Une vie souterraine sur Mars ?


Septembre 2003

La vie pourrait bien exister de nos jours sur Mars, cachée dans les profondeurs de la planète, dans des poches d'eau souterraines. Voilà pourquoi de nombreux scientifiques sont à la recherche de formes de vie extrêmes sur Terre afin de déterminer les limites environnementales au développement d'un biotope. Un groupe d'experts a présenté les résultats de ses travaux et les expériences à venir lors de la sixième convention internationale de la Mars Society qui s'est tenue du 14 au 17 août à Eugene, dans l'état de l'Oregon.

La rivière Rio Tinto
image : Carole Stocker / NASA Ames

Pour ce groupe de chercheurs la route vers Mars commence à Rio Tinto, une rivière du sud-ouest de l'Espagne. A partir de mi-septembre des scientifiques et des ingénieurs de la NASA et de plusieurs universités américaines rejoindront les chercheurs du centre espagnol pour l'astrobiologie pour participer au projet MARTE (Mars Analog Research and Technology Experiment = expérience de recherche et de technologie dans des conditions analogues à Mars).

L'objectif est de montrer comment de futurs systèmes robotiques pourraient réaliser des forages profonds et remonter des échantillons biologiques martiens.

L'eau de la rivière Rio Tinto a la particularité d'être rouge ! Cette couleur est causée par le fer dissout dans une eau hautement acide. Le plus curieux est que cet environnement extrême est maintenu en l'état par un écosystème composé de microbes qui mangent des minéraux sulfureux et excrètent de l'acide sulfurique.

Il pourrait exister le même genre de bactéries, consommant les minéraux de rochers ferreux et soufrés, sur Mars. En étudiant Rio Tinto, les scientifiques espèrent mettre en évidence l'existence d'un "bio-réacteur chimique" dans le sous-sol, une biosphère microbienne souterraine qui pourrait contrôler ce qui se passe en surface. Les micro-organismes de Rio Tinto se développent grâce à un métabolisme basé sur l'énergie chimique et ne nécessitent a priori pas la présence d'oxygène.

Carole Stocker, responsable scientifique de ce projet, pense que la découverte de cette biosphère souterraine mettrait à jour une stratégie de développement d'une vie souterraine qui serait un bon analogue à ce qui pourrait exister sur Mars.

Le projet MARTE doit s'étaler sur trois ans. Le premier objectif est d'effectuer des forages profonds pour explorer la vie aquatique souterraine à la source du Rio Tinto. Le deuxième objectif est la simulation de forages martiens pour mettre au point les technologies et évaluer les paramètres à mesurer pour cette chasse à la biologie souterraine de Mars. Les scientifiques et les ingénieurs prévoient d'explorer Rio Tinto avec du matériel qui pourrait un jour voler à bord d'une mission robotique vers Mars. Une phase du programme prévoit le contrôle du matériel de forage et des instruments de détection de la vie depuis un site éloigné à travers une liaison satellite.

Un des grands défis de ces expériences est d'éviter de contaminer la biologie souterraine avec des formes de vie apportées de la surface et d'éviter la contamination des échantillons prélevés.

Cette image de MGS du flanc sud-ouest d'Olympus Monts montre des affaissements et des élévations de terrain qui cachent probablement des cavités souterraines laissées par d'anciens écoulements de laves.

image : NASA/JPL/Malin Space Science System

Le premier forage est prévu pour mi-septembre et la simulation de forages martiens est programmée pour le printemps 2005. Durant son allocution Carole Stocker a déclaré : "Nous commençons avec une feuille blanche, tout ou presque est à inventer. Cette expérience sera également un bon entraînement pour les futurs explorateurs de Mars."

Une autre voie de recherche est défendue par Penelope Boston. Elle dirige le programme d'étude des grottes et affaissements de terrain de l'institut pour l'exploitation minière de l'état du Nouveau Mexique. Boston conseille de partir à la recherche de cavernes et de galeries souterraines sur Mars. Les grottes procurent un environnement à l'abri des radiations ultraviolettes qui frappent la surface de Mars. D'autres types de roches y sont exposés et il peut y avoir de petites retenues d'eau ou de glace. Les grottes procurent de plus un microclimat qui pourrait protéger d'éventuels micro-organismes des variations de température extrêmes. Des cavités hermétiques peuvent piéger les gaz ainsi que la vapeur d'eau.

Etant donné l'histoire volcanique de Mars, des tubes de lave doivent être omniprésents. Sa passion pour les cavités souterraines sur Terre et les systèmes biologiques exotiques qu'elle y a découvert font penser à Boston que la vie doit être nichée un peu partout sur Mars. "Avec les dernières preuves de présence de grandes quantités de glaces souterraines, j'estime les chances que la vie existe sur Mars à 70%.", déclara t-elle.

A fur et à mesure que nous apprenons à connaître les biosphères profondes qui existent sur Terre, les chances de trouver de la vie sur Mars augmentent. Il n'est peut-être pas nécessaire qu'une planète soit dominée par une biosphère de surface pour abriter une biosphère souterraine.



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