Un " microscope " de haute technologie le démontre :
Le voyage Mars-Terre en météorite est possible  !

La fameuse météorite martienne ALH84001, qui a tant défrayé la chronique suite à la thèse de David McKay et de ses collègues, prétendant y avoir décelé de nombreux indices biologiques, ne saurait pour autant être considérée avec dédain comme le témoin d’errements de la démarche scientifique. Loin de là ! Peu d’objets, en effet, auront été analysés de façon aussi approfondie et " sous toutes les coutures ", au moyen d’un vaste éventail de méthodes, parmi les plus puissantes de la physique moderne. La finesse et la sensibilité requises pour les investigations, la taille nécessairement minuscule des échantillons sacrifiés, et la subtilité des investigations ont conduit les très nombreux laboratoires impliqués à mettre en œuvre les instruments les plus puissants et les techniques les plus avancées. Les résultats récemment publiés dans Science par Joseph L.Kirschvink et ses collègues, avec la collaboration des scientifiques de l’Université Vanderbilt Franz J.Baudenbacher et John P.Wikswo, en constituent une illustration particulièrement brillante.

Franz Baudenbacher devant son microscope (Photo: Neil Brake, Vanderbilt University)

Il se trouve que ces derniers ont mis au point, en vue essentiellement de recherches médicales, un " microscope " magnétique, c’est-à-dire un instrument capable de dresser la carte du champ magnétique d’un échantillon (en l’occurrence des fragments de tissus biologiques). La finesse de sa " vision " est extraordinaire puisqu’il distingue des variations de champ sur une échelle spatiale inférieure au millimètre, avec une sensibilité de l’ordre du millionième de la valeur du champ magnétique terrestre ! L’exploit technologique ayant permis un tel niveau de performances peut être perçu au travers de quelques chiffres : bien que l’appareil mesure près de deux mètres de haut, la bobine d’induction qui lui sert de détecteur -" l’objectif " de ce curieux microscope- est constituée d’un noyau en saphir d’un demi-millimètre seulement, autour duquel est enroulé un fil de niobium bien plus fin qu’un cheveu. Le tout doit fonctionner à quelques degrés au-dessus du zéro absolu, mais en s’approchant cependant à quelques dizaines de microns seulement de l’échantillon qui, lui, doit être maintenu à température ambiante ! Pour y parvenir : un " hublot " en saphir de 25 microns d’épaisseur seulement (un quart de dixième de millimètre), ainsi soumis à une variation de température entre ses deux faces de 100000 degrés par millimètre !

Joseph L.Kirschvink, qui se trouvait en possession d’échantillons de la précieuse pierre, comprit rapidement qu’il pourrait, grâce à cet extraordinaire appareil, recueillir d’importantes informations sur l’histoire thermique de celle-ci. En particulier, il devait lui être possible de déterminer si, comme il était assez communément admis, une telle météorite, arrachée brutalement du sol d’une planète par un impact astéroïdal, devait voir sa température s’élever, à cœur, à des températures stérilisantes pour d’éventuels microorganismes. De fines lamelles, d’environ 1 mm d’épaisseur, furent découpées dans les échantillons et examinées. Les scientifiques constatèrent que leur champ magnétique était désordonné, changeant de direction à l’échelle de quelques millimètres, ce qui peut s’expliquer par des phénomènes divers advenus avant l’arrachage de la surface de la planète. Puis, quelques spécimens furent portés à 40°C pendant 10 minutes avant d’être ramenés à température ambiante au sein d’une enceinte amagnétique (garantissant un champ magnétique nul). En réexaminant ces lamelles, les chercheurs découvrirent que leur carte magnétique avait été fortement modifiée, voire effacée. Déduction : l’éjection de la météorite n’a pas conduit sa température interne à monter au-dessus de 40°C. Conclusion : d’hypothétiques microorganismes martiens pourraient avoir voyagé de Mars à la Terre, car le choc de l’arrachement ne conduit pas à stériliser le cœur du matériau.

Il convient d’en rester strictement à cette conclusion, déjà très significative en elle-même pour l’astrobiologie. Il convient surtout d’admirer la maîtrise des chercheurs qui ont construit le microscope magnétique et ont mené à bien cette investigation. Une fois de plus, on voit là combien les questions posées par la découverte de Mars nous poussent aux extrêmes de nos savoir-faire et de notre ingéniosité.


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