MARS, REFUGE DE LA VIE ?

Comment a commencé la vie ? C’est une des questions fondamentales de la science contemporaine ; mieux la comprendre aura sans aucun doute des conséquences importantes, non seulement dans le domaine de la biologie, mais aussi sur la vision de notre place dans l’univers.

On trouve des traces de vie sur Terre dès moins 3,8 milliards d’années (Gans), c’est-à-dire dès la fin de l’époque du bombardement astéroïdal intensif. Mais certains scientifiques, dont le professeur Norman Sleep, de l’université de Stanford, font l’hypothèse qu’elle a pu en fait éclore bien plus tôt encore, au cours de cette période d’impactisme nourri, qui a duré 700 millions d’années. Ils se basent sur les observations suivantes. Il est vrai que les chutes les plus importantes, celles de corps célestes de quelques centaines de km de diamètre, ont rempli l’atmosphère de vapeur de roches et d’eau et vaporisé plus ou moins totalement les océans, conduisant à une stérilisation absolue et globale de la surface de la planète. Pourtant, des organismes qui auraient trouvé leur niche dans les profondeurs du sol, où l’échauffement de l’impact était limité, ou dans des sites hydrothermaux (et donc capables de résister dans un reste de mer portée à ébullition), auraient pu survivre à un tel enfer. Et le calme revenu, l’évolution reprenant son œuvre, la vie aurait refleuri sur le globe. A une condition : que les périodes de relative hospitalité durent suffisamment, eu égard à la vitesse de développement des formes de vie.

Or, le professeur Sleep fait remarquer que les impacts réellement stérilisants n’ont pas été nombreux au point de bloquer définitivement l’expression de la vie. On estime en effet ce nombre à une vingtaine, ce qui conduit, en moyenne, à des périodes de rémission (quand même ponctuées d’impacts redoutables !) de plusieurs dizaines de millions d’années. Une durée suffisante, selon eux, pour voir la vie (microbienne à l’époque) foisonner à nouveau. Un autre indice, biologique celui-ci, milite en faveur de cette thèse d’une vie apparue précocement et renaissant incessamment à partir d’espèces résistantes à la chaleur : deux des trois grandes branches de la vie sur Terre : les archaebactéries et les bactéries, ont selon toute apparence une origine thermophile, celle d’êtres capables justement de résister à ces impacts majeurs. L’origine des eucaryotes (cellules à noyaux) est moins facile à situer.

Durant ces centaines de millions d’années chaotiques, la vie aurait donc pu survivre à partir de ses refuges des profondeurs. Mais une autre possibilité est désormais reconnue, celle du transfert d’organismes entre la Terre et Mars, dans les deux sens. C’est la vieille hypothèse de la panspermie qui est remise d’actualité, à la suite particulièrement de l’affaire de la météorite martienne ALH84001. Le développement de nos connaissances et des expériences de laboratoire (dont celles de notre ami Claude-Alain Roten, biologiste suisse qui étudie la survie de microbes " voyageant " dans des balles de fusil…) conduisent aujourd’hui à admettre qu’à l’intérieur de météorites éjectées dans l’espace interplanétaire et atterrissant sur une planète voisine, des microorganismes sont capables de survivre. Ainsi, la vie pourrait être apparue sur Mars, ou, à l’inverse, Mars a pu être " contaminée " par la Terre et servir de refuge à l’occasion des dévastations de l’ère de l’impactisme cataclysmique…


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