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L'image martienne de la semaine
par Gilles Dawidowicz Au-dessus des cratères Mie et Kunowsky. La dynamique météorologique locale d'un lieu peut sur Terre être modifié par les caractéristiques morphologiques de ce même lieu, au travers d'interactions plus ou moins fortes avec le relief notamment. Qu'ils soient de type physique, thermique, hydrique ou autre, les phénomènes à cette interface sont fascinants à étudier. On connaît par exemple en Alsace, à la Réunion, à la Martinique ou à la Guadeloupe un effet météorologique connu sous le nom de Fœhn ou effet orographique. Généralités Explications Le gradient de température adiabatique sec Louis Gay-Lussac (1779-1850) a démontré que pour un gaz parfait, à volume constant, la température est directement liée à la pression. L'air atmosphérique terrestre non saturé correspond assez bien à un gaz parfait. Ainsi, subit-il une décroissance de température proportionnelle à la décroissance de pression, donc d'altitude. Dans les basses couches atmosphériques, la décroissance de température également appelée gradient adiabatique sec, c'est-à-dire sans vapeur d'eau, est proche de 1°C pour une élévation en altitude de 100 mètres. Le gradient de température de l'air saturé Lorsque l'air est saturé, la condensation dégage de la chaleur et réchauffe le milieu ambiant. La décroissance de la température est inférieure à la décroissance en milieu sec et se situe globalement entre 0,5 et 0,8°C par 100 mètres en fonction de l'humidité. En moyenne, elle est de l'ordre de 0,6°C. L'effet de Fœhn Si la température de l'air au pied du massif montagneux est de 15°C et que l'air est sec, la température va décroître en suivant le gradient adiabatique sec à la montée, pour passer au sommet du massif à 5°C (perdant 1°C tous les 100 mètres soit 10°C), puis se réchauffer à la descente de l'autre côté pour retrouver ses 15°C à l'altitude initiale (en regagnant 1°C par 100 mètres soit 10°C).
Petit effet de Fœhn. Grand effet de Fœhn Revenons sur Mars Le premier cliché est une image grand-angle qui provient de la caméra MOC de la sonde MGS. On y voit des nuages passer au-dessus du cratère d'impact Mie (du nom de Gustave Mie, un physicien allemand (1868-1957)). D'un diamètre de 104 km environ, cet impact est centré à 48,1°N par 220,4°W (139,6°E), dans la région Utopia Planitia, près de la zone d'atterrissage de la sonde Viking Lander 2. Le Soleil éclaire la scène par le bas gauche. Au moment du cliché (pris en janvier 2004), nous sommes à la fin de l'hiver dans cet hémisphère et il n'est pas rare que de tels nuages se forment à basse altitude au-dessus de cet impact ou de structures du même type. La circulation atmosphérique générale se fait ici depuis l'Ouest/Nord-Ouest (haut gauche) vers l'Est/Sud-Est (bas droite). Le haut de ces nuages est à une altitude inférieure aux remparts du cratère d'impact ce qui a pour effet de perturber, en presque " bloquant ", la progression " normale " et continue d'une partie de la structure nuageuse. Et tandis que le reste du flux passe au-dessus, la structure perturbée se déforme en suivant les contours internes du cratère et en formant des vagues, des ondes qui se replient vers l'avant. Le second cliché provient également de la caméra MOC et date de mars 2004. On y voit le cratère d'impact Kunowsky (du nom de Georges Kunowsky, un astronome allemand (1786-1846)). D'un diamètre de 67 km environ, cet impact est centré à 57,1°N par 9,7°W. L'image est illuminée par le Soleil dont la lumière provient par le bas gauche. La circulation atmosphérique se fait ici d'Ouest en Est (de gauche à droite) et les vents entraînent avec eux des nuages dits " cellulaires " se formant ici au début du printemps. Une partie de ces nuages est perturbée par le relief concave que procure le cratère d'impact et tandis que le flux d'air continue de progresser, le reste du front se déforme en se rabattant de près de 45° par rapport au flux centrale qui continue lui sa progression de manière " normale ". (c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM |