L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 52 (27 décembre)
Le testament de MGS
2ème partie
Nous présentions la semaine dernière, une coulée remarquable dans un cratère d’impact situé dans la région de Centauri Montes.
Voici cette semaine, une observation du même type, localisée cette fois dans la région de Terra Sirenum. Comme la semaine dernière, les clichés MOC de la sonde MGS prouvent qu’il s’est produit sur Mars dans la dernière décennie des écoulements de liquide en surface. L’existence de ce second site prouve que le phénomène n’est pas unique, même si l’on ne peut pas généraliser son existence à toute la planète.
En tout état de cause, rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’il s’agisse bien d’un liquide hydraté (même si c’est le plus probable), que les écoulements soient récurrents et saisonniers, qu’ils soient intermittents et alimentés par une nappe ou un aquifère, qu’ils soient existants ailleurs sur la planète, qu’ils soient à l’origine de toutes les ravines observées depuis 10 ans…
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Cette image est une mosaïque de clichés MGS obtenus en 2005 et 2006 et couvrant la totalité du cratère d’impact (4 km de diamètre environ) situé dans Terra Sirenum. On y observe des ravines situées sur les flancs internes Nord du cratère, dont certaines sont très profondes et même très larges.
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Deux clichés MOC de la zone concernée, dans la partie Nord du cratère. L’image de gauche date du 22 décembre 2001. Celle de droite est une combinaison d’un cliché pris le 26 août 2005 et le 25 septembre 2005. Dans les deux cas, le Soleil éclaire le paysage par le Nord-Ouest (haut gauche). On observe sur la gauche du cliché que la ravine est présente en 2001 mais non active ; elle apparaît de couleur claire en 2005. Mais entre temps, elle s’est remplie d’un dépôt de sédiments. Notez que cette zone fut imagée plusieurs fois après 2001 pour observer d’éventuels changements de la coulée (sèche ?) localisée à droite du cliché…
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On ne possède pour le moment que c’est deux exemples ! Car depuis les années 2000, si des dizaines de milliers de ravines ont été observées par les sondes orbitales (MGS, MO, MEX et MRO), aucun de ces engins n’a pu observer en direct, des ravines en fonctionnement. Malgré toutes les attentions, seuls ces deux cas ont révélé des changements au fil du temps !
Etudions donc de plus près ce second cas de la région Terra Sirenum, à 36,6°S par 161,8°W, sur les flancs d’un cratère d’impact de 5 km de diamètre environ.
Le 22 décembre 2001, MOC réalise un cliché fabuleux sur lequel on observe une coulée claire sur la pente intérieure Nord du cratère. Des ravines plus ou moins profondes et plus ou moins bien conservées sont visibles tout autour. Cette coulée de débris semble s’apparenter aux coulées sèches sur Terre, type glissement de terrain. Débutant d’un point, elle s’évase pour finalement se stabiliser sur le plancher de l’impact, débordant ainsi le versant lui-même. Curieusement, la coulée semble être transparente et l’on devine le relief en dessous. Elle paraît peu épaisse. L’équipe du MSSS décide d’en faire une cible prioritaire dans son programme pluriannuel de suivi des « gullies ». La sonde MGS imagera donc dans le futur la zone à des fins de comparaisons. L’équipe de planétologues espèrent observer une évolution de cette coulée de débris… Le 26 août 2005, MGS reprend à nouveau un cliché de la région. La surprise est de taille. Si la coulée de débris est toujours là mais sans aucune modification apparente, un changement est apparu ailleurs dans le paysage. A moins de 1 000 m de distance à l’Ouest de cette coulée, dans une ravine déjà existante, un dépôt clair s’est produit. Le 25 septembre 2005, suite à nouveau passage de la sonde, le nouveau dépôt est confirmé : ce n’est pas un effet d’éclairage du au Soleil.
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Zoom sur la ravine telle qu’elle apparaît en août 2005. Elle s’étend sur moins de 400 m de long. On y observe en détail la ravine et le dépôt qu’elle contient. S’agit-il de sédiments fins ? De glaces ? Nul ne le sait. Ce qui est sur, c’est que les sédiments s’y trouvent depuis la zone émergente de la ravine (dans sa partie amont) jusqu’à sa partie terminale (à l’aval). Notez que la zone frontale empiète largement sur le plancher du cratère, bien au-delà du versant. Notez également la façon dont s’est épanchée sur le versant, la nappe de sédiments, en « digits » de 5 à 6 doigts.
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Pour avoir la certitude qu’il s’agisse bien d’un dépôt situé dans le chenal de la ravine et pas d’un effet du à l’ensoleillement ou à un changement d’illumination selon la saison, l’équipe de la caméra MOC a imagé plusieurs fois le site entre 2005 et 2006. Voici donc 4 clichés différents acquis en avril et août 2005 puis en février et avril 2006. Le « i » indique l’angle d’incidence du Soleil, soit la hauteur du Soleil dans le ciel (à 0° le Soleil étant à la verticale de l’observateur). Ainsi, plus grand est l’angle d’incidence, plus bas est le Soleil dans le ciel pour un observateur au sol.
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Le dépôt se situe en effet dans une ravine. Il est très clair et s’épanche sur plus de 400 m de longueur. Il s’est épanché assurément entre décembre 2001 et avril 2005. Une fois l’écoulement stoppé, le dépôt est resté en place. Il semble peu épais même s’il n’e laisse pas apparaître le relief sous-jacent, bien qu’avant sa terminaison, sur un replat, on aperçoive lors d’un changement de pente, un « étirement » de la coulée. La pente fait environ 25°, peu avant que la coulée ne rencontre le plancher du cratère d’impact et se stoppe en plusieurs petits lobes, sur une pente quasiment nulle.
Comme pour le dépôt de Centauri Montes, la morphologie de la coulée suggère que le dépôt n’était pas de fort volume. Il est cependant difficile d’estimer la proportion de fluide par rapport aux sédiments transportés. De même, il est impossible d’en déduire sa composition exacte et donc de savoir si de l’eau, de la glace ou des sels ont été impliqués ou non dans cet épisode. On peut juste affirmer que la ravine a été réactivée à la faveur de cette coulée.
On notera par ailleurs que c’est la seule ravine à avoir été réactivé durant la période d’observation.
© Texte : Gilles Dawidowicz/APM.
© Images : NASA/JPL/Malin Space Science Systems/Gilles Dawidowicz.
Mise en ligne : Anthony Rocher |