L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 17 (19 avril)

Watergate ou Waterworld ?

Vous vous souvenez tous du film Stargate, où les héros voyageaient dans l'espace jusqu'à nos origines via une énorme roue égyptienne... Spirit est à son tour en train de voyager vers les origines de Gusev à la recherche d'une fenêtre sur le passé (aqueux) de Mars !

En fait de fenêtre, la sonde américaine qui a vaillamment terminé sa mission initiale (90 jours et 600 m sur Mars) et rapporté pas moins de 12 000 images, roule depuis l'exploration du rempart du cratère Bonneville en direction du Sud-est à la rencontre des collines "Columbia" distantes de plus de 2000 m. Sur ces collines, les planétologues ont détecté grâce à la sonde Mars Global Surveyor, ce qui pourraient être d'anciennes terrasses fluviatiles mais surtout des "plaques" claires au sol, interprétées comme pouvant être des évaporites, cristallisations de sels minéraux produites lors de l'évaporation d'eau liquide... Certes, ce serait dans ce cas une preuve bien plus évidente du passé aqueux de Gusev que les preuves accumulées jusqu'alors par Spirit, mais trois réserves sont à poser :

  1. Bien que les logiciels de bord viennent d'être patchés avec succès et que les deux rovers vont pouvoir faire des excès de vitesse à 30 m/h, il reste quand même plus de 2000 mètres à parcourir jusqu'au pied des collines, ce qui est tout de même très loin comparativement à ce qui a été parcouru en 3 mois ! Heureusement, la NASA a alloué un supplément budgétaire de 15 millions de $, prolongeant les opérations jusqu'en septembre. Mais durant ces 5 mois de plus, il ne faudra plus s'arrêter toutes les 5 minutes pour analyser chaque rocher...
  2. Une fois au pied des collines, il sera très difficile et hasardeux pour le rover de grimper suffisamment haut et de contourner leurs flancs pour accéder aux zones claires, les fameuses évaporites. En effet, par mesure de précaution, le rover ne doit pas franchir des pentes de 25° au risque de basculer. La NASA lui fera alors peut-être prendre des risques supplémentaires...
  3. Enfin, les plaques claires pourraient être bien autre chose que des évaporites, à commencer par des accumulations éoliennes plus claires par exemple...

Mais de toute façon, il faut aller voir, car dans la région, rien d'autre de valable ne semble atteignable par le rover ! Bref, il faut y croire, car même si le robot peut maintenant parcourir plus de 100 m par jour, le chemin sera encore long...vers la "Porte de l'eau". Quant aux sceptiques du passé aqueux de Gusev, il ne faut pas qu'ils oublient que le cratère d'impact fut soumis aux caprices d'Apollinaris Patera, situé non loin de là...

Ci-dessous quelques exemples de prises de vues de Spirit, la première en visible, les suivantes en infrarouge pour aider à la détection de l'eau sur Mars dont la présence dans le sol en modifie les caractéristiques thermiques :







(c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM
(c) Images : NASA/JPL