L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaines 53 (27 décembre)

Vers le bouclier


Fin janvier 2004, quelques jours après l'arrivée d'Opportunity sur Mars, la NASA avait repéré grâce à la sonde MGS en orbite autour de la planète rouge, les positions de l'engin, de son bouclier thermique (bouclier avant) et de son bouclier arrière. Les deux boucliers avaient été éjectés lors de la descente atmosphérique de l'engin, le premier vers 8000 m d'altitude (82 sec. avant le contact avec le sol) et le second à 10 m d'altitude (3 sec. avant l'impact de la grappe d'airbags). Nous savons donc maintenant et avec une grande précision, que le bouclier arrière et le parachute toujours attachés l'un à l'autre via des suspentes, se trouvent à 440 m de distance du cratère d'impact Eagle, là où est " tombée " la sonde. Cette " cible " est dangereuse pour le rover, qui pourrait se trouver emmêler dans les suspentes en cas de brusque coup de vent lors d'une éventuelle visite rapprochée.

Mais, nous savons aussi que le bouclier avant (le bouclier thermique) se trouve quant à lui à seulement 200 m de cratère d'impact Endurance, dans lequel le rover a passé les 6 derniers mois. Ce bouclier en revanche, ne représente aucun danger pour l'engin qui s'apprête donc à l'analyser sous toutes les coutures. Les ingénieurs sont particulièrement intéressés par l'étude du crash de la structure faite de matériaux composites. Conçu par Lockheed Martin Astronautics, le bouclier thermique a subi lors de la rentrée atmosphérique de la sonde, une température de près de 1700°C. Ce bouclier protégeait la sonde de l'atmosphère martienne quand celle-ci arrivée toute droite de la Terre voyageait à la vitesse de 5,4 km/sec ! L'énergie cinétique imprimée lors du lancement de la sonde 6 mois plus tôt devait être dispersée à 99% par l'atmosphère martienne grâce au bouclier thermique qui encaissait du même coup une très forte décélération. Ses déformations, altérations sont évidemment très intéressantes pour concevoir de nouveaux modèles de protection pour les engins futurs. On pourra analyser le bouclier avec les spectromètres mais aussi avec le microscope du rover. Par ailleurs, les scientifiques sont eux intéressés par le petit cratère d'impact que le crash a occasionné. Il s'agit là d'une chance unique d'observer un impact ultra-frais, bien que peu profond. On en apprendra évidemment beaucoup sur la rhéologie du sol de Mars.



Pour mémoire, le bouclier thermique d'environ 12 mm d'épaisseur, est fait de matériaux composites (à base de résine phénolique) assemblés en nids d'abeilles et remplis d'un matériau ablatif fait de verre, de liège et d'une matrice. Sur Terre, ce type de matériau est utilisé dans le revêtement des missiles balistiques intercontinentaux et autant dire que peu d'industriels sont capables de les produire.

© Texte : Gilles Dawidowicz/APM
© Images : NASA/JPL