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L'image martienne de la semaine
par Gilles Dawidowicz Columbia Hills, Endeavour Pass, Discovery Mount et … la providence. Sol 160 ! Un mot qui n'a plus rien de magique pour les contrôleurs du JPL car maintenant que l'on sait que Spirit survivra encore plusieurs mois, le Sol 160 ne représente plus grand chose. Et pourtant, si tout se passe bien, ce Sol pourrait être déterminant et sortir enfin Gusev des turbulences qu'il subi en ce moment. Sélectionné pour son passé hydrologique certain, le cratère Gusev n'en a pas moins subi il y a 3 milliards d'années les affres du temps et les caprices géologiques d'une planète rouge encore vivante. Nous savions avant d'atterrir dans Gusev que les traces des écoulements ne seraient pas évidentes à détecter, ceci étant d'autant plus vrai que le site prévu était au centre du cratère, loin de l'exutoire de Ma'adim Vallis et loin de tout relief résiduel ayant pu conserver ces traces de crue et de décrue. Nous savions aussi que le volcanisme régionale s'était exprimé après les épisodes hydrologiques les plus importants, maquillant ainsi dans Gusev l'essentiel des évidences de ce passé liquide tumultueux. Bref, il ne fallait qu'un coup du sort pour que le rover ne se pose pas trop loin d'un relief important véritable bête noire de ingénieurs, mais Pierre de Rosette des scientifiques... Et, c'est contre toute attente ce qui s'est produit. Une fois estimée la distance des Columbia Hills à près de 3 000 mètres du site d'arrivée (CMS 1), il était devenu difficile d'y croire. Jamais un engin de 185 kg, prévu pour faire 600 mètres tout au plus, ne pourrait survivre et trouver la force d'en parcourir finalement 3 000 ! Et ceci " juste " pour nous aider à valider l'hypothèse dont nous sommes par ailleurs tous certains mais dont il manque quelques preuves terrain… Et voilà qu'au terme de la mission initiale de Spirit, tandis que tous les voyants sont au vert et que les structures du rover encaissent très bien les conditions martiennes, on se prête à nouveau à rêver et à croire à l'impossible. Le rover avance maintenant à grande vitesse, engrangeant souvent plus de 100 mètres par jour, diminuant les analyses de roches gourmandes en énergie. Il faut faire vite et suivre le cap des Hills sans trop sans écarter : le chemin le plus court étant la ligne droite. Les ingénieurs risquant par ailleurs de se voir imposer par la mécanique céleste et la baisse du rayonnement solaire, des poses plus longues pour recharger les batteries voire même des " shutdown " complets de 2 à 3 jours. Enfin, il n'est pas exclu que Mini-TES soit finalement sacrifiée sur l'autel de Gusev, bien qu'une petite chance existe pour que l'instrument fonctionne encore après le Sol 180… lorsque l'engin sera entré dans les Hills à la recherche des plaques claires. En attendant, le paysage qui se ressemble chaque jour d'avantage n'en est pas moins fascinant. Outres les scories extraordinairement belles rencontrées çà et là (et qui prouvent que certains des épisodes volcaniques étaient riches en éléments volatils et en eau), la surface de Gusev tend à être parsemée de blocs assez petits dont la répartition est assez diffuse. La densité a en effet considérablement baissé à mesure que l'on s'est éloigné de Bonneville et de ses éjectas. Une autre caractéristique de la surface traversée actuellement est qu'à mesure que l'on se rapproche des Hills, des ondulations du terrains sont visibles. Deux origines possibles : soit elles étaient antérieures aux épisodes volcaniques et les sédiments associés ont recouverts des surfaces déjà ondulées, soit elles sont postérieures aux terrains observés et proviennent donc de compressions et de mouvements de terrains plus " récents ". Par ailleurs et c'est assurément le plus spectaculaire et le plus notable, les collines grossissent à vue d'śil. Les caméras NAVCAM et PANCAM permettent même de résoudre chaque jour un peu plus leurs versants. On sait maintenant que ces versants ne sont pas uniformes, que des processus (érosifs, sédimentaires, gravitaires…) s'y sont produit et qu'ils en portent les stigmates. Déjà des décrochements et des loupes, sortes de glissements de terrains, sont identifiés. Enfin, confirmant les interprétations des images MOC/MGS, Spirit commence a révéler des lignes horizontales et continues en bas de pentes, interprétées pour le moment comme des marges de terrasses étagées, premiers ou derniers vestiges c'est selon, du passage dans Gusev de grandes quantités d'eau liquide. Encore 40 à 50 sols et Gusev sera réhabilité définitivement. Le rover suivra alors un cap au Sud, le long des Hills à la recherche d'un passage pour s'y engouffrer et explorer les plaques claires, les fameuses évaporites. Nous aurons alors sous les yeux non seulement les preuves formelles de l'évaporation de l'eau liquide dans Gusev mais aussi un spectacle d'une beauté rare. ![]() ![]() ![]() (c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM |