LA NASA À NOUVEAU DANS LA TOURMENTE

Mauvaise passe pour l’agence spatiale américaine, affrontée à la fois aux orientations politiques de la nouvelle administration et à de nouveaux surcoûts pour le programme de la station spatiale internationale.

Le président Bush affirme d’emblée, à l’occasion du projet de budget 2002, sa volonté de mettre en application les axes de son programme politique. Le principe directeur est d’utiliser les excédents budgétaires retrouvés pour réduire les impôts de façon significative. La tendance n’est donc pas à l’augmentation des dépenses ! L’an dernier, à l’inverse, le président Clinton avait demandé -et obtenu du Congrès- un accroissement impressionnant de l’effort de recherche dans la plupart des secteurs scientifiques. Il était alors reconnu que la nation américaine devait mettre à profit sa prospérité du moment pour préparer sa prospérité future, qui repose sur l’innovation technologique, et donc sur la recherche. Dans le présent projet, machine arrière ! D’autant que, nonobstant la politique de réduction des impôts, l’administration souhaite accroître très significativement les dépenses de défense. Résultat : l’espoir de progression durable soulevé par le budget de l’an dernier est cruellement déçu. Seules les dépenses de recherche médicale devraient continuer à croître fortement (la population vieillit et le progrès de la médecine devient un préoccupation de plus en plus importante). Dans tous les autres secteurs, c’est la stagnation qui est proposée ; pour la NASA, le budget demandé présente une hausse limité à 2 %, c’est-à-dire couvrant à peine l’inflation…

piège à milliards… (doc. NASA)

Or, dans le même temps, l’agence spatiale a refait les comptes de la station spatiale et s’est trouvée obligée d’annoncer qu’en l’absence de mesures draconiennes, un nouveau dépassement du budget à l’achèvement de 4 milliards de $ était à prévoir ! Principales raisons mises en avant : sous-estimation du coût de développement du software, défaillances du coopérant russe, dépassement des dépenses du maître-d’œuvre (Boeing). Cette situation ne peut être acceptée par le Congrès, qui avait fixé à 25 milliards le montant maximum de la facture. Conséquence : l’agence se voit contrainte :

-D’une part de " réduire la voilure " du projet : suppression du module d’habitation US, du véhicule de secours (entre autres), avec la conséquence que la station ne pourra plus être habitée par 6 astronautes simultanément, mais par 3 seulement, ce qui conduit ipso facto à réduire sa " productivité " scientifique, déjà fort contestée…

-D’autre part de sacrifier au monstre un certain nombre de malheureux programmes, pourtant bien innocents vu leur taille comparative…

En ce qui concerne l’exploration de Mars, le programme robotique n’est pas touché. Il reste au contraire fermement soutenu, la NASA devant répondre à la soif de données provoquée par les fabuleuses découvertes de MGS et se devant, surtout, de faire oublier son double échec de fin 99. Par contre, les " petits " programmes de recherche contribuant à préparer la future exploration humaine sont directement menacés. Compte tenu de leur modestie et du peu d’assise politique dont ils disposent encore, ils représentent une cible facile, sur laquelle l’administration aux abois n’hésite pas à se jeter. Parmi ceux-ci, deux efforts d’intérêt majeur : le programme Bio-Plex de simulation d’un habitat avec environnement clos (recyclé), dont nous avons parlé dans une nouvelle récente, et le programme VASIMR, qui porte sur une technologie révolutionnaire de propulsion par plasma d’hydrogène, promettant de réduire la durée de trajet vers Mars à 3 mois ! (dont nous parlerons prochainement).

architecture du Bio-Plex (doc. NASA) le concept VASIMR de fusée magnéto plasmique à hydrogène (doc. NASA)

Au-delà du retard induit sur la préparation de l’exploration humaine de Mars, l’arrêt de ces programmes, qui ne coûtent pourtant aux contribuables américains que moins du centième de ce qui se dépense pour la station, constituerait un véritable gâchis, car ils portent sur des technologies génériques, dont les promesses sont multiples et dépassent largement le cadre martien. Ce serait aussi une belle démonstration de politique de gribouille, puisque la NASA vient juste de créer un bureau chargé " de l’exploration humaine et du développement de l’activité humaine dans l’espace " (HEDS), doté la première année de 20 millions de $. D’ailleurs, ses responsables, et Dan Goldin lui-même, n’ont-ils pas souvent souligné que la mission fondamentale de l’agence était l’accession de l’Homme au système solaire ?

Ce n’est pas le premier " coup de Trafalgar " auquel la science spatiale américaine doit faire face. Chaque année, pratiquement, l’élaboration du budget fédéral voit des vautours se proposer de dépecer le budget de la NASA, qui se trouve d’ailleurs en concurrence directe (c’est une curiosité) avec ceux des anciens combattants et de l’aide au logement ! Mais, fort heureusement, ce qui est proposé n’est en général pas ce qui est finalement voté ; on a déjà vu une proposition de coupe de plus d’un milliard se muer en une augmentation de près 500 millions ! Le pouvoir est réellement partagé entre l’exécutif et le législatif et les groupes de pression ont le temps de faire valoir leurs arguments. Parmi ceux-ci, bien entendu, la Mars Society entend donner de la voix et appelle tous ses sympathisants à se mobiliser. Souhaitons-leur courage, ténacité et bonne chance.

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