L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 46 (11 novembre)

Larmes de Mars ?
2ème partie

La sonde MGS pulvérise un record : elle a pris plus de 112 000 clichés de la surface de Mars depuis son arrivée en orbite en septembre 1997, soit plus du double du nombre total de clichés pris par les 2 orbiters Viking entre 1976 et 1980 !

Voici une vue splendide d'un rempart de cratère d'impact localisé par 42.4°S et 158.2°W, dans le Bassin d'impact Newton (Sirenum Terra), du même type que celle présentée en semaine 44.

On y observe des ravinements extrêmement frais. Curieusement, la partie supérieure du versant, fortement inclinée, est dénudée et laisse apparaître des structures en éperons, semblables à celles que l'on peut observer dans les Pyrénées Orientales dans la région de Perpignan (autour du Carlit ou du Canigou) par exemple.

Par ailleurs, il ne fait pas de doute que des couches géologiques stratifiées soient en place à ces niveaux. Des alternances très nettes dans les colorations des couches (sédimentaires ?) laissent supposer des épisodes de dépôts réguliers et homogènes bien que des différences de granularité soient visibles entre ces mêmes couches géologiques. Nous pouvons aisément suivre sur la partie supérieure et dénudée du versant ces couches empilées régulièrement et qui se perdent d'un côté comme de l'autre du cliché, dans la poussière et le régolithe martien recouvrant le reste du cratère.

A mi pente, une rupture de pente importante apparaît et laisse se former des structures d'écoulements aériens, des ravinements particulièrement rectilignes, traduisant ainsi un écoulement concentré de surface (par opposition à un écoulement diffus). Ce pseudo réseau hydrographique méandre peu et n'est que très rarement hiérarchisé du fait d'une pente encore tout à fait efficace. Les profils en V et la diminution de la calibration des chenaux à mesure qu'ils évoluent vers l'aval, ne sont pas sans importance. Non seulement les structures sont fraîches mais la plupart des écoulements ne se sont pas produits apparemment plus d'une fois dans le même chenal (sauf dans le cas où des confluences de chenaux se sont produites et où les écoulement ont donc été conduits par des chenaux déjà créés), d'où des informations capitales sur l'état de la source qui pour une raison encore inconnue, a été stoppée nette. En fait, les zones d'alimentation auraient été avec un cycle de l'eau "terrestre" et aérien, toutes les zones sombres à l'amont où l'on remarque de véritables "coups de cuillères" dans le versant. Mais nous sommes sur Mars, et si le fluide qui a façonné ces formations provient bien de l'amont, il n'était peut-être pas aérien lors de la formation des chenaux. Une théorie récente propose en effet que les chenaux aient pu être formés par un écoulement liquide sous-glaciaire ; une sorte de gouttière auto-entretenue protégée par une calotte de glace, empêchant la congélation, l'évaporation et la sublimation.

Ces ravinements ayant pour même origine une zone géologique identifiée, on avait d'abord attribué les écoulements catastrophiques les ayant mis en place à de l'eau liquide provenant d'une nappe phréatique peut-être saturée en sels et donc munie d'un puissant antigel. La pression hydraulique à la sortie de la nappe pouvait aussi selon cette théorie être suffisante pour déblayer le versant et créer ces profondes ravines. Un dernier problème se posait alors : quid de l'eau une fois l'écoulement arrivé en bas de pente ? Soit elle congelait sur place et restait là jusqu'à la prochaine sublimation et/ou prochain dégel puis évaporation, soit elle s'enfonçait dans le sous-sol du bas de pente et disparaissait du paysage aérien.

Aujourd'hui, toutes les théories demandent à être affinées et si les modèles sont plus ou moins valables, les comparaisons avec ce qui se passe sur Terre, dans les hautes latitudes notamment, restent difficiles, même si des pistes existent...

(c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM
(c) Images : NASA/JPL/Malin Space Science Systems



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En attendant Mars : plongeons à haute altitude...
3ème partie.
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