L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 25 (20 juin)

A bientôt 1 000 sols et 10 000 mètres parcourus sur Mars : Opportunity est sauvé ... et Spirit décapé !

Alors que le second rover de la NASA, en opérations depuis le 25 janvier 2004 vient de passer les 500 sols (501 sols aujourd'hui 20 juin 2005) s'est sorti de son piège (au sol 484) qui aurait pu devenir mortel et dans lequel il était tombé le 26 avril dernier, les ingénieurs du JPL reprennent leur souffle. Après un grand check-up de sa structure et de ses systèmes, il pourra reprendre sa route vers le Sud (plus prudemment car de nombreux pièges du même type l'attendent) à moins que d'autres objectifs ne lui soient désignés pour éviter le plus possible pareille mésaventure... Opportunity a parcouru depuis son arrivée plus de 5 340 m et ramené plus de 41 000 images... sans compter les dizaines d'analyses spectrométriques et autres...

En attendant aux antipodes de là, Spirit continue sa progression sur les Columbia Hills et a dépassé sans problèmes les 500 sols. Nous sommes aujourd'hui (20 juin 2005) à 522 sols sur Mars et tout va pour le mieux avec plus de 44 500 images collectées et plus de 4 340 mètres parcourus depuis l'arrivée. Nous frôlons maintenant le sommet des plus célèbres collines de Mars (quoique les Twin Peaks soient très connues aussi) qui vont se révéler être le plus formidable des panoramas jamais atteint sur la planète rouge.

Nous aurons alors au sommet une vue imprenable sur Gusev... et même sur le petit cratère d'impact Tyra.

Et Spirit a lui aussi de la chance. Alors que ses panneaux solaires étaient couverts d'une très fine couche de poussière, et que leur rendement variait de manière étonnante, plusieurs tourbillons de poussières sont venus faire du ménage. Et, tout en constatant des hausses de rendement, les ingénieurs du JPL ont mis au point une stratégie d'observation du paysage, à la recherche des fameux Dust Devils abondamment décrits dans cette chronique par le passé. Car, et c'est une première à mettre à l'actif de Spirit, pour la première fois on a pu en observer plusieurs en détails depuis le sol, quasiment en direct live. Il faut toutefois rappeler que c'est Mars Global Surveyor, qui depuis l'orbite avait mis en évidence l'existence de ces phénomènes météorologiques martiens et que c'est Mars Pathfinder qui avait en son temps observé le premier Dust Devil depuis le sol, visible à l'horizon dans Ares Vallis...

C'est finalement très récemment que l'on a pu observer les premiers tourbillons de poussières, car dans la plaine, entre le cratère Bonneville et les collines, là où ces phénomènes météorologiques sont les plus nombreux, Spirit n'en a pas observé un seul ou du moins, personne ne les a encore mis en évidence sur les milliers de clichés pris à ce moment de la mission.

Il faut dire que Spirit a réparti son temps d'exploration de la manière suivante :

1/ de l'atterrissage à l'exploration du cratère Bonneville : 70 sols pour environ 350 m parcourus,

2/ du cratère Bonneville aux pieds des collines Columbia : 90 sols pour environ 2 300 m parcourus,

3/ des pieds des collines au sommet : 349 sols pour environ 1 800 m parcourus.

De ce fait, il a passé la plupart de son temps sur les flancs des collines, avec un point de vue peu à peu optimisé pour ce genre de photographie dont l'art consiste à surprendre dans le champ de la caméra un tourbillon très ténu, à peine décelable. Il convient alors de retraiter les clichés pour faire apparaître la structure diffuse mais très rapide. Il n'est pourtant pas impossible que Spirit durant la traversée de la plaine, ait essuyé un ou plusieurs de ces tourbillons, sans que personne ne s'en aperçoive...

Lors du sol 455 (le 14 avril 2005), c'est à 2 km de distance environ que Spirit surprend un premier tourbillon de poussières, évoluant tranquillement dans la plaine de Gusev, durant quelques minutes. Le tourbillon apparaît sur 21 clichés prit à la volée, espacés de 20 secondes chacun ! Pour apercevoir facilement le tourbillon, il a fallu pousser les contrastes des clichés...

Lors du sol 456 (le 15 avril 2005), l'engin a surprit un autre tourbillon de poussières. Celui-ci évoluait très près du rover ce qui fait que les clichés sont de bien meilleure qualité.

Lors du sol 461 (le 20 avril 2005), le rover a réussi à observer plusieurs tourbillons de poussières évoluant en même temps dans la plaine de Gusev : une première ! La séquence est faite de 21 clichés. L'observation s'est produite vers 14h00 heure locale, quand la température du sol est suffisamment chaude pour causer des turbulences qui génèrent rapidement ces tourbillons.

Lors du sol 463 (le 22 avril 2005), Spirit a une nouvelle fois (toujours vers 14h00 heure locale) observé l'évolution de plusieurs de ces tourbillons de poussières, décidément très fréquents dans cette partie de Gusev.

Lors du sol 468 (le 27 avril 2005), le robot surprend au loin un énorme tourbillon. Il est à plus de 5 km de distance du robot et a peut-être 200 m de diamètre à sa base. D'autres tourbillons plus petits apparaissent plus proches et dans le lointain.

Au sol 486 (le15 mai 2005)

Spirit photographie son plus beau tourbillon. Il est à 1000 m de distance et parcourt devant la caméra 1 600 m en 9 min 35 sec (soit une vitesse de 4,8 m/sec). Il fait 34 m de diamètre à sa base.

A la surface de Gusev, la poussière recouvre tous les terrains et se trouve omniprésente. C'est une poussière fine, facilement mobilisable par les vents et courants d'air, d'autant plus canalisant dans cette région en forme de cuvette. Les vents rentrent et sortent de Gusev tous les jours et la zone observée par le robot n'est pas abritée mais au contraire très exposée.

Le jour, les rayons du Soleil en frappant le sol réchauffe la surface bien qu'à 2 m au-dessus d'elle, l'atmosphère soit fraîche. Comme sur Terre, ces contrastes thermiques provoquent des courants de convection. En remobilisant la poussière soulevée par les vents et les courants de convection, les tourbillons de poussières prennent naissance puis évoluent de manière chaotique dans les paysages de Gusev, laissant derrières eux de très fines traces sombres au sol...

Pour certains planétologues, ces tourbillons de poussières seraient saisonniers et annonceraient l'arrivée ... du printemps et des tempêtes de poussières régionales voire globales.

© Texte : Gilles Dawidowicz/APM.
© Images : NASA/JPL.