L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 38 (20 septembre)

Les dépôts sulfatés de Juventae Chasma

 

Ce sont les engins Spirit et Opportunity - légèrement en avance par rapport à Mars Express – qui ont ouvert la voie. Puis, l’orbiteur européen a vite conforté la découverte, à savoir l’existence sur Mars de vastes dépôts de sulfates (de Magnésium ?) en surface et en sub-surface, là où sur Terre on trouve des carbonates … dans des milieux sédimentaires.

Voici cette semaine l’un de ces dépôts, imagé à haute résolution par la caméra HRSC à bord de la sonde MEX. Nous sommes dans la partie terminale Sud-Ouest de Juventae Chasma, une profonde et vaste dépression située au Sud-Est de Lunae Planum et à l’Ouest d’Ophir Planum, bref, au Nord de Valles Marineris à 5°S par 297°E.

Les clichés ont été obtenus lors de l’orbite n°243, le 24 mars 2004, à la résolution de 23,4 m par pixel. Les vues en perspective et les anaglyphes de Juventae Chasma ont été obtenus grâce aux canaux couleur et au canal Nadir de la caméra HRSC combinées aux MNT calculés depuis les données du canal stéréo.

Stupéfiante, cette formidable dépression Juventae Chasma, véritable fosse semblable à certains canyons tectoniques sur Terre, entaille les plaines environnantes sur près de 5 000 m de profondeur ! Le plancher de la Chasma est parfois recouvert de dunes… mais aussi, et c’est ici exceptionnel, de dépôts très clairs, ponctuels et localisés, d’origine sédimentaires et vraisemblablement composés en majeure partie de sulfates. La grande tache blanchâtre se trouve en pied de versant. Elle semble avoir été comme saupoudrée mais il n’est pas certain que ce dépôt proviennent d’une précipitation atmosphérique. Il pourrait tout aussi bien avoir été déposé par un lac ou une mer intérieure… Toujours est-il, que si la tache est continue, elle est aussi entourée de portions de dépôts plus disparates et spasmodiques, qui manifestement attestent d’une certaine continuité lors de la phase de mise en place.

Ce qui est surprenant – et ce quelle que soit l’origine de ce dépôt – c’est de constater sa localisation cantonnée au fond de la dépression. Pourquoi en effet ne retrouve t-on pas (semble t-il) de tels dépôts ailleurs dans la Chasma ? Ont-il d’ailleurs un jour existé ailleurs dans cette région ? Ou bien ne sont-ils simplement pas enfouis ou recouverts de poussières et non découverts à ce jour ? Dans ce cas, quelle est la raison pour laquelle la dénudation de la couche géologique claire se soit fait uniquement où on l’observe aujourd’hui ? Par ailleurs, quelle est l’épaisseur de ce dépôt, qui vu à la verticale semble être associé ou pour le moins suivre, les contours inférieurs des tabliers d’éboulis présents aux pieds du versant ? Autant de questions sans réponses à ce jour…

Au sujet de la butte témoin, celle-ci est également étonnante. Elle aussi dans le fond de la Chasma, près d’un versant exposé face au Sud, elle se dresse du haut de ses 2 500 m ! Elle mesure plus de 30 km de long par 10 km de large. Elle compte des dizaines de couches géologiques majeures, et probablement en fait, des centaines voire des milliers de couches plus fines ! Ces couches se dressent en marches d’escalier, ce qui témoignent qu’elles ont subi une érosion efficace postérieure ou contemporaine à leur mise en place.
D’un aspect plus clair que le fond de la Chasma ou que les terrains de la région alentours, cette structure stratifiée est toutefois beaucoup plus sombre que les dépôts blanchâtres décrits précédemment.
Le spectromètre OMEGA à bord de la sonde MEX est formel quant à sa nature et y détecte des dépôts sulfatés. Sont-ils recouverts d’une couche de poussières ? Dans ce cas, pourquoi les dépôts plus à l’Ouest ne le sont-ils pas ? Les dépôts stratifiés de la butte témoin sont-ils de même nature que les dépôts isolés ? Mais surtout, cette butte témoin est-elle vraiment le témoin de ce qui autrefois comblait toute la Chasma ? Dans ce cas, pourquoi le reste des dépôts ont-ils disparus ? Et pourquoi cette butte aurait-elle échappé et résisté à la formidable érosion qui s’y est produite ?


Des questions sans réponse ! Mais des questions fondamentales, qui en attendant de trouver des explications, nous permettent de rêver encore et toujours aux splendeurs actuelles de la planète rouge. Songez un instant à un survol de la zone à basse altitude ou encore à une exploration automatique … voire pilotée de cet incroyable paysage !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Texte : Gilles Dawidowicz/APM.
© Images : ESA/DLR/FU Berlin (G. Neukum) et FU Berlin/MOLANEW.