Le premier prix Albert Ducrocq est décerné à Christian Lardier


Juillet 2003

Christian Lardier et Hubert Curien
Au Musée de l'Air et de l'Espace le 21 juin, Hubert Curien a remis à Christian Lardier, membre fondateur de notre association et chroniqueur spatial bien connu d'Air et Cosmos, le prix " Albert Ducrocq " décerné par l'Association Aéronautique et Astronautique de France (AAAF). Michel Scheller, président de l'AAAF, a rappelé que ce prix, remis pour la première fois, est destiné à récompenser ceux qui avec compétence, clarté et passion communiquent au plus grand nombre, grand public ou spécialistes, jeunes ou adultes le Savoir spatial. Le jury, présidé par le ministre Hubert Curien, a donc décidé, pour cette édition, de récompenser notre ami Christian Lardier qui avait rejoint, dès l'âge de treize ans, le Cosmos Club de France fondé et présidé par Albert Ducrocq, puis appris le russe pour mieux suivre dans les publications originales toute la partie de la conquête de l'espace due à l'URSS d'alors. Christian est ensuite devenu journaliste et écrivain. Il est maintenant le compagnon hebdomadaire des artisans du spatial au travers de ses articles dans Air et Cosmos où il est chef de rubrique Espace. Dans son discours de remerciement, Christian a rappelé tous les efforts qu'il consacre aux associations auxquelles il appartient : L'AAAF et ses commissions Histoire et Propulsion, l'Institut Français de l'Histoire de l'Espace qui vise à conserver pour la postérité les archives spatiales françaises, plus particulièrement les archives personnelles. Christian a aussi déclaré que l'Association Planète Mars est pour lui " quelque part une renaissance du Cosmos Club de France d'Albert Ducrocq " avant d'ajouter " Planète Mars c'est le futur, c'est là qu'il faut aller " et de rappeler qu'Albert Ducrocq avait prononcé sa dernière conférence publique le dimanche 30 septembre 2001 au Palais de la Découverte en conclusion du premier colloque européen organisé par l 'Association dont il était le président d'honneur.

Profitons de l'occasion donnée par cette remise de prix pour relire cette intervention que le public du colloque applaudit debout.

Dimanche 30 septembre 2001

ALLOCUTION DE CLÔTURE

par Albert Ducrocq, Président d'honneur

Mon intervention, après cette très intéressante manifestation (j'ai apprécié beaucoup d'exposés, c'était enrichissant et sympathique), mon intervention sera essentiellement axée sur deux souvenirs.

Le premier, c'était au lendemain de la guerre, quand j'étais jeune élève de l'École des Sciences Politiques, et que la question était posée : eh bien ! maintenant qu'il n'y aura plus de guerre, quel but pour l'Humanité ? Et j'avais évidemment proposé comme sujet ce que l'on appelait à l'époque la navigation interplanétaire, disant ceci : jusqu'à présent, les hommes n'avaient eu comme objectif que de s'opposer les uns aux autres ; si vous voulez qu'ils ne s'opposent plus, il faut leur proposer un but extérieur à la Terre. Et un objectif, en l'occurrence passionnant, je dirais presque la vocation de l'Homme qui, étant apparu sur la Terre, ayant la conscience, la pensée, veut connaître, comprendre l'Univers. Au début du vingt et unième siècle, il faut, je pense, tenir le même langage. Mais avec une nuance : pour moi, le débarquement sur Mars n'est pas une éventualité, c'est une nécessité (applaudissements enthousiastes de la salle). C'est une nécessité sur le plan scientifique compte tenu de l'importance de la Science, qui commande l'industrie, qui commande la vie des hommes. L'impact scientifique des opérations pilotées sur la Lune a été, en fait, considérable. À divers titres par les roches rapportées et, on n'en parle jamais, par le fait que les astronautes ont mis en place des réflecteurs laser, qui continuent à fonctionner aujourd'hui et qui nous donnent toujours la distance Terre-Lune avec une précision millimétrique. Il faut présumer que l'impact scientifique d'une arrivée de l'Homme sur Mars sera immense ; mais il le sera certainement sur un point précis : la compréhension d'une planète qui est née comme la Terre, au même moment, et qui a eu son évolution propre. C'est particulièrement important, je dirais c'est urgent, compte tenu du fait que, actuellement, il ne peut y avoir six milliards d'hommes sur la Terre que parce qu'il y a une industrie, et cette industrie transforme la Terre. Et au vingt et unième siècle, le problème majeur sera de gérer la Terre, de la gérer judicieusement ; et cela ne sera possible que si vous avez une compréhension du phénomène planète. Les arguments de prix et de raison pourraient, d'une certaine manière, être considérés comme secondaires lorsque l'on pose la question : quelles raisons y a-t-il eu de faire la seconde guerre mondiale ? Et son prix a été très supérieur à celui d'une mission vers Mars ! Je pense que le vol piloté vers Mars aurait été possible au vingtième siècle. Un programme avait été proposé par Von Braun, qui a été finalement repoussé. Von Braun est mort en 1976 ; je suis sûr que, si son programme avait été accepté, il aurait eu la force de le réussir. Il se serait agi toutefois d'un programme de type Apollo, alors que, au vingt et unième siècle, ce qu'il s'agit de réaliser, c'est le débarquement, c'est-à-dire l'Homme qui arrive là-bas avec les moyens pour rester et pour utiliser les ressources de Mars pour la création d'une base in situ. Et un débarquement qui doit être concis comme l'étaient, sur le plan militaire, les débarquements de la seconde guerre mondiale ; il y a le même problème stratégique. Dans un débarquement comme celui de Normandie, il s'agissait d'abord de collecter des données pour savoir ce que les alliés trouveraient comme défense des côtes. Il n'y avait pas de port utilisable par les alliés, mais ils ont construit des ports et ils les ont apportés avec eux. Le débarquement sur Mars nous mettra en présence d'un milieu hostile pour d'autres raisons, hostile en raison des conditions physiques (et d'abord une température très basse), mais vous aurez la même logique : il s'agira d'arriver avec des moyens considérables. Plusieurs projets ont été discutés dans le cadre de ce symposium ; il ne s'agit pas de les opposer, de les comparer : tous auront leur place au même titre que, dans un débarquement militaire, il ne s'agissait pas d'opposer telle unité à telle autre, d'opposer l'aviation à la marine. Au début il s'agira certainement de transporter un tonnage considérable, l'objectif étant, lorsqu'il y aura une base martienne, que l'on puisse se contenter d'envoyer des hommes, pour la relève des équipages, et d'envoyer, ce qui ne coûte pas d'énergie, de l'information. Voilà le premier souvenir que je voulais évoquer.

Le deuxième, que je ferai très brièvement, concerne ces lieux mêmes. À ma connaissance, le premier orateur qui, en France, a essayé de rassembler des forces pour l'astronautique, s'est nommé Alexandre Ananof. Alexandre Ananof était au Palais de la découverte lors de sa création. Il parlait dans ce que l'on appelle aujourd'hui la salle du Soleil, celle où, hier, nous avions des exposés techniques. Il parlait et, pour la plupart des personnes, ses propos étaient des plaisanteries … Après la seconde guerre mondiale, Ananof réunissait justement tous ceux qui s'intéressaient à l'astronautique à la Sorbonne. Et il y avait des réunions chaque troisième vendredi du mois; dans une de ces réunions, nous avons reçu Audoin Dollfus, ici présent. Et, longtemps, le vol interplanétaire paraissait une utopie. Mais tout d'un coup, en 1957, nous avons eu une étincelle, nous avons eu un déferlement d'événements et, douze ans après, l'Homme était sur la Lune ! Cette assemblée, créée par Ananof, avait donné une culture, une culture astronautique, comme vous donnez aujourd'hui une culture astronautique. Et c'est ça l'essentiel, car l'argent et les raisons, on les trouvera toujours si on le veut.

Nous ne savons pas ce que le vingt et unième siècle nous réserve, mais je vous assure que vous verrez cette étincelle et vous verrez le déferlement vers Mars !


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