L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 30 (25 juillet)
Dans le volcan Apollinaris Patera
L’exploration d’un volcan sur Terre est quelque chose
de fantastique, de souvent très impressionnant, et parfois même
d’émouvant... Le stéréotype parfait est un cône
volcanique régulier dont les pentes à gravir représentent
le prix à payer avant d’atteindre, au sommet, la caldeira, le cratère,
la gueule de l’édifice et bien sur, de jouir du panorama alentour…
Il y a sur Mars une multitude de volcans dont certains sont de la famille
des volcans d’Hawaï, dits « boucliers ». Leurs bases
sont assez larges et leurs pentes assez douces.
Voici présenté cette semaine un splendide volcan bouclier,
le célèbre Apollinaris Patera, situé à quelques
encablures au Nord Nord-Ouest du cratère d’impact Gusev, toujours
en cours d’exploration par le rover Spirit.
 |
 |
| le volcan Apollinaris Patera en 3D |
La caméra HRSC de la sonde MEX a obtenu des images de ce volcan
durant l’orbite 987, le 26 octobre 2004, à la résolution
de 11,1 m par pixel. La partie imagée est la moitié Est
de la caldeira, centrée vers 7,2° S par 174,6°E.
Apollinaris Patera est un vieux volcan de 5 km de haut qui s’étend
sur 180 km par 280 km à sa base. Situé à la bordure
Nord des hauts plateaux cratérisés, au Sud Sud-Est d’Elysium
Planitia, l’édifice volcanique délimite la marge Sud-Ouest
de Lucus Planum. Son immense caldeira, partie sommitale du cône,
fait près de 80 km de diamètre et plus d’1 km de profondeur.
La caldeira d’un volcan est une structure qui se forme au sommet de l’édifice
soit lors d’explosions, soit à la suite d’effondrements de tout
ou partie du cône et de sa cheminée.
L’image en « vraies » couleurs de la caldeira d’Apollinaris
Patera dévoile que lors de la prise de vue, la zone était
partiellement couverte d’un léger voile nuageux, diffus, blanchâtre.
L’image en fausses couleurs fait apparaître des nuages bleuâtres.
La partie Est de la caldeira, sur l’image en « vraies »
couleurs, est caractérisée par un matériel de surface
plus clair que dans la partie centrale (attention, le Nord est à
droite). Ce matériel semble être fait de couches géologiques
stratifiées et donc pourrait résulter de dépôts
sédimentaires dont l’origine est très certainement volcanique
étant donné leur localisation.
D’autres couches géologiques, différentes des précédentes
sont également visibles dans la caldeira et présentent un
aspect en terrasses, dans la partie la plus à l’Est des couches
claires et dans une zone relativement plate au Nord-Ouest de la caldeira.
 |
 |
| Cratères |
Quoi qu’il en soit, le fond de cette caldeira est tout à fait
étonnant. Notez le nombre impressionnant de cratères d’impact,
dont les plus grands font jusqu’à 15 km de diamètre. Notez
également la constellation de petits impacts visibles dans la caldeira.
Outre leur présence, qui est donc postérieure à la
dernière coulée volcanique, notez le fait que nombre de
ces impacts ont des éjectas fluidisés(surtout les petits
cratères). Ceux-ci trahissent la présence d’éléments
volatils en sub-surface dans cette caldeira, éléments présents
lors des phases d’impactisme. On retrouve en outre des traces importantes
et très localisées (notamment dans certains cratères
d’impact) d’écoulements de fluides, peut-être des laves,
mais aussi peut-être de l’eau en phase liquide. Enfin, certaines
pentes (notamment dans certains cratères) possèdent des
ravines sub-actives sur leurs versants Nord Nord-Est. Ces ravines semblent
fraîches, profondes et peuvent atteindre plusieurs centaines de
mètres de long. On notera enfin la présence d’éboulements
sub-récents. En effet, de gros blocs ayant dévalé
les pentes sur plusieurs centaines de mètres, ont laissé
derrière eux des traînées très sombres, non
encore recouvertes par les poussières actuelles…
Bref, la grande caldeira d’un volcan aussi important est un petit monde,
où très probablement de nombreux autres processus se sont
produits il y a plus ou moins longtemps…
 |
 |
| Ejectas |
© Texte : Gilles Dawidowicz/APM.
© Images : ESA/DLR/FU Berlin (G. Neukum).
|