Les planétologues de la NASA planifient plusieurs semaines à l'avance les objectifs et donc les déplacements des deux rovers. En fonction des intérêts scientifiques que les zones d'exploration plus ou moins éloignées représentent et en fonction de l'état des terrains à traverser, ils choisissent les missions à faire faire à nos deux géologues.
Mais voilà, alors que leurs dates de péremption sont largement dépassées et qu'ils sont encore étonnement efficaces, on se demande combien de temps encore ils peuvent tenir sur Mars. Certes les panneaux solaires se couvrent peu à peu de poussières atmosphériques qui ont pour effet d'obstruer les capteurs solaires disposés sur les pétales. De ce fait, aujourd'hui les robots se voient doter de 20% en moins d'énergie que lors de leur arrivée respective. Et cela ira en empirant même s'ils n'est pas exclu que quelques coups de vents puissent re-mobiliser la poussière lentement déposée… Mais, selon les simulations les plus optimistes, ils pourraient survivre jusqu'à septembre … 2005 !
Pour cela, il conviendra de les faire hiberner. Pour un observateur terrestre, la planète Mars passera en septembre prochain derrière le Soleil. Ceci entraînera une rupture des communications radio pendant plusieurs jours. Si après cette opposition, les robots sont à nouveau fonctionnels (ce qui devrait être le cas) ils pourront continuer de plus bel leurs explorations.
Spirit vient de passer son 6è mois sur Mars, soit deux fois plus qu'initialement prévu. Alors qu'il commence son ascension des " Hills ", l'hiver approche à grand pas. Contrairement à Opportunity, Spirit se trouve éloigné (vers le Sud) de l'équateur et les rigueurs de l'hiver se feront bien plus sentir dans Gusev que dans Terra Meridiani. Ainsi, contre toute attente, Spirit ne continuera pas sa route vers le Sud des Hills, comme cela était prévu depuis plusieurs semaines. Il n'ira donc pas explorer les grandes dunes claires situées au Sud de " West Spur " et c'est plus que dommage…
Non, le robot va grimper sur " West Spur " et longer pendant plusieurs centaines de mètres sa crête sommitale située à 80 m d'altitude (crête qu'il prendra donc pour un chemin de traverse). Puis, il en redescendra par l'autre versant. Spirit choisira des pentes inférieures ou égales à 20°. Certes, le haut des " Hills " semble stratifié et c'est déjà en soit tout à fait fascinant mais on peut regretter la non exploration des dunes dont la taille atteint 150 mètres de long et dont la hauteur semble considérable. Situées à 300 m environ de sa position actuelle, les dunes sont soit actuelles et actives, soit anciennes et fossilisées… On ne saura jamais de quoi elles sont faites !
Atteindre les couches géologiques perchées de " West Spur " devrait prendre plusieurs semaines tandis que le sommet sera atteint dans 1,5 mois. De là, le panorama sera exceptionnel et il y a fort à parier que l'on pourra observer les remparts embrumés de Gusev sur 360° !
Le versant de la descente est lui aussi très curieux, puisqu'il est couvert de matériaux sombres. S'agit-il de sédiments éoliens, de dépôts volcaniques ou de sédiments lacustres ? Si tout va bien, Spirit nous en dira plus à ce sujet dans quelques mois…
Bien sur cette stratégie, cette nouvelle route est plus courte que celle suggérant de contourner les collines par le Sud. Bien sur aussi, elle semble plus sure et pas seulement d'un point de vue de la rugosité du sol (le pied de versant étant encombré d'éboulis tandis que le versant semble plus " lisse "). Non, en fait les ingénieurs redoutent un piège bien plus vicieux : les ombres fatales que les collines vont projeter sur le sol de Gusev à mesure que l'hiver va approcher et que le Soleil va descendre sur l'horizon. Plongé dans une telle ombre, Spirit mourrait très vite et n'aurait plus assez d'énergie pour faire machine arrière.
En fait, en escaladant les " Hills ", les ingénieurs vont s'assurer que Spirit reste le plus souvent possible éclairé par le Soleil, afin que ses batteries se rechargent via ses panneaux solaires. Au besoin, on le fera même stationner plusieurs jours au même endroit, à se dorer la pilule ! En fait, il est prévu que le robot soit totalement endormi et qu'on le réveille 1 à 2 fois par semaine histoire de lui faire prendre quelques clichés et de vérifier que tout va bien, de lui faire faire quelques mètres puis de le faire revenir à sa position initiale. Une vraie marmotte.
Spirit pourrait rester comme cela plusieurs semaines voire quelques mois, en fonction des conditions climatiques locales, jusqu'au début 2005 période à laquelle le Soleil remontera dans le ciel. Le seul risque dans toute cette histoire est de faire geler puis éclater le cristal de Mini TES, qui ne résistera pas à - 60° C de température extérieure et qui ne sera plus réchauffé par la structure du robot !
Quant à Opportunity, il se trouve sur l'équateur et subi de manière plus modérée les saisons martiennes, moins marquées à ces latitudes là. Très incliné, dans son cratère " Endurance ", le second géologue de la NASA bien qu'à l'abri hibernera également.
Il faut dire que l'on arrive aux limites de ses compétences. Il va évidemment continuer d'analyser les couches géologiques stratigraphiées qui composent " Endurance ", mais une fois toutes les analyses effectuées, il faudra lui trouver d'autres objectifs. A condition qu'il sorte de son cratère d'impact, il pourrait fin 2004 ou début 2005 continuer son exploration de Terra Meridiani vers le Sud en examinant au passage le bouclier thermique, écrasé à quelques centaines de mètres de là. Durant son hivernage, les ingénieurs vont également s'assurer qu'il reste sur des parties de pentes d' " Endurance " très ensoleillées, pour les mêmes raisons que Spirit.
A force de réussir leurs missions de manière remarquable, on en oublierai presque qu'ils ne sont pas immortels. A moins d'un incident de programmation, d'une panne ou d'un accident de parcours, les deux engins devraient encore et pour un bon moment, nous faire rêver !
En témoigne l'image présentée cette semaine qui est une mosaïque de clichés acquis le 16 juin 2004 (sol 161) par Spirit. La vue est orientée vers le Sud et l'on y distingue au loin les remparts embrumés du cratère Gusev, dépassant de l'horizon. Les clichés originaux ont été acquis grâce à la caméra panoramique de Spirit munie d'un filtre bleu (750 nm).