L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 01 - 02 (01 janvier)

2003 : the show must go on !

Et voilà, nous y sommes ! 2003, l'année martienne tant attendue, avec sa déferlante de missions spatiales : deux lancées par la NASA et la première mission européenne lancée par l'ESA. En tout, 3 orbiters, 2 rovers et 1 lander, sans compter l'arrivée tant attendue de Nozomi, la première mission martienne japonaise...

Espérons juste que tout ce petit monde parte à temps et arrive sain et sauf sur place pour de belles images, des découvertes et surtout du rêve et de l'évasion.

Voici pour commencer l'année 2003, une image haute résolution obtenue par la sonde MGS, nous montrant Athabasca Vallis. Cette vallée martienne longue de 184 km se situe par 9,0°N et 155,8°E dans la région de Cerberus, au Sud des volcans d'Elysium.

Le paysage observable sur ce cliché est frappant et rappelle les formes observées dans Ares Vallis, là même où Pathfinder s'était posé en juillet 1997.

Les inondations formidables à l'origine de ces paysages dévastés ont découpé les formes et on laissé des traces caractéristiques d'un écoulement de fluide. Des îles géantes en forme de gouttes d'eau ou de larmes trahissent le passage des flots. L'orientation de ces îles profilées par les courants et les flots indique que le sens d'écoulement s'est fait du haut droite vers le bas gauche. Ce n'est pas sans rappeler des paysages similaires sur Terre, appelés les Scablands dans le Nord-Ouest des Etats-Unis, où des flots ont creusés des chenaux identiques suite à des déversements catastrophiques d'eau pendant la dernière période glaciaire, il y a environ 12000 ans. Sur Mars, il semble que ces formes soient plus anciennes...

Ces îles martiennes en forme de gouttes d'eau doivent également leur existence à la simple présence dans leur partie amont de cratères d'impact. En effet, chaque formation en forme de goutte est protégée des flots par ces cratères d'impact qui ont changé la lithologie locale en indurant le sol, le rendant plus résistant à l'altération. Les flots ont donc contourné ces cratères d'impact jusqu'à se retrouver quelques kilomètres plus à l'aval. Notez également sur les rebords de ces formations les étagements encore appelés terrasses fluviatiles sur Terre. Ces terrasses peuvent se former par deux processus distincts : soit des épisodes répétés d'écoulements avec des variations successives et décroissantes de hauteur d'eau se sont produits et ont conduit à ces étagements, soit que l'érosion naturelle et latérale des flots a dénudé les bords de couches stratigraphiques distinctes déjà bien marqué. Quoiqu'il en soit, il est fort probable que l'écoulement n'ait pas été unique mais qu'il ait eu plusieurs phases répétées... Notez enfin, à l'amont de l'île principale (dans la partie haute du cliché), comment les remparts du cratère d'impact qui la protège ont été défoncé par les flots. Le fluide s'est engouffré dedans en se frayant des brèches puis a dû se trouver deux chemins pour s'en sortir et pouvoir continuer à s'écouler vers l'aval.

Dans la partie basse du cliché, des buttes témoins et d'autres îles sont visibles. Celle de gauche est assez étonnante. Sa partie amont est beaucoup plus élevée que sa partie aval. On y observe aussi à l'amont une dépression semi-circulaire qui rappelle un cratère d'impact érodé par les flots. Observez les différents profils des pentes et des abrupts de cette butte témoin dont les variations sont très importantes. Curieusement, on retrouve dans sa partie aval un modelé caractéristique, décrit plus haut, avec les fameuses terrasses étagées, en bordure.

Ce cliché est une mosaïque composée de 6 images acquises entre 1999 et 2002. Le Soleil éclaire la scène par la gauche. L'image couvre une surface de 11,9 km par 13 km à la résolution de 4 mètres par pixel. Souhaitons que l'on puisse un jour se poser près d'une formation de ce type pour pouvoir admirer ce fabuleux spectacle qu'offre une panorama étagé de la sorte...

Bonne année à toutes les martiennes et à tous les martiens.

(c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM
(c) Images : NASA/JPL/Malin Space Science Systems