Spirit et Opportunity fêtent, en excellent état de fonctionnement, leur premier anniversaire (au sens martien du terme : 687 jours) sur la planète rouge. Eux qui avaient une espérance de vie de trois mois ! Pour Spirit, c'est un anniversaire fêté en pleine descente des Columbia Hills. L'astromobile se retourne pour photographier la crête de Husband Hill, puis entreprend sa descente le long du versant à raison de 40 mètres parcourus par jour, en trois journées consécutives du 15 au 17 novembre (sols 664-666). ![]() La nuit, l'engin observe le ciel pour tenter de détecter des météores, la planète Mars recoupant la trajectoire de la comète de Halley. Les résultats ne sont pas encore connus. à défaut de météores, Spirit en profite pour observer le passage de la lune Phobos. Le 18 novembre, son compteur affiche 5392 mètres parcourus depuis son arrivée sur Mars. Des affleurements rocheux apparaissent sur le chemin et les géologues planifient des arrêts, les roches étant baptisées du nom des tribus indiennes en hommage à la fête de Thanksgiving. Bras robotique et instruments de mesure s'affairent sur la roche " Séminole ", où l'abondance d'olivine indique une lave de type basaltique. Le 1er décembre (sol 680), Spirit franchit 30 mètres pour se positionner entre les roches Miami et Comanche. La caméra panoramique lui permet de scruter d'autres rochers alentour, et de détecter au loin une tornade de poussière qui passe dans la plaine. Le 6 décembre (sol 685), l'astromobile parcourt une quinzaine de mètres en direction de l'affleurement Algonkin et atteint 5510 mètres au compteur. Les jours suivants sont passés à étudier la roche au microscope et au spectromètre alpha. L'objectif est ensuite de descendre jusqu'à l'affleurement Comanche, ce qui se fait par étapes, l'astromobile enchaînant des trajets d'environ 40 mètres les 12, 14 et 15 décembre. Arrivé à proximité de l'affleurement Comanche, et l'ayant examiné au spectroscope, l'engin s'en rapproche le 18 décembre par une manœuvre de 8 mètres. Il se focalise sur une cible baptisée " Horseback ", qu'il examine au microscope, puis tente de la poncer avant analyse au spectromètre. La fraise de ponçage perd toutefois le contact avec sa cible et, celle-ci étant mal préparée, les analyses ne peuvent être effectuées. C'est donc une autre cible, baptisée " Palomino ", qui est traitée à la fraise le 22 décembre sur l'affleurement Comanche, et étudiée le lendemain au spectromètre Mössbauer. Spirit en est à son 700ème jour sur Mars et, à la veille de Noël, a parcouru au total 5673 mètres sur la planète rouge.
L'automne de Spirit se déroule parfaitement, l'astromobile étant en excellent état de marche et son parcours conforme aux souhaits des géologues. Fin août, il était arrivé sur la crête de Husband Hill, et dès le 2 septembre il avait gagné un second emplacement sur la crête, depuis lequel des images panoramiques et stéréo étaient obtenues des alentours. Le 8 septembre, Spirit termine ses images et se tourne vers un affleurement rocheux nommé " Irvine ", qui ressemble à un filon magmatique ayant envahi une fissure (un " dike ", dans le jargon des géologues). L'astromobile déploie son bras robotique le 10 septembre, afin d'étudier la roche : il fête alors son 600ème jour (" sol ") sur Mars ! Spectromètres et microscope se succèdent durant trois jours, afin de déterminer au mieux la composition de l'affleurement. Comme les batteries sont bien chargées, Spirit travaille également de nuit, entreprenant des observations répétées des deux lunes Phobos et Deimos. Enfin, des tests techniques sont également entrepris, en vue de valider un nouveau canal de télécommunications : la réception des commandes émises par la Terre, non plus directement par l'antenne à grand gain, mais via la sonde orbitale Mars Odyssey, en utilisant le canal UHF. La troisième semaine de septembre est dévolue à une étude de sol sur la crête, au lieu dit " Cliffhanger ". Quelques tours de roue dégagent du sol frais, et dès le 16 septembre (sol 606), la batterie d'instruments s'attelle à son analyse, cinq jours de suite. Les caméras panoramiques scrutent pour leur part Tennessee Valley au nord de la crête, et il s'avère qu'un nouveau déplacement est nécessaire afin d'obtenir un meilleur angle de prises de vue. L'astromobile reprend sa progression le 26 septembre (sol 616) et roule 10 mètres vers le sommet " absolu " de la crête, puis 14 mètres le surlendemain. La nuit, il continue sa série d'observations des lunes Phobos et Deimos. Après quatre derniers mètres, il atteint le sommet absolu des Columbia Hills le 29 septembre (sol 619), 106 mètres au-dessus de son point d'atterrissage dans les plaines de Gusev. Ce n'est certes pas l'Everest, ce qui n'empêche pas les navigateurs du JPL de donner aux affleurements de la crête les noms du conquérant de l'Himalaya et de son sherpa : Hillary et Tensing. Du point culminant, Spirit recueille en trois jours de prises de vue un panoramique de 360 degrés en couleurs.
![]() Le 6 octobre (sol 626), trois gigotements successifs libèrent la roue de son caillou, puis les rouges sont braquées perpendiculairement à la pente pour éviter tout dérapage. Le travail peut alors commencer avec le déploiement du bras le lendemain, et six jours d'étude avec la succession habituelle de spectromètres et microscope. En outre, Spirit fait des relevés infrarouges la nuit, et de jour braque ses caméras sur la plaine pour chercher des tornades de poussière. Le 15 octobre (sol 634), Spirit en a terminé avec son étude de l'affleurement Hillary, et recule de deux mètres pour prendre quelques dernières images de la face rocheuse avec sa caméra et son spectromètre infrarouge mini-TES. Puis il entreprend un long roulage vers l'est le lendemain, accomplissant 47 mètres : il passe ainsi la barre des 5000 mètres parcourus sur Mars. Deux jours plus tard, 20 mètres supplémentaires sont engrangés en direction de la crête supérieure Haskin (" Haskin Upper Ridge "), première étape de sa descente vers le bassin méridional. Comme de dangereuses ruptures de pente sont soupçonnées, les séquences de roulage commencent par 10 mètres seulement " en aveugle ", complétées par une navigation fine avec le logiciel d'évitement des obstacles, les paramètres d'inclinaison étant fixés à des valeurs limites conservatrices, afin de prévenir tout incident. Les 19 et 20 octobre (sols 638 et 639), l'engin parcourt respectivement 29 et 17 mètres, ce qui le place à une quinzaine de mètres de la rupture de pente de Haskin Upper Ridge, à proximité d'un champ de rochers. Après une pause dévolue à la télédétection, le courageux petit robot reprend son cheminement, s'approchant d'un affleurement rocheux nommé " Kansas " au terme d'un petit trajet de 6 mètres. La nuit, il garde un œil ouvert pour surprendre d'éventuels météores dans le ciel de Mars, mais aucune étoile filante n'est repérée. En revanche, c'est le satellite Mars Odyssey qui se manifeste, lors d'un nouveau test de télécommunications en UHF. Le débit radio est trop élevé et cause une interruption des séquences de travail, Spirit se réfugiant en mode automatique. Une journée de travail est perdue, mais les commandes de la Terre via Mars Odyssey et le canal UHF arrivent à bon port le surlendemain, et le 27 octobre (sol 646), l'astromobile déploie comme convenu son bras robotique pour étudier l'affleurement Kansas, et sa cible baptisée " Kestrel ". ![]() La dernière semaine d'octobre se déroule au ralenti, car les heures tardives de passage du satellite Mars Odyssey au-dessus du site Gusev ne permettent pas une programmation des taches pour le jour même. Spirit se limite à une analyse au spectromètre Mossbauer la première paire de jours, et un déplacement de 18 mètres suivi de télédétection les deux jours suivants. La troisième paire de jours, c'est un déplacement de 16 mètres suivi de télédétection qui est programmé. Le 4 novembre (sol 654), le Bassin de l'Est (East Basin) est ainsi scruté par les caméras et le mini-TES infrarouge, avant qu'il ne disparaisse derrière la ligne d'horizon. De nouveau synchro avec des passages plus matinaux de son relais radio, Spirit reprend sa route, avalant 95 mètres en une journée pour descendre sur la crête suivante du versant de la colline : Lower Haskin Ridge. Le dérapage ne dépasse pas 10%. Une collaboration fructueuse est menée avec le télescope Hubble, celui-ci coordonnant avec la sonde leurs observations de l'atmosphère martienne, vue de l'intérieur et de l'extérieur ! Puis Spirit réitère son observation du Bassin de l'Est depuis sa nouvelle position, ce qui permettra une belle construction d'images stéréo. Il reprend sa descente plein Sud, accomplissant 24 mètres, puis faisant demi-tour sur 8 mètres pour rendre visite à un affleurement rocheux. C'est là qu'il passe la journée du 11 novembre (sol 660), avec 5273 mètres au compteur, et un appétit d'exploration toujours intact !
Au terme d'un été impeccable, Spirit a atteint la crête de Husband Hill, son objectif principal des Columbia Hills. C'est l'aboutissement de près de deux ans d'une formidable épopée : d'abord la traversée de deux kilomètres de plaines dans le cratère Gusev, puis la lente ascension du petit relief de moins de 100 mètres de dénivelé, mais aux pentes piégeuses et aux strates rocheuses aguichantes qui ont nécessité de nombreux arrêts scientifiques. L'été a commencé par une analyse de roche, dénommée " Independance Rock " en honneur de la fête nationale américaine du 4 juillet, ainsi que par un panoramique 360° en couleurs du site. Cette roche " Independance " intrigue les géologues en raison d'une teneur en fer inférieure à la moyenne. Comme la fraise rotative marque des signes d'usure, les ingénieurs utilisent la roue avant gauche du véhicule, pressée contre la cible, comme patin de nettoyage. Ce n'est que le 13 juillet (sol 543) que Spirit termine son inspection de la roche et son panorama du site. Il utilise même son spectromètre infrarouge mini-TES, de nouveau opérationnel, alors qu'il recule et qu'il jette un dernier regard à Independance Rock. Rien de fascinant est prévu le 14 juillet, mais l'équipe scientifique-où l'on compte des Français-s'attache à donner des noms appropriés à leurs prochaines cibles. Le 17 (sol 547), l'astromobile se remet en route pour enchaîner quatre jours de cheminement sur la pente, à raison de 12, 20, 30 et 10 mètres parcourus, soit 70 mètres au total. Le 21 juillet, en s'immobilisant au pied d'un nouvel affleurement à étudier, Spirit compte 4685 mètres au compteur. Les deux rochers retenus pour analyse sont baptisés " Descartes " et " Bourgeoisie ", clin d'œil donc à la Révolution française. Un coup de brosse, et le robot passe Descartes en revue avec microscope, spectromètres Mössbauer et Alpha, avant de rendre visite à Bourgeoisie, le 26 juillet (sol 556), pour quatre jours d'analyses similaires. Le 1er août, c'est au tour de la roche voisine, " Haussmann ", de se soumettre à l'attention studieuse de Spirit. Le 5 août (sol 565), re-belotte : l'astromobile se déplace de deux mètres pour ausculter une nouvelle roche, baptisée " Assemblée ". On décline toujours la Révolution française ! Puis, il est temps de songer à l'ascension finale de Husband Hill, dont le sommet n'est plus distant que d'une centaine de mètres. L'alimentation électrique est optimale-875 à 900 watts-heures par jour-et malgré une géométrie de télécommunications peu avantageuse (le relais orbital Mars Odyssey ne passe au-dessus de la sonde que tous les deux jours), le roulage peut commencer. Le 13 août (sol 573), une première étape de 33 mètres est accomplie, suivie de trois jours de photographie panoramique. Une seconde étape de 18 mètres vers le sommet a lieu le 16 août (sol 576), cette fois-ci en marche arrière afin d'alterner le sens de rotation des roues pour en optimiser la lubrification. Encore une pause de quatre jours pour la photographie et la télédétection du site, et Spirit parcourt la soixantaine de mètres restants pour atteindre le sommet plat de la crête, le 21août (sol 581). C'est sur ce sommet plat que le robot parcourt une vingtaine de mètres le lendemain, afin de chercher le meilleur point de vue pour débuter son panorama triomphal, tout en analysant le sol où il stationne. Le 25 août, il recueille aussi des images des lunes Phobos et Deimos dans le ciel des Columbia Hills. ![]() ![]() Le panorama 360° couleurs et les analyses du sol une fois terminés, Spirit quitte son point de vue le 29 août (sol 589) pour rouler une trentaine de mètres le long de la crête vers le sud-est, trajet accompli en deux jours. C'est ainsi que le surlendemain, Spirit s'installe sur une nouvelle aire de stationnement, baptisée " South Point 1 ". L'objectif consiste désormais à étudier la structure des Columbia Hills, photographier la crête voisine Cumberland Ridge ainsi que le bassin niché au creux des collines, afin de déterminer le meilleur itinéraire de sortie. Car Spirit en redemande ! Au bout de 591 sols (1er septembre) et de 4862 mètres-soit exactement 3 miles pour les Américains-il est désormais question de trouver de nouveaux objectifs pour un robot qui refuse de prendre sa retraite.
En Juin, Spirit a quitté "Larry's Outcrop" pour une nouvelle roche à proximité, "Backstay", qu'elle atteint le 7 du mois (sol 507). Après la batterie d'analyses de routine jusqu'au 12 juin (sol 512). Puis il s'en écarte d'une quinzaine de mètres par jour durant trois jours, afin de gagner un point de vue pour photographier avec recul le site de Methuselah et mettre le cap sur la prochaine crête dans son escalade des Columbia Hills. Le 16 juin (sol 516), la distance parcourue atteint 4470 mètres. Après une pause dévouée à la télédétection par caméra panoramique et mini-TES, Spirit reprend sa route le 20 juin (sol 520) avec 38 mètres qui lui font passer la barre des 4500 mètres. Encore une dizaine de mètres le lendemain, et une pause le 22 juin pour la télédétection des alentours, l'astromobile reprend son roulage le 23 juin avec 12 mètres de plus. Les navigateurs sont particulièrement contents de la bonne marche du véhicule sur un terrain pourtant difficile, avec des instructions de déplacement complexes. Les 24 et 27 juin, il effectue respectivement 26 et 22 mètres de parcours, et se trouve en position - après un ajustement de trois mètres - pour analyser un rocher intéressant, aux multiples couches, que l'équipe baptise "Independence Day" en honneur à leur fête nationale qui se profile à l'horizon. Le weekend du 4 juillet est en effet dévolu à une analyse poussée de la roche avec les deux spectromètres, le compteur de Spirit affichant à ce stade 4583 mètres parcourus.
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