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UNE TECTONIQUE DES PLAQUES SUR MARS ? |
L’examen de ses paysages géologiques laissait jusqu’ici penser que Mars, contrairement à la Terre, n’avait jamais connu le phénomène de " tectonique des plaques ". Dans ce mécanisme, provoqué par les mouvements de convection du magma, la croûte de la planète se fracture et dérive lentement, par plaques gigantesques. Dans le même temps du magma émergeant crée de la croûte fraîche au niveau des fractures, tandis que dans les zones où les plaques viennent à se heurter se produit le phénomène de subduction, une plaque " plongeant " sous l’autre et se trouvant recyclée dans le magma.
Un premier indice avait cependant amené certains scientifiques à évoquer la possibilité d’une telle activité dans le passé. En effet la composition de certaines roches analysées par le rover de Pathfinder faisait penser qu’on pouvait se trouver en présence d’andésite, un basalte très riche en silice qui, sur Terre, est produit par le volcanisme provoqué par le phénomène de subduction ! Mais rien ne prouvait qu’un autre mécanisme ne pouvait être à l’origine d’un tel minéral, et par ailleurs les mesures de Sojourner étaient entachées d’incertitudes… Les résultats publiés récemment par la Nasa (voir le site web, accessible aussi depuis le site de Mars Global Surveyor : http://science.nasa.gov/newhome/headlines/ast29apr99_1.htm, sans être non plus totalement contraignants, sont néanmoins beaucoup plus intrigants.
Du fait de ses passages à très basse altitude (120 km) à chacune de ses nombreuses orbites de sa phase d’aérofreinage, MGS a pu mesurer le champ magnétique local de la planète avec une excellente résolution. Or la carte qu’il a été ainsi possible de dresser de celui-ci révèle, principalement dans l’hémisphère Sud (zone des terrains primitifs), une structure de bandes orientées Est-Ouest, présentant des renversements d’orientation du champ magnétique. Comme on sait que sur Terre le champ s’inverse périodiquement au cours des temps géologiques, on en est amené à penser qu’on se trouve là en présence des traces " fossiles " d’un processus analogue, chaque bande de terrain correspondant à de la croûte fraîche émergée à une époque d’orientation du champ différente. Bien que des explications alternatives soient là encore imaginables, cette découverte majeure amène à reconsidérer l’opinion traditionnelle à propos d’une tectonique des plaques martiennes. Elle viendrait à l’appui de la thèse d’une planète très active dans une période ancienne, l’effet dynamo du noyau s’étant probablement éteint quelques centaines de millions d’années après la formation de la planète (ce que l’absence de structures de bandes dans les plaines du Nord plus jeunes confirmerait).
L’implication d’un tel considération est essentielle en ce qui concerne l’évolution du climat au cours de cette première partie de l’existence de Mars. En effet, la subduction permet de recycler efficacement, via le volcanisme, le gaz carbonique atmosphérique, qui s’épuise rapidement par le biais de la formation de carbonates avec le sol (constante de temps de l’ordre de 50 millions d’années). Une activité géologique plus dynamique qu’estimée précédemment renforcerait également la crédibilité du scénario de l’origine hydrothermale des sources d’eau à l’origine, selon toute vraisemblance, des chenaux et réseaux fluviatiles, observés particulièrement sur les terrains anciens. La réalimentation des réservoirs ravitaillant ces sources doit en effet être expliquée. Globalement, une activité géothermique intense aurait favorisé le maintien de conditions climatiques favorables au développement de la vie…
Il est plaisant de remarquer que c’est grâce au problème de mauvais déploiement d’un des panneaux solaires de MGS que cette découverte majeure a pu être faite. En effet, sans cet incident, qui a obligé à augmenter considérablement le nombre d’orbites de freinage, cette cartographie magnétique détaillée n’aurait pas pu être obtenue !