chenaux de sapement très frais, découverts à l'amont de superbes cônes de déjection dans un cratère d'impact de la région de Noachis Terra (54,8°S et 342,5°W).
  • On se souvient encore de la splendeur des cônes, tabliers d'éboulis et langues d'avalanche découverts sur des versants situés dans les hautes latitudes Sud de la planète (par exemple à 70.7°S et 355.7°W).
  • Enfin, les versants du Sud de la région de Noachis Terra - vers 65°S et 15°W - laissaient apparaître une zone incroyable de tabliers d'éboulis et de cônes d'accumulation, plus ou moins entaillés par quelques ravines, mais pour la plupart tous intacts. Certains de ces tabliers semblaient même emboîtés dans d'autres, ce qui laissait supposer l'existence d'épisodes successifs d'accumulations.

Nous présentons cette semaine, deux diagrammes complémentaires décrivant les mouvements de masse les plus communément rencontrés sur les versants terrestres et dont les morphologies rappellent certaines formes martiennes...

Sur Terre, ces formations se caractérisent non seulement par leurs morphologies mais aussi par leurs origines. Par ailleurs, on les rencontre sur Terre dans des zones géographiques aux caractéristiques climatiques fort variées, à des latitudes et des altitudes très différentes.

On considérera cette semaine, des débris déjà produits, sans se préoccuper de leur production mais seulement de leur transport sur les versants.

Les processus de transport sont d'abord fonction de la pente du versant et sont sur Terre, impossibles pour des pentes inférieures à 25°. Deux processus majeurs existent : l'éboulisation et l'éboulement (appelé aussi effondrement). Leurs critères sont essentiellement liés à la vitesse de transport et à la masse des matériaux transportés, que les mouvements soient individuels ou collectifs.

  • Concernant la vitesse de déplacement, les processus d'éboulisation sont souvent très rapides, ainsi d'ailleurs que les éboulements quelques glissements de terrain, les ruissellements, les écoulements de débris (ou laves torrentielles) et les saltations. La majeure partie des glissements de terrain ainsi que toutes les reptations sont des processus lents.
  • Concernant la masse des matériaux, on regroupe les mouvements selon qu'ils soient individuels ou collectifs.

Les éboulis sont des mouvements individuels tandis que les éboulements migrent collectivement. Les reptations quand à elles peuvent être soit collectives (soil creeping) soit individuelles (rock creeping). Quant aux laves torrentielles (debris flows, écoulements de débris...) même si les débris peuvent être des blocs, les mouvements sont collectifs.

Quelques définitions

  • l'éboulisation (formation d'éboulis) : c'est la descente de fragments sous l'effet d'un seul moteur : la GRAVITE, sans le fonctionnement de l'eau. le processus se fait à sec. L'éboulisation produit soit des tabliers d'éboulis, soit des cônes plus ou moins coalescents d'éboulis.
  • l'éboulement : c'est une masse qui descend en fonction de la seule gravité, à sec également, mais c'est un pan rocheux, un versant entier, qui collectivement est entraîné vers l'aval. Le phénomène est très rapide. La masse rocheuse en descendant se fractionne en éléments de tailles variables (petits à gros blocs).
  • les glissements de terrain (phénomène différent de la solifluxion) : c'est une masse qui glisse le long d'une surface (de rupture) par rapport à un plan rocheux auquel il était lié (la base s'appelle un arrachement ou un décollement).
  • la solifluxion est un mouvement lent de matériaux, sous l'influence de leur teneur en eau. Ce mouvement déforme les matériaux, qu'il soit plastique ou visqueux. C'est un mouvement de masse, collectif.
  • les écoulements de débris est un processus très rapide de transport sur versants secs. Quand il se transforme en lave torrentielle, il se localise alors dans un talweg.
  • les reptations (thermique, hydrique, glacée, gélireptation) sont des mouvements très lents par rapport au ruissellement ou autres écoulements. Pourtant, la reptation aurait un effet érosif de 5 à 10 fois supérieure à celui de l'érosion commandée par la météorisation et le ruissellement.

Sur Terre, le couvert végétal et la nature du sol en plus des conditions morphoclimatiques, sont prépondérants dans la dynamique de ces phénomènes.

Sur Mars, même si on observe ça et là des formations aux apparences fortement semblables, nous n'avons en revanche jusqu'alors, aucune idée précise sur les processus ayant permis leurs mises en place, ni sur les conditions morphoclimatiques les ayant fait apparaître. On ne sait pas non plus quelle matrice ou liant a participé à la cohésion et au déplacement de ces formations, s'il s'agit d'eau, de boues, de glaces d'eau ou de glaces carboniques, ni le rôle exact de la gravité.

Une chose est sure : ces paysages sont aussi spectaculaires sur Terre que sur Mars...

(c) Dessins et texte : Gilles Dawidowicz/APM
La semaine prochaine

La calotte polaire Nord

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