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L'image martienne de la semaine
par Gilles Dawidowicz Sur les traces de Spirit… Il paraîtrait que la NASA aurait fait un mauvais choix en ce qui concerne le site d'atterrissage de MER-A alias Spirit, au fond du cratère Gusev. Il paraîtrait même que le passage de l'eau en phase liquide " n'est pas du tout flagrant " et que " dès le départ, le cratère Gusev n'était pas une bonne cible "… Voilà des nouvelles d'initiés en mal de médiatisation qui vont faire sourire la planète Terre toute entière à la prochaine publication officielle des scientifiques en charge de la mission ! Attention, ce sera en anglais… Nous ne reviendrons pas sur les nombreuses années de documentation et d'études minutieuses (avec les moyens de l'époque il est vrai et seulement avec quelques-uns d'aujourd'hui) faites par des centaines de chercheurs dans des dizaines de Laboratoires aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde. Nous ne reviendrons pas non plus sur les modalités de sélection des sites prioritaires puis des sites ultra prioritaires jusqu'à la décision finale présentée au Headquarter de la NASA… et pleinement acceptée. Non, mais nous pouvons simplement regarder ces images et les analyses renvoyées par Spirit et comprendre (c'est du niveau d'un élève de 3è) que la présence de sulfates révélés par Spirit depuis bien longtemps déjà en sub-surface ne peut être que d'origine aqueuse. Mais ce n'est pas tout, la NASA se prépare à l'annonce d'autres preuves qui établissent avec certitude la présence passée d'eau liquide là où se trouve Spirit, sur les flancs des Columbia Hills. À qui sait lire entre les lignes, ou bien à qui sait lire les paysages, il n'est pas difficile de savoir de quoi il retourne… Non, les ufologues ne sont pas de sortie, il s'agit bien de géologie et de géochimie du sol ! On sait maintenant et c'est un fait scientifiquement établi, que l'eau liquide s'est épanchée durablement dans Gusev. Pour les derniers sceptiques, patience et longueur de temps valent mieux que précipitation et autres vocalises … En attendant, voici un cliché exceptionnel de la zone d'atterrissage de Spirit datant du Sol 85 (30 mars 2004). Il s'agit d'une vue un peu particulière de la caméra MOC embarquée à bord de la sonde MGS. L'équipe qui gère la caméra MOC a mis au point un protocole de prise de vue qui améliore très sensiblement les performances initiales de la caméra. La manśuvre est tellement délicate, que les cibles visées ne sont pas toujours dans le champ de vision… Mais parfois le résultat est simplement … spectaculaire ! Sur cette vue, on observe en haut à gauche le bouclier arrière resté attaché au parachute, tous deux largués lors de la rentrée atmosphérique de la sonde, en janvier dernier. En bas et au centre de l'image se trouve le lander, c'est-à-dire la plate-forme d'atterrissage inerte et devenue inutile. Spirit s'en était séparé quelques jours après son arrivée sur Mars. À droite de l'image se trouve le cratère d'impact Bonneville qui nous révèle dans sa partie Nord la zone où le bouclier thermique s'est crashé. Enfin, dans la partie Sud-Ouest du cratère Bonneville se trouve le rover Spirit à la date du sol 85 qui analyse un rocher (Mazatzal). ![]()
Mais l'originalité du cliché est ailleurs, et précisément dans le fait que l'on découvre le cheminement du rover depuis sa station d'accueil jusqu'à l'endroit où il se trouvait lors de la prise de vue. En d'autres termes, MOC a pris en photo les traces laissées par les 6 roues de Spirit dans la sub-surface martienne ! Car au fur et à mesure de son cheminement sur le sol (sec !), de Gusev, le rover de 185 kg a décollé une très fine épaisseur de poussière éolienne claire, laissant apparaître une sub-surface beaucoup plus sombre. Ceci est du reste bien visible sur les clichés pris depuis le sol par Spirit. Sur celui présenté, pris au Sol 62, on observe très bien non plus une, mais deux pistes laissées par l'engin et trahissant l'écartement, l'empattement des roues. Dans des conditions normales, MOC a une résolution spatiale allant de 1,4 à 1,5 m par pixel ce qui permet de distinguer correctement des objets d'une taille de 4 à 5 mètres. Mais, la nouvelle technique de prise de vue, connue sous le nom de cPROTO pour " compensated Pitch and Roll Targeted Observation ", permet de descendre sous 1 mètre de résolution et l'on peut alors observer des objets 2 à 4 fois plus petits… Ultime remarque : si sur Mars, on peut améliorer la résolution d'une caméra numérique conçue il y a 10 ans, qu'en est-il des caméras qui tournent autour de la Terre ? (c) Texte : Gilles Dawidowicz/APM |