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ABANDON DE POSITION STRATÉGIQUE |
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Sous l'impulsion énergique de Claude Allègre, la France a affiché l'ambition de devenir un acteur majeur dans la grande aventure scientifique et technologique de l'exploration robotique de la planète Mars. Au prix d'efforts courageux, non seulement en termes de planification budgétaire, mais aussi sur le plan politique, le CNES a élaboré un programme prévoyant la participation de la France à hauteur de 20 à 25 % dans l'ambitieuse mission de retour d'échantillons, avec responsabilité d'un élément critique, l'orbiteur, et lancement par Ariane V. Initialement, la mission devait décoller en 2005, ce que la plupart des observateurs s'accordaient d'ailleurs à considérer comme audacieux, compte tenu de la difficulté et du degré d'innovation technologique du projet (en particulier aérocapture et récupération des containers d'échantillons en orbite martienne). ![]() Le projet originel de l'orbiteur de la mission de retour d'échantillons (doc.CNES) A la suite du double échec de ses sondes robotiques fin 99, la NASA a été amenée à réviser sa planification, à appliquer plus de réalisme dans la préparation des missions et à y consacrer des budgets plus importants (notons à ce propos que ce double échec n'a pas conduit à un ralentissement de l'exploration martienne, mais bien à un accroissement des moyens, la NASA ne pouvant se permettre de nouveaux fiascos). Dans ce contexte, la mission de retour d'échantillons a été considérée comme trop périlleuse et repoussée à une date ultérieure. Les français se seraient trouvés heureux d'un report de 2 ou 4 ans, car à l'époque on constatait déjà le caractère peu réaliste de la planification initiale, tandis que l'accroissement du devis faisait craindre pour sa faisabilité budgétaire ; un étalement était donc le bienvenu. Mais dans l'esprit des Américains, il s'agissait de bien plus que cela, d'une véritable remise en cause, accompagnée d'un report à une date indéterminée, située plutôt en 2011, voire 2014… Dans le même temps, avec leur manque de vergogne habituelle, ils reconsultaient leurs industriels pour remettre à plat la conception de la mission… Dans cette ambiance de coopération pour le moins inconfortable, le CNES a réussi à maintenir le cap ; puisque la mission était reportée, on en profiterait pour lancer une mission préliminaire permettant à la fois de valider la nouvelle technologie d'aérocapture, extrêmement délicate, et pour réaliser le programme Netlanders (atterrissage d'un réseau de quatre sondes). La date de 2005 a néanmoins été définitivement rejetée ; on parlait désormais de 2007, voire 2009 ; mais cela n'était pas critique, vu le report important du retour d'échantillons lui-même. Le coût total du programme augmentait, mais la charge budgétaire annuelle était contenue. Compte tenu des craintes sur l'ambition du premier planning, cette réorientation ne pouvait que rassurer. Malheureusement, l'approfondissement des études du projet a conduit à une forte hausse du devis industriel… à tel point que la direction du CNES a fini par prendre la décision capitale d'abandonner le développement de l'aérocapture dans le cadre de la mission préliminaire. Ce faisant, celle-ci perdait son double statut de mission scientifique et technologique. L'intérêt scientifique demeurait, mais l'abandon du créneau de l'aérocapture constituait un recul considérable pour la science spatiale française. Nous perdions l'opportunité de devancer les Américains sur une technologie à la fois promise à un grand avenir applicatif et extrêmement porteuse en progrès techniques (matériaux, aérodynamique, automatique). Ce qu'une décision politique courageuse avait permis d'entrevoir, une autre le transformait en espoir déçu… Restait donc cette mission, appelée désormais Mars Premier, héritage fragilisé par un double recul (en délai et en contenu). ![]() L'aérocapture : une technique d'avenir pour l'astronautique (doc.NASA) C'est dans cet historique, plus que dans le récent changement de gouvernement, qu'il faut à notre avis situer l'origine des nouvelles attaques dont le programme est maintenant l'objet et dont la presse s'est faite l'écho. L'évolution du budget du CNES est plafonnée, des choix difficiles sont à faire, et il est évident qu'un projet déjà " décalcifié ", qui plus est lancé aux forceps face à des opposants inquiets de la part d'efforts qu'il allait mobiliser aux dépens de domaines applicatifs à court terme, constitue une proie facile… On ne parle pas cependant pas d'abandon ; la direction du CNES envisagerait volontiers, semble-t-il, une européanisation du projet, dans le cadre du programme AURORA. Mais ce programme lui-même, dont l'objet est de préparer l'Europe à l'exploration robotique et humaine du système solaire, n'ambitionne pas de réalisations à court terme ; il est, dans sa phase de démarrage, très modestement doté : 14 millions d'euros sur 3 ans, un budget sans rapport avec le lancement d'une telle mission ! Et le programme scientifique de l'Agence spatiale européenne, lui-même récemment sévèrement mis sous contrainte, ne permet sans doute pas d'absorber telle quelle une telle opération. Façon de botter en touche de la part de la France ? Notre enthousiasme pour Mars ne nous rend certainement pas insensibles aux difficultés qui se présentent à l'Etat et au CNES dans leurs choix budgétaires. Pourtant, ce qui nous paraît éminemment regrettable dans ce cas précis, c'est ce double recul conduisant à l'abandon d'une position stratégique durement acquise sur le front de la science spatiale de pointe, après y avoir engagé nos meilleures forces scientifiques, industrielles et institutionnelles. Une opportunité aussi exceptionnelle risque de ne pas se représenter avant longtemps. Devons-nous nous résigner, dans ce domaine comme dans bien d'autres hélas, à n'être définitivement plus que des spectateurs des performances des ingénieurs et savants américains ? Quelle angoissante perspective pour notre statut de " grande nation ". Souhaitons que tous ceux qui se battent encore, à tous les niveaux, finissent par convaincre. Richard Heidmann
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