SUPERBE TOUR DE FORCE DES INVESTIGATEURS
DE MARS GLOBAL SURVEYOR

La vaillante sonde, à l’œuvre en orbite martienne depuis deux ans et demi, et les équipes qui la mettent en œuvre avec un brio admirable, continuent à nous ravir par un flot de données et de découvertes d’une richesse extraordinaire. Indépendamment des surprises sans cesse renouvelées que nous valent la découverte des paysages martiens tellement variés (voir par exemple sur le site de MGS :
http://mpfwww.jpl.nasa.gov/mgs/index.html , les incroyables terrains en " fromage suisse " des zones polaires), l’interprétation des mesures physiques (altimétrie, thermographie infrarouge, gravimétrie, etc.) est aussi en train de faire progresser à grands pas notre connaissance intime de la planète et de son histoire.

Le dernier tour de force des scientifiques, presque " magique ", fait l’objet d’une publication dans la revue Science, dont les résultats sont présentés sur le site de MGS, sous la rubrique " Mars Global Surveyor Reveals the Internal Structure of Mars " : MGS révèle la structure interne de Mars. Visitez-le, ne serait-ce que pour la beauté des cartes qui y sont affichées ! En combinant les données d’altitude, fournies par le laser altimétrique " MOLA " et la mesure des petites variations locales de pesanteur provoquées par les irrégularités de répartition des masses du sous-sol survolé, fournies par l’interprétation des infimes variations de vitesse orbitale de la sonde, les planétologues ont en effet été capables d’évaluer l’épaisseur de la croûte du globe, et même d’identifier les traces souterraines de vastes chenaux d’écoulement aujourd’hui recouverts par les basses terres boréales. On a vu à travers le sol de Mars !

Épaisseur de la croûte selon le méridien de longitude O° ; le pôle Sud est à droite ;
les couleurs correspondent aux altitudes : rouge le plus haut, bleu le plus bas
(extrait de l’article de Science, 287, 1788-193, 2000, M.T.Zuber et al.).

Comme sur Terre (continents et fonds océaniques), la croûte de Mars se répartit en deux " provinces " : sous les hautes terres du Sud et sous la région volcanique de Tharsis, la croûte, d’une épaisseur d’environ 80 km, s’amincit progressivement en allant du Sud au Nord ; à l’inverse, les basses terres du Nord (et la région Arabia Terra des hautes terres du Sud) ont une croûte beaucoup plus fine, et d’épaisseur constante, de 35 km.

Ces observations permettent de rendre compte de l’altitude plus basse des plaines du Nord et de la présence des chenaux d’écoulement vers ces régions, tant en surface (ex. régions de Chryse et Kasei Valles) qu’en sous-sol, ces derniers pouvant s’être développés en environnement subaquatique, avant d’être comblés par des sédiments. Leur grande taille impliquerait une accumulation rapide d’eau dans cette zone.

Elles suggèrent également que les régions Nord, à la croûte fine, ont dû de ce fait connaître un flux thermique (dégagement de chaleur en provenance de l’intérieur de la planète) beaucoup plus intense que celui du reste du globe. Ce flux aurait entraîné un dégazage et une arrivée d’eau en surface, contribuant aux écoulements dont on observe les empreintes et à créer l’atmosphère primitive plus épaisse, plus chaude et plus humide dont on soupçonne l’existence dans une première partie de l’histoire de la planète (jusque vers –3,8 à –3,6 milliards d’années).

Quelques pièces essentielles sont en train de trouver leur place sur le puzzle de la géologie martienne !