L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 33 (16 août)
La planète Mars se ronge...
La sonde MGS aura révélé le vrai
visage de la planète rouge et de ses paysages fabuleux. Elle aura
également permis de mieux se rendre compte de la dynamique morphologique
de surface se produisant actuellement un peu partout sur la planète
rouge.
Il y a 15 ans seulement, nombre de planétologues, géologues
ou géophysiciens affirmaient encore qu’aux conditions de températures
et de pressions actuelles, Mars était morte et que les processus
physiques, mécaniques, chimiques de l’érosion en surface
étaient soit extrêmement lents, soit nuls.
On le sait maintenant – grâce à la sonde MGS - : il n’en
est rien ; et en voici une nouvelle illustration qui démontre que
la Nature est d’une créativité sans limite…
Ces deux clichés MOC datent du 20 août 1999 et du 19 avril
2005. Près de six années terrestres les séparent,
soit un peu plus de 4 années martiennes (une année martienne
étant égale à 687 jours terrestres).
Ils nous montrent une zone de l’hémisphère Sud de Mars,
dans la calotte polaire australe, composée d’une fine couche de
glace carbonique recouvrant une épaisse couche de glace d’eau,
le tout étant stratifié.
Cette
région déjà présentée dans la chronique
à plusieurs reprises n’est aucunement comparable à ce que
l’on peut observer sur Terre. La morpho-dynamique de la glace de CO2 et
du substrat de glace d’H2O qu’elle recouvre n’est en effet absolument
pas
envisageable dans nos conditions terrestres actuelles.
On peut, tout au plus outre l’observation réalisée en orbite
autour de Mars, tenter de faire des simulations et/ou des expérimentations
en laboratoire, relativement complexes et fort coûteuses d’ailleurs.
Malheureusement, Mars Polar Lander échoua le 3 décembre
1999 dans sa tentative d’atterrissage, au pôle Sud de Mars…
Depuis que l’on observe Mars avec autant d’attention et surtout avec
une résolution aussi fine que ne le permet la sonde MGS et sa caméra
MOC, on sait qu’au fil des années martiennes, les mesas, buttes
et autres reliefs de cette région, recouverts de glace carbonique,
ont régressé de manière non négligeable. On
sait maintenant que ces formes et formations géologiques sont rongées
par un mécanisme saisonnier mieux compris dont les effets «
vus d’en haut » sont comparables à l’érosion de certaines
de nos côtes littorales qui reculent sous les assauts et coups de
boutoir des océans. Là s’arrête la comparaison, car
les processus en présence n’ont bien entendu rien de comparables…
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Les deux clichés présentés cette semaine ont été
obtenu durant le début du printemps australe et sont éclairés
par une lumière solaire provenant du haut gauche du cliché.
Entre les deux clichés, la différence est frappante et les
flèches n°1 et n°2 sont des exemples particulièrement
éloquents quant à l’ampleur réelle du phénomène
et aux conséquences sur l’aspect de la surface.
Le recul des versants semble se produire à une vitesse d’environ
3 mètres par année martienne, ce qui est relativement important.
Si le phénomène est continu (ce qui n’est pas sur du tout),
il semble donc qu’il ne soit pas en marche depuis très longtemps,
au moins dans certaines régions, avec des départs estimés
à 100 ou 200 années au plus.
De même, à ce rythme, il ne faudra pas beaucoup plus de temps
pour que l’essentiel du paysage observé aujourd’hui soit totalement
rongé, dans la région concernée.
Nous assistons donc peut-être à un changement morphoclimatique,
qui est peut-être lié à un cycle martien comme il
en existe sur Terre, cycle qui n’est de toutes façons pas seulement
un changement saisonnier.
La flèche n°1 nous montre qu’en l’espace de 4 années
martiennes, un lambeau de plateau tabulaire s’est transformé en
butte témoin résiduelle sous les assauts d’une érosion
régressive particulièrement efficace.
La flèche n°2 nous montre comment les versants d’un haut plateau
reculent également et de manière parallèle et continue
sous l’effet de cette érosion qui se traduit également par
l’apparition de petites dépressions thermokarstiques tout au long
de la corniche, dans la partie haute du versant et dans la couche de glace
de CO2.
Qu’il serait fascinant d’obtenir des clichés de cette zone par
la sonde MRO ainsi que des clichés d’un robot mobile …
© Texte : Gilles Dawidowicz/APM.
© Images : Malin Space Science Systems.
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