L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 14 (3 avril)

Mars Reconnaissance Orbiter ouvre les yeux !

Décidément la NASA ne perd pas de temps. A peine insérée en orbite (le 10 mars 2006),la sonde MRO teste déjà son instrumentation, et la première image composite obtenue par sa caméra HiRISE vient tout juste d'être publiée. Elle est spectaculaire et pleine de promesses. Il aura fallut 14 jours pour obtenir ces premiers clichés, véritables vignettes aussi appelées " tuiles " et devant être assemblées conjointement ou " mosaïquées ". Ainsi, le 24 mars, HiRISE obtenait une série de photographies à haute résolution d'une région de moyenne latitude de l'hémisphère Sud alors que MRO survolait la planète à 2 489 km d'altitude.

La première tuile couvre une zone de 4,5 km par 2,1 km et dévoile les détails de la surface martienne à la résolution de 2,49 m par pixel. Les plus petites caractéristiques de la tuile identifiables font environ 3 pixels de large. A l'automne 2006, lorsque la sonde sera sur son orbite définitive de travail, la même image atteindra la résolution record de 28 cm par pixel car elle sera prise à 280 km d'altitude, soit un facteur 10 de gagné ! L'incroyable qualité de cette tuile est due au fait qu'il n'y a pas de zones floues et que le rapport signal/bruit très élevé laisse apparaître des détails fins même dans les zones sombres.

Une fois mosaïquée en une seule et même image par assemblage des tuiles, l'image finale compositée est elle aussi, remarquable de netteté. Elle combine en fait plus de 100 images mises côte à côte, prises avec le filtre rouge. Elle " pèse " alors 20 000 pixels par 9 500 pixels et le rectangle blanc indique la position d'une seule tuile à haute résolution. Cette image couvre une zone de 49,8 km par 23,6 km et son centre est situé vers 34° S par 305° E.



Toute la région est recouverte de cratères d'impact de tailles homogènes, relativement bien conservés même s'ils sont pour la majorité partiellement comblés de sédiments. On observe toutefois au centre gauche de l'image un vieil astroblème fantôme et à l'extrême droite, un cratère bien dessiné.

On remarque également tout un ensemble de chenaux ramifiés aussi bien sur la partie Ouest que sur la partie Est de la zone. Ces chenaux sont également comblés de sédiments et apparaissent bien plus vieux que la majeure partie des cratères d'impact dont certains oblitèrent véritablement ce réseau de drainage. Curieusement, les réseaux hydrographiques Est et Ouest ne s'écoulent pas dans les mêmes directions, ce qui tendrait à signifier que nous sommes en présence de deux bassins versants différents, la " ligne de partage des eaux " apparaissant vers le centre du cliché.

La tuile haute résolution indique que des fluages de matériaux hétérogènes se sont produits dans les chenaux partiellement comblés ; ils laissent croire à des écoulements glaciaires où des moraines trahiraient les anciennes localisations des langues glaciaires… mais cette interprétation n'est qu'une hypothèse parmi d'autres.

Il semble par ailleurs que toute la région où se côtoient zones de terrains lisses et zones de terrains rugueux, ait été en fait façonnée par des processus géomorphologiques divers où l'eau, la glace d'eau et peut-être même la glace carbonique, ainsi que l'impactisme et le ruissellement aient joué un rôle important. Enfin, le vent et sa longue et lente action ayant terminé le travail d'érosion pour imprimer au paysage son aspect actuel, où l'on distingue quelques dunes de sables éparses…

Le traitement radiométrique et géométrique de ce premier assemblage est très sommaire. Il y a en particulier sur cette mosaïque des disparités évidentes à pleine résolution le long des coutures des tuiles collées les unes aux autres à la manière de vignettes. Ceci s'arrangera dans le temps…

© Texte : Gilles Dawidowicz/APM
© Images : NASA/JPL-Caltech/University of Arizona