ALH84001 : LE RETOUR

On se souvient du bruit fait – par la NASA elle-même en particulier – autour de la publication de David Mc Kay, Everett Gibson et de leurs collaborateurs sur la météorite martienne ALH84001 et les indices d’activité biologique qu’ils pensaient y avoir observés (Science, 1996). Leurs travaux et leurs conclusions ont entraîné depuis quatre ans une formidable mobilisation, amenant il est vrai à les réfuter assez largement. Une multitude d’équipes, poussées à utiliser les méthodes et les instruments les plus avancés, ont publié des résultats sur de très nombreux aspects des observations, allant de l’histoire thermique de la roche à l’étude des particules de carbonate, à leur mode de formation, etc. Jamais, sans doute, une pierre n’aura fait l’objet d’autant de travaux et conduit à autant de prouesses techniques dans la mise en œuvre des processus d’investigation.

Il faut souligner que ces résultats n’ont pas tous été négatifs vis-à-vis de la thèse biologique, tant s’en faut. Il est d’ailleurs intéressant de noter que certains des plus solides, en apparence, ont été à leur tour réfutés. On se souvient ainsi de l’argument de la taille des " fossiles " : le diamètre des formes observées, 20 à 50 nanomètres (millionièmes de mm), paraissait tout simplement insuffisant pour permettre de contenir les molécules complexes de la vie ; or, quelque temps plus tard, des chercheurs australiens exhibaient des microorganismes, bien de chez nous, de taille comparable ! Plus récemment, des travaux particulièrement sophistiqués ont permis d’affirmer que la météorite, malgré son aventure tourmentée, n’a pas vu sa température interne monter au-dessus de 40°C depuis la formation de sa roche constitutive (cf. notre récente nouvelle) ; ceci vient contredire l’objection selon laquelle les globules de carbonate présents dans la pierre se seraient formés à une température nettement plus élevée, incompatible avec la vie. Malgré tout, et même s’il n’y a pas véritablement consensus, l’opinion générale est que la thèse biologique n’est pas nécessaire pour rendre compte des observations.

Pourtant, une nouvelle pièce importante vient d’être apportée à l’édifice, cette fois en faveur de cette théorie. Elle est basée sur une analyse détaillée de microcristaux de magnétite. Cet oxyde de fer, Fe3O4, se présente dans ALH84001 sous forme de cristaux minuscules (10 à 200 nanomètres). Fait remarquable, il se trouve que sur Terre certains microorganismes, les bactéries magnétotactiques, produisent des cristaux semblables, qu’ils assemblent en chapelets et qui leur servent de minuscules boussoles ! Des cristaux non biogéniques existent également, mais ceux d’origine biologique s’en distinguent par leur forme, leur taille et par le fait qu’ils sont chimiquement purs et sans défauts. Dans quelle catégorie convenait-il de classer les magnétites d’ALH84001 ? Pouvait-on en déterminer précisément les propriétés et ainsi infirmer ou confirmer ce qu’avançaient les auteurs de l’article paru dans Science en 1996 ?

C’est la tâche à laquelle s’attela, pendant quatre ans, une équipe dirigée par Kathie Thomas-Keprta, associant des scientifiques de plusieurs universités et centres de recherche. Avec patience et minutie, ils examinèrent les microcristaux de magnétite inclus dans les fameux globules, puis parvinrent à en extraire environ 600, dont ils entreprirent d’étudier finement la composition et la structure cristallographique. Or leurs résultats montrent que le quart de ces objets sont effectivement identiques aux cristaux produits biogéniquement sur Terre. L’indice " magnétite ", l’un de ceux avancés par David Mc Kay et Everett Gibson, se trouve donc validé par cet important travail. La question n’en est évidemment pas tranchée pour autant ; par contre le dossier en sort renforcé, et si on réfute la thèse biologique, il faut expliquer comment de tels cristaux ont pu se former sur Mars sans l’intervention de microorganismes, alors que sur Terre cela n’est pas observé (on est certain que ces magnétites ne proviennent pas d’une pollution terrestre de la météorite, car ils ont été extraits des globules de carbonate). Si à l’inverse on admet la thèse biologique, on est amené à conclure que les mêmes causes (la pression de l’évolution dans des environnements terrestre et martien supposés semblables à l’origine) reproduisent vraiment les mêmes effets, au point de reproduire à l’identique, en deux lieux séparés, " l’invention " des magnétites. Même si de telles convergences existent dans notre biosphère (l’œil, l’aile ont été recréés à plusieurs reprises), cela n’en reste pas moins troublant. A moins d’invoquer une fertilisation interplanétaire par transport météoritique (cf. notre nouvelle d’il y a quelque temps) ?


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