MARS : UNE THÉIÈRE ?

L’origine des écoulements " frais ", dont les traces ont été observées récemment sur de nombreux flancs de cratères et de vallées martiennes, demeure inexpliquée, ou pour le moins très controversée. Le caractère récent de ces formations n’étant pas mis en doute (même si la notion de récent reste forcément floue), le problème est d’identifier le mécanisme ayant conduit à leur mise en place. Les scientifiques n’ont pas manqué d’imagination ! Leurs propositions vont d’écoulements d’eau ou de saumures surgissant du percement de nappes souterraines, mobilisées par un réchauffement local du sous-sol ou par une période climatique plus clémente, à celles du dégazage brutal de dépôts de glace carbonique, en passant par des ravinements provoqués par la fonte de précipitations neigeuses… Aucune des hypothèses n’est vraiment satisfaisante. Soit elles impliquent des phases climatiques récentes très différentes de ce que l’on constate actuellement, ce qui n’est pas exclu mais reste néanmoins difficile à expliquer, soit elles conduisent à considérer des phénomènes physiques relativement exotiques en ce qui concerne les échanges entre l’atmosphère et le sol et la circulation des fluides dans le sous-sol.

 
(doc. MSSS)

Et voici encore un nouveau schéma, celui de la théière, proposé par des scientifiques de l’Université Wesleyan (Connecticut), Gilmore et Stopper. Ceux-ci ont analysé les 23 photos à haute résolution montrant de tels sites sur les flancs de la vallée Dao Vallis. Collection particulièrement intéressante, du fait de la variété des terrains traversés (et exposés) par cette vallée : couches de laves superposées sur de grandes épaisseurs dans la région du volcan Hadriaca Patera, couches sédimentaires mélangées à des strates de lave ou de débris d’impact, zones de débris non structurées près du grand bassin d’impact d’Hellas. En comparant ces différentes zones, ils ont fait l’observation suivante : les ravinements se produisent essentiellement dans les zones présentant une stratification de couches volcaniques ; à l’inverse, ils sont absents dans les zones de débris non structurées. Gilmore et Stopper en déduisent que ces formations nécessitent la présence de couches volcaniques imperméables pour apparaître et proposent en conséquence l’hypothèse du mécanisme " de la théière " pour leur génération. L’eau présente à des grandes profondeurs serait soumise à évaporation sous l’action de la chaleur interne de la planète. Migrant à travers les pores du sous-sol, la vapeur circulerait vers le haut et finirait pas se condenser et s’accumuler (sous forme de glace) dans les couches froides proches de la surface. A l’occasion d’une période de réchauffement climatique ultérieure, cette glace fondrait et l’eau percolerait vers le bas, jusqu’à rencontrer une couche imperméable, le long de laquelle elle s’écoulerait alors latéralement, pour finir éventuellement par surgir sur un flanc de vallée ou de cratère, où par y former un bouchon de glace.

L’intérêt de cette théorie est de permettre de rendre compte des ravinements que l’on trouve sur des pics centraux de cratères, c’est-à-dire à des endroits où on ne peut invoquer la présence d’aquifères pour leur alimentation. A l’inverse, comme bien d’autres, elle implique l’existence de ces fameuses périodes de réchauffement. Un indice de plus en faveur de la réalité de celles-ci, que d’autres observations, comme celles de signes d’activité fluviale apparemment récente à l’échelle géologique, semblent étayer ? Ou bien, s’agit-il encore d’une fausse piste ?

La difficulté de trancher dans cette affaire, comme dans celle des terrains sédimentaires et de beaucoup d’autres concernant la géologie martienne, ne doit ni nous surprendre, ni nous décourager ; quelles que soient la qualité des photos de MGS, la prouesse qu’elle représente, et la valeur des analyses qui en sont faites, ce ne sont que des photos ! Si bien que la progression de nos connaissances se traduit autant par l’émergence de nouvelles questions que par l’acquisition de données. Pour résoudre ces énigmes, affiner notre compréhension de l’histoire de ce monde et des mécanismes qui en gouvernent l’évolution, c’est du travail de géologues de terrain dont nous avons de plus en plus besoin. Et pas en ramassant à la va-vite quelques échantillons, mais en procédant, au cours de missions de longue durée et répétées, à une étude extensive des sites les plus significatifs de la planète.


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