L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 27 (3 juillet)

Effet papillon ...
(2ème partie)

 

Nous avions présenté l’été dernier un cratère d’impact aux éjectas peu ordinaires…

Voici cette semaine un cliché d’une autre structure géologique également peu ordinaire, obtenu par la caméra HRSC de la sonde européenne MEX, lors de l’orbite n° 368 le 5 mai 2004, à la résolution de 16,7 m par pixel.

Nous sommes dans la région d’Hesperia Planum, vers 35,3° Sud par 118,7° Est. La structure observée est une dépression concave, oblongue et mesure près de 24,4 km de long, 11,2 km de large et environ 650 m de profondeur par rapport aux terrains alentours.

Des éjectas fluidisés sont visibles tout autour de la structure comme d’ailleurs autour des cratères d’impacts circulaires de toutes tailles qui jalonnent les terrains alentours. La présence de tels éjectas dans la région tend à prouver que le toit du pergélisol a été atteint lors de ces nombreux chocs célestes et que les matériaux volatils qui y étaient stockés se sont liquéfiés lors des collisions puis répandus tout autour…

Les éjectas entourent la structure de manière assez régulière sur des dizaines de kilomètres formant un tout d’environ 45 km de diamètre. Il semble que leur épaisseur soit assez constante, bien que l’on dénombre au moins trois « vagues » majeures superposées formant « un escalier »...
Il est à noter que contrairement aux éjectas fluidisés des cratères voisins, relativement intacts, les éjectas de cette structure sont très érodés et des petits chenaux (de drainages ?) en plus des stries issues du choc, en recouvrent la surface. Peut-être ces chenaux ont-ils fonctionné peu après l’impact et drainé une partie des matériaux fluidifiés ?
Il est à noter également que deux extensions, deux lobes sont particulièrement visibles au Nord-Ouest et au Sud-Est de la structure oblongue, ce qui est assez curieux quand on voit la régularité des remparts de celle-ci.

Cette dépression concave, à fond relativement plat, pourrait être un effondrement thermokarstique comme il en existe dans la région de Deuteronilus Mensae mais ceux-ci ne possédant pas d’éjectas extérieurs, il ne s’agit manifestement pas d’un effondrement, qui d’ailleurs serait unique dans la région quand ceux de Deuteronilus Mensae se produisent de manière multiple, comme ceux se produisant sur Terre dans les régions karstiques…
Notez la présence à l’intérieur de la structure d’un « petit » cratère d’impact (côté Est) d’environ 1,5 km de diamètre, de petites buttes (façade Ouest essentiellement) et de nombreuses rides de compression…

Non, cette structure semble bien être une structure d’impact, un cratère oblique (impact de moins de 10° d’incidence) comme on en observe ailleurs sur Mars ou sur la Lune ou alors un groupe de cratères coalescents (un cluster) fortement érodés bien que dans ce cas, du matériau auraient dû être piégé à l’intérieur…
Par ailleurs, il est fort probable que l’ensemble ait été soumis à l’action de coulées de laves, qui lors de leurs épanchements, auraient épargné les remparts de l’impact. Le lobe au Nord de la dépression pourrait lui, être issu d’une compression tectonique…

En perspective et en 3D, l’étude de cette structure révèle que les remparts internes sont soumis à l’action gravitaire. On y retrouve de superbes tabliers d’éboulis, des blocs descendus, des niches d’arrachements, et surtout dans la partie haute, sous les corniches, des mini éperons et ravines notamment sur les versants Sud-Sud Est et Sud-Sud Ouest.

© Texte : Gilles Dawidowicz/APM.
© Images : ESA/DLR/FU Berlin (G. Neukum) et FU Berlin/MOLA.