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VOULOIR LA LUNE |
Ce qu’a dû réaliser Apollo : créer 3000 tonnes de technologies en quelques années, pratiquement à partir de rien !
(doc. NASA)Ce 25 mai, nous célébrons le 40ème anniversaire de la déclaration historique du Président Kennedy, qui assignait aux États-Unis l’objectif incroyable de mettre le pied sur la Lune en moins de dix ans. Rappelons-nous d’abord de ce que représentait un tel défi : à cet instant de l’histoire, les fusées américaines étaient encore la risée du public par leurs échecs répétés ; les moteurs à hydrogène–oxygène liquides, indispensables à l’entreprise, n’existaient pas ; l’expérience des vols spatiaux était minime (les américains n’avaient encore effectué qu’un saut de puce de quinze minutes) ; et nous ne connaissions la Lune que télescopiquement (les Cassandre d’alors prédisaient d’ailleurs que les explorateurs seraient engloutis dès leur atterrissage dans une épaisse couche de poussière…).
Aujourd’hui, se donner Mars comme objectif de la prochaine entreprise spatiale de l’Humanité est, malgré l’éloignement bien plus grand, un acte nettement plus " raisonnable " : nous possédons les techniques de propulsion, nous avons observé Mars à maintes reprises, de très près, nous avons fait voler plus de 400 astronautes ou cosmonautes, jusqu’à 18 mois… Par ailleurs, alors qu’Apollo n’était qu’une décision de guerre froide, Mars s’impose comme un pôle d’attraction scientifique désormais majeur, drainant une riche communauté de planétologues, géologues, climatologues, biologistes… tandis que l’engouement du public pour la planète et pour l’aventure de son exploration ne fait que se développer.
Ceci étant, si Outre-Atlantique le choix de Mars s’impose presque comme une évidence, en Europe -et en France en particulier- les partisans du retour à la Lune sont plus nombreux à se faire entendre. Des voix institutionnelles n’hésitent pas à se prononcer en sa faveur, au risque de faire figure de " francs-tireurs " sur la scène internationale. Nous avons ainsi été particulièrement surpris de constater que le rapport de la commission parlementaire du sénateur Revol sur la politique spatiale française faisait, dans la partie où il traite de l’avenir de l’Homme dans l’Espace (§ 6.3 de la Partie I/III), la part belle aux partisans de la Lune : Mars est escamotée en quelques lignes (trop dangereux), tandis que les atouts de la Lune sont développés sur deux pages ! Et la Société des Explorateurs Lunaires bénéficie d’une promotion, tandis que de la Mars Society, pas un mot ! On aurait aimé trouver, pour le moins, une comparaison des avantages et inconvénients des deux objectifs. Cette formulation nous a amenés à interpeller le sénateur lors de la conférence de présentation à laquelle il nous avait aimablement invités, au Sénat, le 21 mai (conférence animée par Alain Cirou, directeur de la revue Ciel & Espace). Il nous a rassurés : " il n’est pas question qu’un rapport parlementaire prenne position à ce sujet "… Mais alors, pourquoi risquer, par cette rédaction, de renforcer la réputation d’arrogance des français ? Car il faut bien l’admettre, sauf bouleversement de la scène internationale, ce n’est pas la France, ni même l’Europe, qui décideront. Tout ce que nous devons ambitionner, c’est de défendre, pour nos communautés scientifique et industrielle, la place qu’elles méritent dans cette grande aventure de demain.
Mise en perspective : les voisines, photographiées par Mars Odyssey, quelques jours seulement après son envol… (doc. NASA/JPL)
Attention aux erreurs de perspective : un objectif purement scientifique n’est pas vendable. Or, la découverte de Mars est quand même plus " excitante " pour le public que le retour à la Lune ! Imaginons la réaction du chauffeur de taxi new-yorkais qui apprendrait qu’on va lui demander des dizaines de milliards de $ pour refaire ce qui a déjà été accompli 40 ans auparavant ! Impossible remake : le public veut du nouveau et, surtout, de l’aventure, de la découverte, du suspense, des exploits. La NASA l’a bien compris : Dan Goldin, son (encore) actuel patron, affiche clairement l’arrivée de l’Homme sur Mars comme objectif du prochain grand programme, après celui de la Station Spatiale.
Projet de radiotélescope lunaire
(doc. NASA)L’Homme retournera sur la Lune, aucun doute là-dessus, ne serait-ce que pour installer sur sa face cachée, protégée de la pollution électromagnétique terrestre, un radiotélescope ultrasensible. Si, pour des motivations à la fois scientifiques, politiques et sociétales, nous croyons à la supériorité de l’objectif Mars, nous exprimons notre respect et notre sympathie pour les amoureux de l’astre de la nuit et pour ceux qui optent pour la Lune " parce que c’est plus facile ". Notre conviction sur le destin de l’Homme dans l’Espace, en fin de compte, n’est-elle pas la même ?
Richard Heidmann, président de l’association " Planète Mars "
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