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L'image martienne de la semaine
par Gilles Dawidowicz À propos de parachutes. Nous avons tous en tête ces images des retours sur Terre des capsules Soyouz arrimées à un grand parachute orange et blanc ou des capsules Apollo arrimées à trois parachutes rouges et blancs et qui ramènent depuis 1961 les cosmonautes et les astronautes à bon port. Leur niveau de qualité est tel - et l'on comprend bien pourquoi - que les mécanismes qui les déclenchent fonctionnent toujours et parfaitement, même si l'on est pas à l'abri qu'un parachute se mette en torche...
Des parachutes sur Mars… Dans le même style et par ailleurs, on se souvient également des parachutes utilisés par certaines sondes planétaires, sur Mars en particulier. On se rappelle ainsi des sondes Viking Lander 1 et 2 ainsi que de Mars Polar Lander qui avant la phase rétrofusée, devaient déployer des parachutes pour terminer de ralentir leur course balistique après une rentrée atmosphérique à haute vitesse. On se souvient plus récemment des sondes Mars Pathfinder, Mars Exploration Rovers A et B (alias Spirit et Opportunity) … et bien entendu du premier lander européen Beagle-2 qui sans rétrofusées mais avec des airbags, devaient aussi voler sous parachute avant justement le gonflage des airbags… S'il ne fait aucun doute du bon fonctionnement des parachutes des sondes Viking Lander 1 et 2, Pathfinder, MER A et MER B il est en revanche possible que les échecs de Polar Lander et Beagle-2 soient attribuables aux parachutes. Possible, mais pas certain en raison d'un manque cruel de télémétrie lors de la phase EDL (Entry Descente Landing), ultime phase spatiale avant les opérations au sol, mais phase particulièrement délicate où aucun télé-contrôle depuis la Terre ne puis plus s'exercer. Pour mémoire on se souviendra que la phase EDL des MER comprenait pas moins de 128 séquences automatiques qui se sont enchaînées à la perfection les unes après les autres grâce notamment à des ordinateurs de bord qui renseignés par de nombreux capteurs dont des accéléromètres, ordonnait le déclenchement de la séquence suivante. Pour les MER, jamais le contact avec la Terre ne fut perdu pendant la phase EDL ! Une mauvaise expérience terrestre… Le 8 septembre dernier, c'est ébahi que nous avons tous assisté au retour sur Terre de Genesis, première sonde spatiale à avoir collecté des particules du vent solaire pour les ramener sur Terre. Genesis rentrait après un voyage de 3 ans et 32 millions de kilomètres parcourus, voyage passé pour une large part au point de Lagrange n°1. Tout était nominal et la sonde mise en rotation à 15 tr/min. 6 heures avant l'arrivée sur Terre, se séparait 2 heures plus tard de son précieux chargement protégé dans une capsule de retour pour finalement plonger dans l'océan Pacifique. La capsule de retour quant à elle, pénétrait l'atmosphère à la vitesse de 11 km/sec. au-dessus de l'Oregon. À 33 km d'altitude (soit 127 sec. après avoir pénétré l'atmosphère terrestre), au-dessus du Nevada, un premier parachute (2,03 m de diamètre) devait s'ouvrir, extrait de son rangement par des boulons explosifs. Il devait ralentir la capsule, puis à 6,7 km d'altitude, au-dessus de l'Utah une voile rectangulaire (10,5 x 3,1 m) devait à son tour être extraite de son rangement par des charges pyrotechniques et se déployer en 6 secondes pour encore ralentir le tout et porter la vitesse de la capsule à 16 km/h. L'ensemble devait enfin être capturé en vol par un hélicoptère piloté de mains de maître au-dessus de Utah Testing and Training Range (UTTR), une base aérienne de l'US Air Force et de l'US Army. ![]() ![]() Mais aucun des boulons explosifs ne s'est déclenché et les deux parachutes sont restés pliés dans leurs rangements. La capsule n'a donc pas ralenti suffisamment et loin de se stabiliser, elle s'est mise à tourbillonner sur elle-même de manière spectaculaire puis s'est écrasée dans le désert de l'Utah sous les yeux médusés des pilotes des deux hélicoptères, impuissants. La commission d'enquête déterminera les causes précises de ce dysfonctionnement malheureux, mais déjà des voix s'élèvent pour affirmer que ces explosifs auraient été altérés lors du décollage de la sonde, trois ans plus tôt. Ce n'est pas sans rappeler deux épisodes dramatiques de l'exploration automatique de Mars vécu en direct par les membres de l'Association Planète Mars : la perte de Mars Polar Lander (le 3 décembre 1999) et celle de Beagle-2 (le 25 décembre 2003). Dans un cas comme dans l'autre, seules des suppositions ont pu être émises quant aux causes réelles des échecs mais on ne peut exclure le même type de dysfonctionnement… On ne le saura de toutes façons probablement jamais ! Gageons seulement que la sonde Stardust, qui rentrera sur Terre en 2006 avec des échantillons de vent interstellaire et des poussières cométaires aura un parachute en bon état de marche ce qui n'est évidemment pas certain. Mais bien au-delà de Stardust, l'échec de Genesis soulève la question du retour sur Terre d'échantillons martiens qui eux ne pourront pas être les objets de spéculations techniques : il FAUDRA les récupérer dans des conditions nominales. Les ingénieurs retiendront-ils la technologie des parachutes ? (c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM |