En juin et juillet, le rover Spirit continue son hivernage au pied des
Columbia Hills. Avec sa production d’électricité désormais
inférieure à 300 watts-heure par jour, il achève
patiemment le super panorama en couleurs du site, bande par bande, et
télécharge le nouveau logiciel de bord envoyé par
la Terre, segment par segment. Il continue aussi à analyser le
sol à portée de ses instruments, notamment une parcelle
de sol aux particules brillantes, à proximité de sa roue
avant gauche, dénommée « Halley Brunt ». C’est
chose faite le 19 juin (sol 875) avec le spectromètre alpha. L’opacité
du ciel (paramètre tau) n’est pas non plus oubliée,
régulièrement mesurée par la caméra panoramique. Les ingénieurs, qui se sont aperçus qu’un
grumeau de sol coince le rouage de la fraise du bras robotique, commande
à celle-ci une rotation en marche arrière pour le déloger.
L’opération en trois temps, avec un voltage accru à
chaque fois, a bien lieu avec succès le 19 juillet (sol 904).
Spirit passe un hiver tranquille sur son site de McMurdo, au
pied des Columbia Hills. Stationné sur un versant, face au soleil,
il entreprend un programme scientifique de base, peu vorace en énergie,
à commencer par un panorama en haute résolution du site,
accumulé sur plusieurs jours. Il accomplit également une
analyse de sol, à portée de son bras robotique, avec brossage
de la surface à partir du 4 mai (sol 830), l’idée
étant de décaper millimètre après millimètre
de ce sol pour étude.
Entre temps, la collection des bandes d’image du grand panoramique
continue patiemment : une dix-huitième colonne verticale est enregistrée
le 6 juin. Puis, c’est une troisième couche de sol qui est
dégagée à la brosse sur une paire de millimètres,
le 10 juin. Le 14 juin, le microscope observe le résultat. En parallèle,
la sonde scrute les roches alentours avec sa caméra panoramique
et son spectromètre infrarouge. Même le champ de dunes El
Dorado, au loin, est visé, sans oublier le ciel dont l’opacité
(facteur tau) due à la poussière est mesuré.
Le 13 mars, le relais du moteur de sa roue avant droite tombe en panne lors d'une manœuvre en virage, coupant net sa marche après 29 mètres de parcours. Le surlendemain, un test de roulage sur 4 mètres montre que le robot doit être désormais piloté sur cinq roues seulement, donc en marche arrière en traînant la sixième roue bloquée. Les ingénieurs continuent d'étudier le problème, d'autant que la pente et la nature du sol rend la conduite délicate : le 18 mars par exemple (sol 784), Spirit s'arrête après seulement un mètre, en raison d'un dérapage jugé trop élevé. L'équipe travaille même le samedi pour rattraper le temps perdu. De fait, l'objectif de gagner un versant de colline exposé au soleil, pour passer l'hiver, s'avère difficile à cause de la pente et du problème de roue. Après plusieurs tentatives soldées par des dérapages au cours de la dernière semaine de mars, décision est prise de faire marche arrière et de redescendre quelques mètres, puis de suivre un nouveau cap vers un versant plus facile à atteindre. La nouvelle route est également piégeuse, puisqu'en gravissant McCool Hill, et en passant entre les affleurements Oberth et Korolev, Spirit patine dans une langue de sable et ne s'en extrait que le 2 avril (sol 799), passant son 800ème jour martien à recharger ses batteries après l'effort. La destination hivernale du robot est alors changée à un objectif plus facile à atteindre, au versant toujours tourné vers le soleil, et qui a pour nom Low Ridge Heaven : " le paradis de la crête basse ". Le 6 avril (sol 803), il parcourt neuf mètres vers son havre d'hivernage, et le surlendemain accomplit dix mètres supplémentaires qui le placent sur la pente tant convoitée, inclinée de dix degrés vers le Nord et donc vers le soleil (puisque nous sommes dans l'hémisphère Sud).
Début mai, Spirit s'attaque à une parcelle de sol, passée à la brosse, qu'il étudie avec tous les instruments à bord -spectromètres et microscope-tandis qu'il poursuit en haute résolution le panoramique, tranche par tranche, une activité qui occupera l'essentiel de son mois de mai.
En février, Spirit a continué son approche de Home Plate, cette esplanade de couleur claire d'une centaine de mètres de diamètre au pied des Columbia Hills. Ses marges concentriques avaient mis la puce à l'oreille des géologues, désireux de trouver des couches sédimentaires sur le site du cratère Gusev. Ils ne seront pas déçus. Les derniers jours de janvier sont passés à tester les moteurs de direction des roues avant gauche et arrière droit, qui donnent des signes d'anomalies. Après les tests, qui ne montrent rien de grave, Spirit se met à rouler le 30 janvier (sol 738) vers une crête rocheuse qui le sépare de Home Plate, abattant 34 mètres, puis une moyenne de 30 mètres par jour jusqu'au 6 février. L'engin marque alors une pause et recharge ses batteries, avant de s'approcher d'un magnifique affleurement bordant Home Plate, appelé Barnhill et répondant aux vœux des géologues puisqu'il montre un empilement de fines strates. Pour atteindre son objectif, l'astromobile a parcouru 848 mètres en 94 jours depuis son perchoir des Columbia Hills.
Le 9 février, Spirit déploie avec précaution son bras robotique pour ne pas faire basculer l'engin qui penche déjà de 27 degrés, et se met au travail avec microscope et spectromètres. Puisque Home Plate fait allusion à un terrain de baseball, toutes les cibles étudiées par l'engin prennent des noms ayant trait à ce jeu, que ce soit Pitcher, Fastball et Manager, et plus tard Posey, Gray et autres stars du baseball. Après une semaine passée à analyser la vue en coupe de Home Plate, Spirit parcourt une dizaine de mètres le 16 février (sol 755) pour rouler à la surface même du plateau. Une course contre la montre est engagée, car l'hiver martien approche et l'insolation décroît. Il faut commencer à envisager un site pour hiberner, face au Nord (nous sommes en effet dans l'Hémisphère Sud) afin d'être penché vers le Soleil et ses rayons. La dernière semaine de février, Spirit entreprend une ronde autour de Home Plate, dans le sens des aiguilles d'une montre, abattant une centaine de mètres en cinq jours, avant de faire une pause près d'une roche pour trois jours d'observation. Au 3 mars, lors de cette halte, son compteur indique 6693 mètres. Bientôt, il sera temps de gagner l'aire d'hivernage, une pente face au Nord,sur une colline voisine nommée McCool Hill.
Spirit a terminé l'année 2005 en quittant l'affleurement rocheux Comanche, où il avait passé le plus clair du mois de décembre, pour se diriger vers un champ de dunes baptisé El Dorado, le lendemain de Noël. En deux jours (sols 704 et 705), le robot abat 118 mètres, surtout en régime automatique pour laisser à l'équipe sur Terre le temps de savourer les fêtes de fin d'année. Lorsque celle-ci reprend les opérations en main, le 28 décembre, c'est pour programmer un complément de parcours d'une quarantaine de mètres et avancer l'engin au milieu du champ de dunes et lui faire patiner une roue, afin de dégager un brin de sol frais à étudier. Spirit passe donc la nouvelle année le nez dans le sable à en dresser le portait avec spectromètres et microscope.
Le 2 janvier (sol 711), l'astromobile reprend sa route au pied des Columbia Hills vers l'objectif " Home Plate "-étendue de terrain clair qui évoque pour les Américains le carré central d'un terrain de baseball. Après 56 mètres en régime automatique, il rencontre un obstacle et se met en veilleuse dans l'attente de nouvelles instructions. Il a le temps de savourer ainsi ses deux années pleines passées sur Mars-un sacré excès de zèle par rapport à sa mission nominale de trois mois-et dès la réception des nouvelles commandes abat une étape de 80 mètres le 4 janvier, puis 62 mètres le lendemain, dépassant la borne des six kilomètres : son compteur affiche en fin de journée un total d'exactement 6031 mètres. Le 7 janvier, la navigation reprend avec 54 mètres abattus, mais dès le lendemain il faut déchanter à cause de la traversée d'un terrain très glissant : moins de deux mètres sont parcourus, et le surlendemain un peu plus de neuf mètres, les roues patinant dans le sable. Qu'à cela ne tienne : les géologues décident d'étudier ce revêtement poudreux, d'abord avec les caméras et le spectromètre infrarouge. La poudre blanche s'avère similaire au site " Paso Robles " des Columbia Hills, c'est-à-dire des sulfates de fer qui confirment la présence d'eau dans un lointain passé. La sortie du banc de sable est quelque peu problématique, le patinage dépassant 90%, avant que les ingénieurs ne trouvent la bonne stratégie de sortie, le 20 janvier (sol 728). Après le week-end, lorsque Spirit reprend sa route le 24 janvier, il abat 40 mètres, mais au moment où il doit enchaîner un brin de navigation autonome, un disfonctionnement des moteurs de braquage sur les roues avant gauche et arrière droite interrompt le programme de la journée. La panne n'est pas jugée grave, car elle s'est déjà produite en octobre 2004, et a été attribuée à l'époque à un relais électronique poussif. Les ingénieurs décident donc de continuer à rouler en se passant pour l'instant des deux moteurs en question pour la direction de l'engin, et de recourir à des trajectoires aussi droites que possible. Le 26 janvier, l'astromobile accomplit 9 mètres de la sorte, et atteint un total de 6279 mètres : il n'est plus qu'à 170 mètres de Home Plate, son objectif de l'hiver.
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