L'image martienne de la semaine par Gilles Dawidowicz
Semaine 9 (1er mars)

Rosetta se sert de Mars

 

La sonde européenne Rosetta (d’un coût d’un milliard d’€uros), a réussi de manière nominale une manœuvre gravitationnelle délicate en passant dimanche 25 février, derrière la planète rouge, avant d'infléchir sa trajectoire en direction de la Terre et de poursuivre son périple vers la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko (après avoir parcouru un total de 7 milliards de kilomètres). C’est la deuxième manœuvre d’assistance gravitationnelle réalisée, la première ayant eu lieu autour de la Terre le 4 mars 2005 et la prochaine étant à nouveau prévue autour de la Terre le 13 novembre 2007 (une dernière se fera aussi autour de la Terre plus tard). Enfin, avant de parvenir à sa comète, Rosetta aura également observé de près les astéroïdes Steins et Lutetia, en septembre 2008 et juillet 2010.

Mars en noir et blanc, vue par la caméra NAVCAM de la sonde Rosetta, durant son approche le 24 février 2007, à 19h32 CET. La sonde se trouvait alors à 237 477 km de distance de la planète. Les deux petits points blancs au-dessus du disque martien ne sont pas Phobos et Deimos. En effet, lors de la prise de vue, Phobos est très proche du limbe, dans la partie nuit, juste au-dessus du plan équatorial. Quand à Deimos, la petite lune est de l’autre côté de Mars, hors du champs de la caméra. Les deux petits points blancs sont donc soit des étoiles lointaines, soit plus probablement des artefacts dus à des rayons cosmiques. Théoriquement Phobos devrait couvrir 5 pixels de diamètre et Deimos 2,5…

Mars en composition colorée, vue par OSIRIS (Optical, Spectroscopic, and Infrared Remote Imaging System), la caméra grand angle de Rosetta, le 24 février 2007 à 19h28 CET. La résolution de l’image est de 5 km par pixel. Les couleurs verdâtres sont dues à des nuages…

Le même cliché avec la toponymie martienne correspondante. On y repère quelques structures géologiques majeures… ce que ne permet pas forcément les clichés du même type pris par le télescope Spatial Hubble…

En passant derrière Mars, la sonde a disparu près de 15 minutes des écrans de contrôle et s'est également retrouvée privée d'énergie solaire pendant 25 minutes car elle a traversé une zone éclipsée. En fait, la sonde est passée à plus de 36 000 km/heure derrière Mars non seulement vue depuis la Terre, mais également vue depuis le Soleil, continuant sa course en fonctionnant sur ses batteries. La sonde n'était pas conçue pour fonctionner sur ses batteries, qui devaient simplement aider à stabiliser l'engin juste après son lancement, le 2 mars 2004. Les responsables de la mission avaient en fait prévu de lancer Rosetta plus tôt et en direction d'une autre comète, mais l'échec du vol 157 d'Ariane en décembre 2002, les avait conduit à reporter la mission et à choisir une nouvelle cible pour s’y satelliser en mai 2014…

Image de Mars prise en ultraviolet, le 24 février 2007 par OSIRIS, au travers du filtre “ OH ” conçu pour détecter la présence d’eau sur la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Des nuages sont visibles dans les régions polaires Nord de Mars et sur le limbe. Un autre nuage, de haute altitude est également visible sur le cliché (agrandi dans l’encart).

Structure nuageuse (peut-être composée de poussières ?) de très haute altitude observée par OSIRIS à 19h28 CET le 24 février 2007, à 240 000 km de distance. Le cliché est une composition colorée résultante de la combinaison des filtres vert et rouge.

Structure nuageuse de haute altitude observée par OSIRIS à 19h28 CET le 24 février 2007, à près de 240 000 km de distance. Le cliché est également une composition colorée résultante de la combinaison des filtres vert et rouge.

Lors de l’approche et du survol (à seulement 250 km d’altitude), la sonde Rosetta a pu tester une partie de ses instruments, tout comme son petit lander Philae qui a testé la caméra CIVA et le magnétomètre ROMAP.
Les scientifiques ont pu notamment obtenir de précieuses informations sur l’environnement électromagnétique de Mars et sur l’interface entre le vent solaire et la haute atmosphère, des données exceptionnelles du fait d’une trajectoire de la sonde très différente des autres sondes classiquement envoyées autour de Mars.

Superbe cliché pris par la caméra CIVA du lander Philae à bord de la sonde Rosetta, juste 4 minutes avant le survol au plus près ! La sonde se trouvait à environ 1 000 km au-dessus de la surface de Mars, près de la région de Syrtis Major. Une partie de l’engin et le dessous de l’un des deux panneaux solaires sont visibles avec force détails.

Graphique représentant les données obtenues par le magnétomètre ROMAP à bord de Philae. On y observe l'intensité du champ magnétique (en ordonnée) par rapport au Temps (en abscisse). On observe le choc de la rencontre entre le vent solaire (à gauche) et la magnétosphère de Mars (au milieu du graphique). Cette rencontre provoque une onde de choc, ralentie le flux énergetique et devient ensuite très complexe, une sorte d’ “ écoulement turbulent ” dans la queue de la magnétosphère martienne située en position antisolaire.

C’est une nouvelle grande et belle réussite de la France et de l’Europe spatiale, malheureusement passée inaperçue dans les médias !

 

© Texte : Gilles Dawidowicz.
© Images : ESA © 2007 MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/RSSD/INTA/UPM/DASP/IDA et CIVA/Philae /ESA Rosetta et ROMAP / Philae / ESA Rosetta. Nomenclature : Gilles Dawidowicz.

Mise en ligne : Anthony Rocher