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L'image martienne de la semaine
par Gilles Dawidowicz Bye bye, Eagle ! Au 57è jour, le rover abandonna son nid d'aigle. Le 22 mars, le rover Opportunity après en avoir terminé avec ses analyses diverses, a tenté à trois reprises de sortir de son petit cratère d'impact. Pourtant, les ingénieurs prudents avaient planifié la route la plus simple en apparence : le côté égueulé du cratère de 22 mètres de diamètre, largement dissymétrique. ![]() C'était sans compter la couche de poussière très fine et un peu épaisse qui recouvre les bords d'Eagle… Car sur les remparts d'un cratère " frais " et en forme de bol, la couche aurait été moins épaisse mais sur une pente aussi douce, le vent a eu tout le temps d'accumuler les sédiments. Résultat, les roues ont patiné et le rover a dérapé. Heureusement, jamais il n'a failli basculer latéralement. Cela dit, il aurait été plus simple et plus rapide de le faire sortir directement par la partie où les roues auraient eu de l'accroche au sol : les couches sédimentaires elles-mêmes, qui ne font que 15 cm de hauteur ! Mais, le rover s'en est sorti et c'est l'essentiel. Pour prendre mesure de son petit nid, voici présentées cette semaine deux vues splendides du cratère dans lesquelles on aperçoit avec le recul, toutes les traces laissées par les roues sur le sol et qui seront effacées par le vent avec le temps… ![]() Opportunity va maintenant devoir partir explorer le cratère Endurance situé à plus de 700 m de là et qu'il devrait atteindre dans une vingtaine de sols après avoir fait quelques analyses de roches (sédimentaires) déjà perceptibles dans les petites trouées que l'on distingue çà et là sur les clichés panoramiques. Il semblerait que les couches affleurantes dans Eagle se prolongent tout autour et sous la couche de sédiments éoliens fins que l'on observe dans Terra Meridiani… Par ailleurs, un petit bilan des différents terrains observés par Opportunity nous montre que même dans un petit périmètre, une grande hétérogénéité peut exister. Ce montage de clichés microscopiques (chacun faisant 2 cm par 2 cm) révèle des formes très variées de billes d'hématite découvertes sur le site. Pourquoi les concentrations au sol de ces billes sont si différentes ? Pourquoi certaines sont bien sphériques alors que d'autres, situées juste à quelques mètres de là, sont totalement érodées et possèdent des formes anguleuses (et ne ressemblent alors plus du tout à des billes) ? Pourquoi certaines billes sont posées sur la poussière martienne alors que d'autres sont prisonnières d'une matrice très fine ? Enfin, pourquoi certaines billes sont plus claires que d'autres ? Autant de questions qui n'ont pas encore de réponses. Il est en effet curieux d'étudier leur répartition, leur distribution dans l'espace. Cela pourrait renseigner sinon sur les processus de leur formation et/ou de leur dépôt, au moins sur les processus de leur érosion et extraction des couches géologiques affleurantes. ![]() A " Punaluu ", les sphérules les plus grosses sont de même type que celles observées dans les couches géologiques en place. On y trouve également quelques-unes plus petites et plus irrégulières prises en charge par les vents. A " Lanikai ", il ne s'agit plus de sphérules à proprement parler. Les particules issues de la thermoclastie ? de la cryoclastie ? ou d'autres processus d'altération sont plus petites et presque toutes possèdent des contours irréguliers et anguleux ; elles sont prisonnières de fines. Leur densité y semble plus élevée. A " Neopolitan ", on se trouve aux marges de 2 types de sols différents : des petites sphérules (1mm) claires apparaissent cimentées entre elles (" Vanilla ") et des sphérules grossières et sombres (" Cookies and Cream ") apparaissent de manière aléatoire. Dans cette zone, il semble qu'un mélange des 2 sols se soit fait. A " Black Forest ", il semble que les sphérules et grains associés soient de forme beaucoup plus irrégulière et que leur composition soit plus faible en hématite, d'après Mini-TES. Les grains y sont plus exposés aux vents actuels et sont probablement remaniés et redistribués par les vents de façon plus intense… Toujours est-il qu'il est aujourd'hui impossible de dater la formation, le dépôt et l'altération des couches géologiques observées et des sphérules qui y sont associées. Seule certitude, Opportunity est allé dans Terra Meridiani pour y trouver de l'hématite : la mission est d'ores et déjà réussie ! Une dernière chose encore : les " sables " observés dans " le Serpent " la semaine dernière pourraient provenir de Ma'adim Vallis… (c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM |