MARS POLAR LANDER : SILENCE RADIO…

Dimanche 5, entre 19h50 et 20h00 (heure française), la 5ème opportunité de recevoir des signaux de MPL n'a donné aucun résultat. Parmi tous les scénarios de récupération envisagés, c'était l'un de ceux qui semblaient les moins improbables. Il supposait que la sonde était bien en vie mais que, pour une raison quelconque : antenne parabolique mal orientée, amplificateur hors service, son canal de transmission normal, en bande "X", était inopérant. Dans ce cas MPL devait passer de lui-même en mode de transmission de secours "UHF", à antenne omnidirectionnelle (c'est-à-dire ne nécessitant pas de pointage vers la Terre) et utilisant Mars Global Surveyor comme relais. MGS a bien écouté MPL et nous a bien transmis des informations, mais nul trace d'une émission de MPL…

Il reste encore une possibilité très ténue d'entendre MPL : au bout de 6 jours, celui-ci procédera automatiquement à des basculements successifs de ses équipements sur leurs "doublures" de secours (il en existe pour la plupart, sauf pour l'antenne parabolique et l'amplificateur principal), faisant l'hypothèse que les transmissions sont impossibles suite à la panne d'un de ceux-ci.

Entre temps, le JPL va envoyer des ordres demandant à MPL (à supposer qu'ils les entendent) de procéder à des balayages du ciel avec son antenne, dans l'espoir d'y trouver la Terre. Mais, après l'échec de l'événement attendu dimanche soir, l'espoir est désormais minime…

Il va falloir maintenant observer les réactions des milieux politiques américains à ce double échec de la Nasa. Vont-ils revenir à la charge pour réduire les budgets de science spatiale, ou demander que les méthodes de management de ces programmes "cheaper, faster…better ?" soient radicalement reconsidérées ? La question des limites de cette philosophie est désormais difficile à éluder, d'autant plus qu'elle a déjà été soulevée dans le domaine des lanceurs américains, qui ont connu en 1999 un chapelet d'échecs désastreux, attribués par certaines commissions d'enquête à une pression excessive sur les coûts, conduisant à un relâchement des contrôles et à une diminution dangereuse des effectifs de suivi des projets.

Et si MPL n'a été en fin de compte victime "que" d'un malencontreux rocher, souvenons-nous que la première mission de débarquement sur la Lune, Apollo 11, avait été sauvée lorsque les pilotes avaient "repris les manettes" au dernier moment, justement pour éviter un tel accident… Il n'y avait pas de pilote à bord de MPL !

L'exploration robotique continuera bien sûr ; en resserrant, espérons-le, quelques "boulons" dans la conduite des projets et en cherchant à rendre les sondes plus "intelligentes". Mais on voit bien qu'on s'approche du moment où, si on entend vraiment conduire un programme d'exploration efficace, il faudra décider d'entreprendre le voyage vers Mars.

PS : pas de nouvelles non plus, pour l'instant, des deux pénétrateurs…