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LA FRANCE DANS LA TOURMENTE DES RÉFLEXIONS DE LA NASA |
Les ingénieurs et chercheurs américains ne sont pas les seuls à souffrir de la douloureuse reconception de l’exploration robotique martienne imposée par le double échec de la fin de l’année dernière. Les responsables de la NASA, qui ne se sont pas satisfaits de la première proposition du Jet Propulsion Laboratory, limitée à un décalage de deux ans du plan initial, entendent tout " remettre à plat ". Ce faisant, ils ne s’encombrent guère de considérations diplomatiques dans certains des avis qu’ils émettent sur le projet de retour d’échantillons et sur la collaboration avec la France !
Ainsi considèrent-ils désormais que la mission, telle que projetée, est trop complexe et qu’elle n’a pas lieu d’être nécessairement considérée comme la pièce maîtresse du programme. Plus inquiétant encore, Ed Weiler, responsable de la science spatiale à l’agence, déclarait récemment : " je ne signerai pas pour un programme dans lequel un partenaire étranger joue un rôle critique "… tout en affirmant " qu’il était toujours favorable à une participation française, mais qu’il examinait des alternatives où la NASA serait moins dépendante du CNES ". On comprend le trouble que certains responsables français déclarent ressentir face à ce genre de comportement.
Il est vrai que le projet actuel est risqué. D’une part il met en œuvre certaines technologies peu ou pas éprouvées : aérocapture, rendez-vous automatique en orbite martienne, poursuite laser des capsules d’échantillons… Faut-il prévoir une répétition, une mission " à blanc " ? D’autre part, contrairement aux expéditions passées de cette envergure (Viking, Voyager), il n’est pas totalement redondé. Les Américains voudraient le simplifier, par exemple en effectuant un retour direct vers la Terre… en se dispensant de l’orbiteur du CNES. Mais comment pourraient-ils y parvenir sans augmenter considérablement les masses ? La technique de production d’ergols " in situ " n’est ni mature, ni vraiment adaptée à un véhicule léger.
Et puis, la NASA peut-elle se dispenser de l’apport financier non négligeable que représente la participation de la France au programme ?
Souhaitons que les réflexions intenses en cours permettent au réalisme technique et politique de l’emporter et conduisent à un programme robotique consolidé, dans lequel la France n’aura pas été découragée de s’impliquer. Ceci devrait prendre encore plusieurs mois.